Satprem: Lettres à Yolande


1982 – 1992:
Dix ans de silence

Satprem est entré dans l’expérience de Mère.
Ses lettres se raréfient, puis cessent. Sujata garde le contact et
nous informe de sa recherche.
4 juin 1987 : dernière lettre de Sujata.
Yolande reste 5 ans sans nouvelles.





8 janv. 82

Chère Yolande,

Votre lettre de Bombay me réjouit – vraiment, notre ami et vous-même êtes des anges bien charmants. Et je suis si soulagé que vous ayez retenu l’idée de Giscard en Inde, plutôt que Satprem en France. En fait, c’est une idée de génie de Sujata qui, tout d’un coup, voyant les problèmes que soulevait ce voyage pour nous, s’est écrié : mais pourquoi Giscard ne viendrait-il pas ici ! L’impact sera d’autant plus grand – les gens n’apprécient que ce qui leur a demandé un effort.

Tout de même, notre problème n’est pas tout à fait résolu, car nous avions décidé de quitter l’Inde vers l’Océanie pour le 15 janvier. Il va donc falloir attendre ici, mais cette attente ne peut pas se prolonger trop, pour diverses raisons matérielles, et parce que, aujourd’hui on ne peut pas faire ses valises du jour au lendemain sans régler toutes sortes de paperasses et sans passer d’une monnaie à une autre : on va se trouver, non pas entre deux chaises mais entre deux monnaies, ce qui n’est pas une situation commode. Mais nous sommes bien entre deux mondes – et l’autre est à la porte, il n’y a pas de temps à perdre. Je ne peux donc guère attendre en Inde au-delà de fin janvier.

Sujata et moi, nous nous sommes mariés le 6 janvier, à l’indienne. Elle veut garder sa nationalité indienne. Ceci entre nous.

On vous aime et vous embrasse.

Satprem




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7 avril 1982

Yolande,

Un jour, il y a un mois, nous étions sur la route, Satprem et moi, dans une ville quelconque sur la terre. L’heure du 1crépuscule. Satprem me dit tout d’un coup « Regarde ». Je regarde, il me lit à haute voix ce qui est écrit sur la vitrine en grandes lettres : « YOLANDE ». « Savez-vous quelle date nous sommes aujourd’hui ? C’est le 7 mars ». Nous nous 2sommes bien regardés.

Puis l’autre nuit je vous ai vue vêtue d’un sari gris-perle, très beau, en soie (j’ai oublié le reste de mon rêve).

Quand j’en ai parlé à Satprem, il m’a dit que lui aussi il vous a vu récemment. Sans me donner des détails, il m’a dit simplement que c’était beau – votre contact lui est très agréable, a-t-il rajouté. Il aurait beaucoup voulu vous contacter, mais pour l’instant il résigne de le faire, jusqu’au moment où le chemin, le prochain pas, lui deviendra tout à fait clair.

Qu’est-ce qu’il vous aime, Yolande, et moi aussi.

Avec une profonde reconnaissance pour ce que vous êtes.

Sujata





10 avril 1982

Quelques Informations

Yolande,

J’apprends à l’instant le départ d’André3 ce 29 mars dernier.

Voici le message d’Indira Gandhi à Nolini :4

1 En Océanie.

2 anniversaire de Yolande.

3 André Morisset, fils de La Mère.

4 Nolini Kanta Gupta (13.1.1889-7.2.1983), révolutionnaire qui luttait pour la libération de l’Inde, emprisonné avec Sri Aurobindo, fut son premier disciple.


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« Grieved at the sad news of Mr Morisset’s death. My deep sympathy and condolences are with his personal family and the larger family of Ashram and Auroville and all the devotees of the Mother. » (Indira Gandhi)

Nolini répond : « Gratitude from all of us.

Love and Blessings from the Mother » (Nolini)

Le jugement du Supreme Court, S.A.S. versus Auroville est attendu d’un jour à l’autre.

(Sujata)





6 août 1982

Yolande,

Indira a fait faillite.

Il faut que J.R.D. Tata prenne sa place.

Et que le Divin arrange les circonstances pour cela.

Telle est notre prière.

Satprem



9 août 1982

Yolande,

Quand il vous sera possible, voulez-vous remettre ou faire parvenir cette lettre à notre ami. Vous pouvez lire et comprendre.

Invisiblement encore, l’Inde est entrée sur une voie désastreuse. Si les deux hommes dont je parle1 sont prêts et savent prier, ils peuvent aider à créer les circonstances par le seul fait qu’ils sont prêts et se donnent.

1 Sir C.P.N. Singh et J.R.D. Tata.


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C’est comme une dernière chance pour l’Inde.

Satprem



(Extraits d’une lettre de J.R.D. Tata à Yolande

datée du 21.9.82)

« Vous me parlez de Satprem. Je ne me souviens pas si sa lettre du 8 août m’est parvenue à travers vous ou directement. Non, il n’est pas fou mais sa vision n’est pas « réaliste ». Il a raison de penser qu’il y aura vraisemblablement du chaos en Inde après Mme G. Car la corruption parmi les Politiciens et la Bureaucratie a passé toutes les bornes et on ne voit personne à l’horizon politique qui puisse prendre la situation en mains avec succès. Son idée que je pourrais avoir ce rôle ne tient pas debout. Non seulement je suis déjà un vieillard alors que le pays a besoin de jeunesse et d’ardeur que je n’ai plus. Mais plus important, et même décisif : je suis en réalité un Étranger dans mon pays, tandis qu’il nous faudra des hommes et un chef très « indigène » qui vit, comprend les mœurs et la vie du pays et surtout qui parle au moins l’Hindi et une ou deux autres langues indiennes. Ce serait comme si on croyait que dans quelque crise française on demandait à un homme qui ne parle que l’anglais ou l’allemand de sauver le pays ! (…) »


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Satprem est venu à Paris incognito. Cela s’est su.
En fait, Satprem allait voir sa mère en Bretagne.


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Juillet 1983

Chère Yolande,

Je sens votre peine, comme j’ai senti la peine de Carmen et de ceux qui sont proches. Je sens aussi votre déception comme si je vous avais laissés tomber. Mais ce n’est pas vrai !

Croyez-vous qu’il était plaisant pour moi de venir à Paris et de vous savoir là et de ne pouvoir vous embrasser ?

Mon cœur n’est pas si infidèle ni si ingrat. J’ai dû prendre la décision de me retirer parce que je n’avançais plus dans mon vrai travail ; simplement je tournais en rond – le monde n’a plus le temps de tourner en rond !

Si Mère, pendant toutes ces années, a semé quelque chose en moi, je me devais de tenter son aventure, et pas seulement d’en parler. Si un seul être humain, au moins, essaye, tente de marcher sur le chemin qu’Elle a si douloureusement ouvert avec Sri Aurobindo, elle n’aura pas perdu sa peine.

Il fallait – il faut – qu’ être humain au moins prouve, unmontre au monde que ce chemin de l’espèce nouvelle est POS-SIBLE pour les hommes, autrement à quoi sert tout ce que Mère et Sri Aurobindo ont fait ? Même si c’est une entreprise folle et téméraire – et je sais maintenant que ce n’est pas fou du tout – je me devais d’essayer et je préfère mourir comme cela que de mourir en entassant des livres et des interviews. Et je puis vous dire que ce qu’Ils ont annoncé est , que le Chemin est possible, et qu’une Vie nouvelle existe déjà sur la terre. Si Dieu veut, un jour vous le verrez. Je vous aime.

Satprem




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28 août 1985

Yolande,

Nous sommes maintenant à Kotagiri.

Sans le faire ébruiter, nous voulions vous en faire part.

Satprem et moi, chacun à sa façon, nous sentons le lien profond avec vous. Satprem vous voit souvent la nuit.

Est-ce que tout va bien avec vous ?

Nous serons très heureux de vous voir si l’occasion se présente et si vous le voulez.

Vous êtes précieuse à nos cœurs.

Sujata

(Rajouté de la main de Satprem)

J’ai souvent entendu votre appel. Je n’ai plus de liens avec le monde (sauf ma vieille mère) mais j’ai une simple et profonde affection pour vous.

Satprem



19 décembre 1985

Chère Yolande,

Pardonnez-moi ce bref mot dicté à Sujata. Le scribe s’est tellement accroupi qu’il ne peut plus s’asseoir. J’ai terminé les deux flacons de vitamine B6 que vous avez eu la gentillesse de m’envoyer. Il m’est difficile de dire s’il y a eu une différence. C’est évidemment un problème qui dépasse les sciatiques normales. Il faut arriver à s’adapter à une Puissance quasi insupportable ou impossible qui dépasse toutes les physiologies humaines – bien entendu puisqu’il s’agit de rendre possible une nouvelle nature physique ! Si on arrive à faire la trouée elle sera valable peut-être pour toute l’espèce. En attendant on continue quel que soit l’état du vieux système. Pas question


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que je me manifeste à Auroville ni nulle part : je suis absolument dans l’avenir.

N. a parait-il trouvé un traitement de sels minéraux qui correspondrait peut-être à ma carcasse de vieux marin. Drôle de navigation ! Nous verrons.

Je n’écris plus mais je pense toujours à vous avec beaucoup de tendresse. Je regrette de ne pouvoir partager cette tendresse avec beaucoup d’autres amis et frères et sœurs, mais vraiment le temps est venu de regarder au-delà de la présente condition humaine. C’est la meilleure façon d’aimer tout le monde.

Avec vous.

Satprem



(Rajouté de la main de Satprem)

S’il est une personne à qui j’aimerais envoyer un bout de mon cœur, c’est bien notre ami – mais que faire ! J’aimerais lui dire que l’espoir dépasse un seul Continent. C’est une nouvelle porte qui s’ouvre la Matière. dans

J’ai pris la dictée avec votre plume…

Toute mon amitié

Sujata

Bonne Année
1986
à
Yolande


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3 avril 1986

Yolande,

Notre nouvelle ? Pas grand-chose à rajouter depuis ces cinq derniers mois. Sinon que les expériences de Satprem s’intensifient de plus en plus. « C’est fou, fou… » il ne cesse de dire. Même lui il n’a pas de mots pour exprimer ce qui se passe. Évidemment cela n’arrange en rien ses névralgies… Ça ne peut pas. Figurez-vous si votre corps subissait un flot ininterrompu de coulées denses comme de la lave qui traversent votre corps des pieds à la tête (cela monte des pieds et sort par la tête) ! Heureusement son corps a été beaucoup entraîné à recevoir des forces… mais quand même, le faire jour après jour, sans arrêter, et pendant des heures tous les jours. Bien sûr que les nerfs en souffrent. Satprem comprend très bien ce que Mère a subi, entourée comme Elle était. Et plus il comprend (dans son corps) plus il aime Mère.

Nous n’avons qu’à faire de même. Je veux dire aimer Mère. Moi, je n’ai pas encore le courage de Satprem pour entreprendre ce que lui a entrepris de faire.

Je suis si touchée, Yolande, de ce que vous dites au sujet de votre, (pardon !) mon livre. Qu’en pense notre ami ? La suite ? Je m’y remets bientôt.

Vous ne nous donnez aucune nouvelle de vous-même, ni de Cécile, ni de Sophie ? Et le Docteur Aigueperse ? Comment va-t-il ?

Ce 7 mars j’ai pensé beaucoup à vous. N’avez-vous pas reçu mes vœux ?

Avec ma profonde affection.

Sujata

(Rajouté de la main de Satprem)

Affection toujours et toujours.

Satprem




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Je pense à Jacques Aigueperse. J’ai beaucoup d’es-souventtime et de tendresse fraternelle pour lui.

S.





3.6.86

Chère Yolande,

Comment pouvez-vous dire que votre livre était un « pensum » pour moi !! Je ne pouvais pas, tout simplement. Je ne peux plus retourner en arrière, c’est une question de vie ou de mort – l’Enjeu est trop grand, je ne me sens pas le droit de m’écarter de ce chemin difficile et dangereux – il faut aller à tout prix au bout de ce chemin, ce n’est pas pour moi, c’est pour l’avenir et l’espoir de l’espèce.

Vous comprenez, c’est sûr.

Mon affection ne vous quitte pas.

Mère est en route.

Satprem

Sujata





Le 18 février 1987

Chère Yolande,

Voici que depuis le début du mois je voulais vous écrire pour faire appel à votre connaissance. Mais le mois a été plein d’interruptions.

La maman de Satprem nous a quittés le dimanche 8. Elle avait 90 ans. Elle a laissé une grande place vide. « C’est ma lande qui s’en va. C’est mon pays qui est parti. » Comme c’est triste cette séparation des êtres qui s’aiment.

À l’heure qu’il est (mercredi, 11h45) nous n’avons toujours rien reçu de Kireet.


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Votre lettre du 31 janvier ne nous est parvenue que le 14 au soir. Je vous ai immédiatement télégraphié en EXPRESS :

JUST RECEIVED YOUR LETTER STOP NOTHING FROM KIREET STOPIT IS PHYSICALLY ABSOLUTELY IMPOSSIBLE FOR SATPREM TO MEET ANYBODY STOP MOREOVER SATPREM IS NOT SUPPOSED REPEAT NOT SUPPOSED TO BE IN INDIA PLEASE REMEMBER STOP WITH DEEP REGRET AND MUCH AFFECTION SUJATA

Je vous dois une explication de la situation.

Depuis près de cinq ans maintenant, Satprem a voulu renoncer à sa vie mentale et fonctionner autrement. Or, fonctionner autrement veut dire se rendre transparent. On devient si vulnérable, Yolande. On avale tout tel que c’est. Pour Satprem ce n’est plus une simple rencontre comme nous la connaissons. Il avale tout cru toutes les difficultés, toutes les obscurités de la personne rencontrée.

Aussi, il est important de se rappeler que Sri Aurobindo et Mère ont ouvert un nouveau Chemin. Nous ne savons nullement ce qu’ils ont subi pour le faire. Mais Satprem est – autant que je sache – le premier être humain à vouloir suivre Leurs pas. Oh, Yolande, si vous saviez ce que son subit ! corpsJe dis bien son « corps ». Car, ce n’est pas une ascension dans des régions neigeuses de l’esprit. C’est une descente dans la Matière. Et quelle descente… Comme une « coulée de lave » ininterrompue qui passe par ce corps fragile, 1’écrabouille et rentre dans la Matière. Vous savez, même moi qui suis à ses côtés, je ne peux pas me rendre compte de ce que le corps de Satprem subit. Je n’en ai pas l’expérience.

Même ici, ses rencontres avec les autres sont au minime. Je crois bien que vous êtes la seule personne qu’il a pu voir sans avoir des souffrances physiques. Vous êtes une rare « donneuse ». C’est pourquoi. Mais maintenant…


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Je ne sais pas si vous vous rendez compte d’un autre point. C’est la raison profonde de garder secret le lieu où nous habitons. C’est pour empêcher la pensée des gens de trouver facilement leur cible. Ce qui permet de réduire de beaucoup les attaques directes sur l’Instrument et sur le Travail. « L’Instrument » n’a plus aucune couche protectrice d’ignorance (que nous avons tous). Les forces mondiales enracinées veulent à tout prix continuer leur règne d’hor reur. Elles savent parfaitement qu’elles et leurs cruelles horreurs n’ont aucune place dans le Monde Nouveau envisagé par Sri Aurobindo et Mère. Donc pour ces forces, leur ennemi numéro un est celui qui se prête à la Nouvelle Force et aide à faire établir le nouvel état d’être. Elles trouveront tous les prétextes – bons ou mauvais – pour déranger, sinon empêcher, le travail que Satprem fait. Alors figurez-vous l’arrivée d’une équipe de TV…!! Ce serait un dérangement par excellence, non ?

Faire connaître l’Agenda ? Satprem est en train de le vivre.

Sujata ? Elle est nulle. Sa tête fonctionne avec 48 heures de retard. C’est vrai. Je vais donc tranquillement retourner à Mère. Et voici, ci-joint, mon appel à votre connaissance.

Nous vous aimons profondément.

Satprem envoie ses amitiés fraternelles à notre ami.

Très affectueusement.

Sujata

Finalement, c’est aujourd’hui le 20 février, que je porte cette lettre. Toujours rien de Kireet.





Le 4 juin 1987

Yolande,

Je vous signale que Sumitra, ma sœur qui habite près de Bordeaux était la secrétaire de Pavitra (P. B. de Saint-Hilaire) à l’époque. C’est elle qui a tout dactylographié et préparé le


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manuscrit de la Bhagavad Gita en français fait par Pavitra. Elle pourra vous donner des renseignements précis si vous en avez besoin. Aussi, autant que je me souviens, Satprem avait travaillé pas mal sur le français.

Avez-vous rencontré Andrée Jaigu, la femme de Monsieur Jaigu ? J’ai gardé un très bon souvenir d’elle. Bien sûr de Jaigu 1aussi et de son fils.

Satprem a repris votre mot et m’appelle son « thérapeute ! » Mais je ne connais aucune thérapie. Je l’aime. Vous aussi. Mais est-ce que notre amour le guérit ? Ça adoucit son chemin, oui. Mais ça ne le guérit pas. Cette nuit il a eu une forte douleur (mal à l’artère pulmonaire ou au cœur ?). Cela à partir de 11 p.m. Il ne m’a pas appelé. Moi, dans mon sommeil suis retourné une fois dans mon lit et ai aperçu la lumière chez lui. « Vous ne dormez pas ? » Et l’instant d’après suis profondément endormie. Là, il a appelé. Et sa voix a pénétré et je me suis levée pour aller voir. Il était assis sur son lit. C’était 1h du matin. Vous voyez le tableau ? Ce matin il essaye de se reposer. Mais il n’a pas mon talent de dormir et se guérir. Que faire ?

Votre lettre m’est parvenue le 29 mai. Comme le temps passe ! J’avais tout juste douze ans et demi ce jour du 29 mai 1938, quand je suis arrivée avec mon père près de Mère et de Sri Aurobindo pour la dernière fois.

Le temps passe. Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vue. Ni mes frères et sœurs non plus. Et le temps passe. Sauf Sumitra et Suprabha nous sommes tous dans nos soixante ans. Mais ce combat est crucial et je ne peux pas m’absenter de mon poste.

Avec ma profonde affection.

Sujata

1 Yves Jaigu, Directeur des programmes de la télévision française FR3 (1986-1989).


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Juin 91

Bien chère Yolande

Je pense souvent à vous – le savez-vous ? Je me dis : elle doit se sentir délaissée – mais ce n’est pas vrai !

Je n’oublie mes amis, je n’oublie jamais ceux qui ont jamaisservi et servent l’œuvre. En fait, c’est Mère qui ne les oublie pas !

Mais les conditions physiques, l’état physique du processus est devenu tel que je ne puis plus rencontrer qui que ce soit – c’est devenu trop aigu, trop périlleux. N’est-ce pas, je dois apprendre à respirer l’air d’une autre planète (si je puis dire) avec mes vieux poumons de terrien. C’est écrasant. Je n’arrive même plus à faire mes promenades quotidiennes. Et je suis totalement NU de tout ce qui fait la vie terrienne, c’est-àdire que je n’ai plus de coque – le bigorneau est tout à vif sur la plage. Voilà. Alors, que puis-je faire pour ceux que j’aime, comme vous, comme Bibi, comme Carole et bien d’autres ? Il faut que je puisse aller au bout de ce processus « impossible ». Et en vérité, il faut que la Terre arrive au bout de son vieux malheur et que des hommes, quelques hommes, apprennent la respiration nouvelle. Si, quelque part, il y a un trou dans la Prison, d’autres pourront sortir de cet enfer pseudo-humain, ce Maléfice qui est en train de dévorer tout et tous – avec tous les moyens électroniques qu’il faut pour détruire les consciences. Combien de consciences claires encore dans ces milliards ? Combien savent le positif de cette énorme Négativité ?sens

Bon, donc c’est cette trouée qui me préoccupe et m’occupe, même au détriment de ceux que j’aime – mais il sortir de fautlà, trouver le passage – « trouver », il est trouvé ! Mais pouvoir le vivre sans se désintégrer.

Ceci est une manière de vous dire que je vous aime, vous et mes amis, en dépit de mon isolement nécessaire (et de ma grande difficulté à écrire).


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Luc m’a parlé de votre projet « prix Nobel » ! Sujata et moi avons bien ri ! Mais nous savons que vous êtes capable de tout (!).

La « littérature », je l’ai abandonnée il y a bien longtemps, lorsque j’ai compris que c’était une qui était nécessaire. actionDès lors, je n’ai plus voulu crier que des S.O.S. à ces frères humains et tenter de leur faire comprendre la Merveille attendue d’eux, les Hommes, les vrais, derrière le rougeoiement apocalyptique de leur fausse science. Que dire, Yolande ? Tout cela n’est pas fait pour des oreilles « littéraires ». Après tout, Nobel avait inventé la dynamite.

Il y a peut-être une Dynamite nouvelle inconnue (il y a sûrement !) mais cela secouerait et est en train de secouer leurs fondations. C’est ce que Sri Aurobindo et Mère ont fait – ils n’en ont pas voulu. Alors, que peut Satprem là-dedans ?

Satprem veut . C’est tout. J’ai trop bien commencé ma fairevie dans les camps pour savoir qu’il faut en sortir – depuis 1945 la situation ne s’est pas améliorée. Toutes nos « littératures » débouchent sur la mort, et une mort sordide, cruelle, partout. Je la sortie. C’est tout. veux

Mon dilemme, en admettant que votre entreprise… téméraire et inusitée ne réussisse (j’aime bien Don Quichotte, même en dame), c’est que je crains toute publicité autour de « moi » – ce serait néfaste pour le travail – et en même temps cette publicité éveillerait ou réveillerait peut-être les consciences, quelques consciences, avant l’écroulement terrestre de leur Mensonge. Je ne sais, Yolande. Sri Aurobindo n’a pas eu le prix Nobel 1! Alors, Satprem, c’est un peu dérisoire. Alors, encore une fois, faites ce que vous sentez, et à Dieu vat !

Je vous embrasse très tendrement et de tout mon cœur, avec tous mes amis, sans oublier ce cher et estimé ami de Bombay.

Satprem



1 Cf. Pearl S. Buck (26.6.1892-6.3.1973), écrivain, titulaire elle-même du Prix Nobel de la Littérature (1938), avait proposé Sri Aurobindo pour ce prix.


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