Satprem: Lettres à Yolande


Le Nobel pour Satprem?

Il n’y tient pas.





Institute for Evolutionary Research

1621 Freeway Drive
Suite 220
Mount Vernon, WA 98273

Le 1er février 1993

Cher Monsieur,

Madame Yolande Lemoine me demande de vous transmettre le dossier « Satprem » ci-joint pour considération par le Comité du Prix Nobel.

Bien amicalement
Luc Venet




Juin 93

Bien chère Yo.

P.S.

En hâte je rajoute ces conditions tout à fait capitales. Si votre entreprise Nobelesque, mais noble tout de même (!) devait m’obliger à me manifester publiquement ou à des entrevues officielles et journalistiques, ou à dévoiler le lieu de ma résidence – enfin à proposer démarche officielle et publique ou personnelle –, il faut y RENONCER tout à fait.

Le genre de « vie » (ou de sur-vie plutôt) que je mène et l’état dans lequel je suis m’interdisent absolument la sortie de mon isolement et de mon incognito.

Merci !

S.


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(Dernière lettre de Satprem à J.R.D. Tata)





5 juillet 93

Bien cher et estimé Ami,

Votre vœu de nous rencontrer, Sujata et moi, est resté dans mon cœur. Je n’ai rien d’autre à vous apporter que mon affection profonde et cette vision, cet effort pour une terre plus vraie. C’est mon seul sens depuis… quarante ans. J’hésitais parce que ce travail nouveau est très exigeant pour le corps – mais votre visage me revenait encore et encore, toujours avec cette chaleur. Alors je voudrais passer vous voir à Bombay avec Sujata, en toute simplicité – bientôt ? Si vous êtes là. Juste passer près de vous, et puis nous repartirions le lendemain ? Est-ce que cela vous conviendrait ?

Comme le temps des avions et des réservations est incertain et très bref, je pourrais vous faire téléphoner par notre ami Kireet de Delhi, mais il faudrait que je sois sûr que vous serez là, à Bombay !… disons, aux alentours du 15 juillet ?

Et puis ce sera proche de votre bon anniversaire, mais avant.

Je voudrais que cela vous convienne sans dérangement. Voulez-vous téléphoner à Kireet pour nous dire si c’est O.K. ?

Avec Sujata, je vous dis ma profonde affection, vous avez une place très spéciale dans notre cœur – et nous aimons la terre, cette terre malheureuse, mais où germe un espoir sous le chaos.

Avec vous, toujours toujours.

Satprem



P.S. : Je ne sais comment avertir Yolande dans ces temps si incertains…



29 Novembre 1993 : Départ de J.R.D. Tata




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11 déc. 93

Chère Yolande,

Vous avez de la peine.

Ces choses se passent dans le silence.

On mûrit. On s’approche lentement de ce qui reste dans le cœur, cette seule Chose qui accompagne – partout.

Je vous vois encore près de ma petite mère, à Pondichéry, dans mon ancienne maison… c’était il y a tant d’années. Elle vous disait, je crois me souvenir : j’ai eu beaucoup d’enfants, mais aucun ne m’a tirée aussi loin que celui-ci. Elle est partie aussi, je l’aimais tendrement. Il reste seulement ce qui nous tire si loin sur cette route…

Mère, la Grande, disait : toutes les difficultés sont des Grâces. Alors, on continue cette route. On travaille pour que cette triste manière d’être puisse changer.

J’aurais voulu revoir votre ami, je lui avais écrit en juillet dernier (le 5) pour savoir s’il serait là à Bombay… Je ne sais s’il n’a jamais reçu cette lettre (je vous envoie copie). Les longs voyages sont devenus pour moi quasiment impossibles, mais je l’aurais fait pour lui. Tout mon être et tout mon corps sont engloutis dans une tâche très peu humaine, difficile, inconnue. Écrire, même, est un problème. C’est comme d’aller dans un Noir écrasant pour que ce Noir-là devienne, sous les pas, un à un, une petite piste de lumière, une trouée pour l’avenir. Alors je reconnais l’immensité douloureuse, fabuleuse dans laquelle Ils ont creusé pour qu’un hominien puisse suivre.

On suit.

Cet Avenir est . Il faut avoir le courage d’aller dedans. Et nos peines sont déjà un arrachement pour aller vers une autre manière d’être. Alors, au lieu de se consumer, on va dans le seul Positif de cet énorme chaos. « Ça » brille dedans, Yolande, il faut aller là. Après tout, qu’est-ce qui ?reste

Je rêve souvent d’un monde où les écoliers sauraient qu’il y a un être de leur être, un fabuleux trésor à découvrir dedans, et que la vie, c’est fait pour trouver ça – que leur enseigne-t-on ?


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Des « sciences » cruelles, des religions toutes faites… Non, il faut sortir de cet état barbare.

L’Occident est en ruines et tout est en ruines pour nous obliger à trouver le chemin de l’avenir sous nos décombres.

Mais c’est .

Voilà. Je vous souhaite courage. Sujata et moi vous disons notre affection profonde. Jeh est dans notre cœur.

Satprem

Je suis si heureux que notre ami ait pu avoir votre livre avant son départ.




(Sans date, lettre à André Brincourt)

Le signe des temps ?

C’est le temps de l’Inattendu. Le temps des réponses dans les faits matériels – là on ne cherche pas. Il n’y a plus de questions mentales, parce que le temps du Mental est fini : il y a la question de l’espèce – ou plutôt de la prochaine espèce.

Il n’y a plus de métaphysique – Dieu ou pas Dieu, matérialisme ou pas matérialisme : il y a quelque chose qui est en train de béer sous les pieds et qui dépassera tous les « dieux » et tous les « matérialismes », les oui, les non, les droite, les gauche, toutes les dualités de l’homo-sapiens en fin de parcours. Il y a un nouvel état de la matière, une nouvelle perception de la vie dans la matière aussi différente que la perception de la chenille peut être différente de la perception du papillon.

C’est le temps de la nouvelle perception – la Réponse craque partout. Nous aurons la réponse dans notre corps avant de l’avoir dans notre tête. Est-ce que la chenille peut avoir la réponse du papillon ?

Il faut avoir BESOIN de devenir l’AUTRE Espèce, l’Autre Chose absolument. Ce besoin donne toutes les réponses,


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comme le besoin de survivre donnait des ailes au reptile.

Mais si on rumine des problèmes de chenille et des questions de chenille, on aura seulement des réponses de chenille embrouillée.

Il faut changer d’espèce. Nous sommes en train de changer d’espèce.

C’est le temps de l’Inattendu.

Très affectueusement à André que je n’oublie pas.

Satprem


La Supra Conscience ne viendra pas.
Elle EST VENUE.


Dédicace d’« Évolution II » dans son Édition anglaise :

« Aux millions d’âmes de l’Inde
ignorantes d’elles-mêmes
ignorant leur propre trésor.
Avec mon amour infini. »





28 juillet 94

Chère Yolande,

Bien chère, en vérité.

Et demain, le jour de notre ami, aimé et respecté.

Un temps de la vie où l’on se retourne et regarde derrière soi.

Mais il reste tout de même cette « famille » invisible qui nous relie, de ce côté ou d’un autre. Et il reste ce coin de notre cœur qui a envie, simplement, de dire : bonjour Yolande, on vous aime.

Satprem




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Oui, beaucoup.

Sujata

P.S. : Savez-vous qu’en Octobre, Laffont va (de Satprem)sortir tout un paquet de vieilles lettres de moi, depuis la sortie des camps ! Deux volumes, que j’ai intitulés « Lettres d’un Insoumis »… Oui, on n’est pas soumis, du tout, et de moins 1en moins à l’étrange faune « humaine » qui nous entoure. Mais on travaille pour que ça change – on travaille par amour et pour l’amour d’un Sourire d’Elle qui voulait tant que ça change.

Nous sommes ensemble
dans ce Sourire.

P.P.S. : Figurez-vous que j’ai rencontré notre ami après son départ et il était plein d’affection : « Tu es mon fils », me disait-il !!





20 décembre 94

Chère Yolande,

On parle de Sri Aurobindo, enfin. J’en suis gré à André Brincourt et j’ai voulu le lui dire – ce nom, Sri Aurobindo, c’est un Mantra. Le Mantra de l’Avenir. Personne ne comprend vraiment, mais cela ne fait rien, si j’ose dire ! Les faitsparleront et parlent déjà suffisamment.

Votre fidélité va dans mon cœur. Pourquoi donc vous revoyé-je toujours près de ma mère dans ce petit jardin de Balicourt, avec cet hibiscus rouge ?

Les peines restent, je sais. Mais on travaille pour que ce genre de monde change – et il va changer, il est bouleversé et

1 Satprem, , Paris, Robert Laffont.Lettres d’un Insoumis


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le sera encore davantage, et radicalement. On ne renaîtra plus dans cette peine.

Je ne peux guère écrire, mon corps est mis à rude épreuve. Mais les choses se font. On creuse un tunnel jusqu’à Mère. Alors tout se déversera.

Soyons parmi les Vivants.

Je vous dis ma profonde affection.

Satprem



Juin 95

Chère Yolande,

Pardonnez-moi, il m’est difficile d’écrire, le corps doit traverser une longue épreuve – mais j’ai voulu répondre quelques mots à notre amie Janine Monnot.

Je suis tout à fait retiré. J’ai voulu écrire un dernier livre avec ce qui me restait de forces – c’est comme une « aventure de la conscience » à l’autre bout, 33 ans plus tard1 ! Je ne sais pas si c’est publiable.

À cet autre bout, il reste seulement l’Amour et une immense prière pour cette pauvre terre.

Avec vous

dans cette seule chose qui reste.

Satprem



1 Il s’agit de « ». Robert La tragédie de la terre, de Sophocle à Sri AurobindoLaffont, Paris, 1995.


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22 nov. 95

Chère Yolande,

Ce mois de Novembre fatidique…

Il y a 22 ans, on mettait Mère dans le trou. Vingt-deux ans de combien de vies ? Et il y a 52 ans on me mettait dans le trou de la Gestapo – on dirait que ces forces cruelles sont toujours là, et partout.

Je ne sais pourquoi, depuis des semaines, votre pensée me vient très souvent (à moins que ce ne soit la mienne vers vous ?).

Oui, c’était un 29 novembre aussi que notre ami partait 1– sa pensée reste dans mon cœur. Il a partagé notre bataille, comme vous. Quelle bataille !… depuis – je ne sais quand. Depuis, peut-être, que j’ai affronté ces forces cruelles qui ont tiré de moi un cri si profond. C’est étrange comme les Négations vous mettent devant la question de toujours.

Cela me rappelle votre réflexion, qui m’a tant touché, à propos de ces « Lettres d’un Insoumis ». Vous m’avez écrit : « C’est hurlant de vérité ». Oh ! Oui, j’ai moi-même tant hurlé pour arracher la Vérité au milieu de cette désespérance de tout. Si je n’avais pas rencontré Mère et Sri Aurobindo, je ne sais pas dans quelle forêt vierge j’aurais dit adieu à ce monde.

Cette « question de toujours », j’ai voulu l’affronter une dernière fois dans ce dernier livre qui doit sortir, paraît-il, le 22 janvier. On dirait que l’on est toujours dans la même bataille des forces qui veulent détruire, tout, et de cette Nouvelle Chose qui cherche désespérément à naître au bout de ces vains millénaires de peine humaine. On voudrait tellement faire comprendre l’Enjeu humain. André Brincourt aide, il est probablement le seul à avoir le courage de parler de Sri Aurobindo. Je voudrais beaucoup que l’on aide ce dernier livre… où je parle de Sophocle, il y a quelque 2500 ans, qui, lui aussi, pose la « question de toujours ». Les millénaires passent, et cette fois-ci, allons-nous sauter encore dans le Trou ?

1 J.R.D. Tata.


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Je me sens très pauvre à exprimer ces choses « hurlantes » – mais j’ai essayé. Je n’ai pas cessé d’essayer depuis… tant d’années.

Vous aiderez aussi, je le sais, et vous avez beaucoup fait.

Mais cette France, qui semble ne rien comprendre au vieux Maléfice de ces forces cruelles, me peine.

Comme Pondichéry me peine, comme Auroville me peine – que font-ils ?

En fait, j’ai voulu INCARNER, vous comprenez ? Incarner dans cette Matière, dans ce corps sorti du vieux trou des âges, ce pour quoi Sri Aurobindo et Mère ont tant peiné – à quoi servent les livres et les discours et les Institutions si l’on ne fait pas entrer dans cette chair humaine rebelle un peu de cette Vérité, de cet Espoir, de cette Chose si extraordinaire qui cherche à naître, justement quand tout semble perdu une fois de plus ?

J’aimerais CRIER cet espoir, cet autre pas de l’espèce quand elle arrive à son trépas – le crier à mes frères, à mes sœurs, à André Brincourt, à vous, et à qui peut entendre, et c’est une grande Nuit partout où l’on n’écoute plus guère que d’obscurs slogans et des Mensonges électroniques. Je ne peux plus écrire et écrire, et tenter de dire devant ces écrans tumultueux qui passent et qui passent des milliers de non-évènements qui se ramènent tous au vieux désastre, au vieux Maléfice – je veux essayer d’incarner, mettre dans une peau humaine quelque chose qui passera peut-être dans d’autres cellules moins obscures que notre Mental.

Il y a Évènement. un

Vous voyez, je vous écris en dépit de la grande difficulté que cela représente pour mon corps, mais je ne peux pas le faire pour tous et chacun, c’est une impossibilité matérielle. J’ai cinq sœurs que j’aime beaucoup, d’abord parce qu’elles sont les filles de ma mère que j’adorais, mais je ne peux pas écrire à chacune – et il y a tant d’autres sœurs et frères à qui j’aimerais écrire, mais ce n’est pas possible, il faut que je choisisse entre ce Travail si sacré, si difficile – enfin ce que Mère


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et Sri Aurobindo ont voulu faire entrer dans ces cellules de la terre – et ces interminables lettres. Je ne voudrais pas aller dans le trou avant d’avoir pu faire tout ce que je pouvais pour cette malheureuse terre totale. Il n’y a pas de « je » là-dedans : il y a un immense malheur humain dont il faut sortir. Vous comprenez ?

Alors il y a d’autres sœurs à qui vous pourriez faire comprendre la difficulté. Je pense au cercle restreint de ceux que nous connaissons et que j’aime mais à qui je ne peux pas écrire, à Rachel, à Janine Monnot, à Renée Pinel, à… Bibi, à Carole… et… tant d’autres. Que faire Yolande ? Alors j’écris à Yolande ! Dites-leur, faites-leur comprendre. Il y a un tel Mensonge sordide qui court partout, et pernicieux, comme dans nos écrans et nos journaux. Dites-leur que j’essaye de tout mon cœur et que je lutte pour la même chose – la MÊME – qu’il y a 52 ans quand un fourgon de la Kriminal Polizei m’emmenait à la Gestapo. Mais maintenant, on dirait que c’est partout puissant.

Voilà une longue lettre, chère Yolande, et c’est ce même cœur, si vieux, qui voudrait partager avec tous, faire comprendre. J’espère que ce dernier livre1 écrit avec tant de peine fera entrer quelque chose dans les consciences – cette si merveilleuse Aventure de la Conscience qui déboucher sur doitautre chose, enfin, dans nos corps, dans nos cœurs et sur cette terre.

Avec ma profonde affection, à vous et à tous mes frères et sœurs qui sont dans la peine.

Satprem



1 Satprem, , op. cit.La Tragédie de la Terre, de Sophocle à Sri Aurobindo


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Avril 96

Chère Yolande,

Votre pensée est souvent près de moi. On sent de plus en plus que les distances, les séparations entre les êtres, sont irréelles, – la cage fond. Tant, tant de choses changent d’horizon pour moi. Comme s’il ne restait que ce qui est vrai et chaud – tout le reste grouille méchamment. Tristement. Malheureusement on est très « poreux » dans tout cela – mais cela aussi a un autre sens. Tout a un sens profond.

Dans quelques jours, il y aura 50 ans que je rencontrais Sri Aurobindo et Mère. En Mai 45 je sortais de Buchenwald, en Avril 46, je Les rencontrais. Quelle Grâce étonnante, quel chemin merveilleusement tracé. Je ne cesserai jamais de m’étonner du Fil conducteur qui traverse les vies, les morts. On ne comprend RIEN au monde ! Yolande, on ne comprend RIEN à la réalité de la vie. Nous vivons dans une petite prison idiote et marchons sur une petite croûte insensée, et là-dessous, des profondeurs éblouissantes, et tout se tient.

La mère de Sujata est morte très jeune, c’était un « malheur », elle est venue toute petite à Mère – tous nos malheurs sont des portes de Grâce. On ne comprend RIEN, Yolande, dans notre cage « intelligente » – qui est en train de devenir idiote pour passer une autre porte du Destin merveilleux. Il y a aussi un grand Fil conducteur du Monde comme des petits hommes. Et tout se tient aussi. Quelquefois, dans un tout petit fil de nos petites vies, se croisent des étoiles inattendues et on bée sur une totalité divine. Une Merveille en marche – pour nous obliger à être enfin ce que nous sommes, à vivre enfin notre Vrai Destin. Nous n’avons guère commencé à ÊTRE, en dépit de nos millions d’années.

Ce pauvre Occident est très malade. C’est « quitte ou double » – quelle porte choisira-t-il (à moins que le choix ne


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soit déjà fait), celle de la mort ou de la Grâce. Mais dans tous les cas, c’est la Grâce de passer ailleurs.

On voit seulement toutes ces peines qui peinent et on serre tout cela contre son cœur, avec une prière. Cette « Tragédie de la Terre », c’était encore pour serrer toute cette Misère contre mon cœur et tenter de lui faire saisir un autre Sens.

Vous avez beaucoup travaillé, avec votre cœur aussi, pour faire passer ce Sens et vous êtes sur le chemin de la Grâce. Mère vous sourit. Et je vous aime.

J’ai lu l’article d’André Brincourt, et j’ai tenté de lui écrire. Chacun travaille à sa façon. Il n’y a guère que le Post-Scriptum de ma lettre qui laisse échapper une autre note. Tiens ! Puisque je parle de « note », j’ai écrit un tout petit bout de « poème » il n’y a pas longtemps, et j’ai pensé à vous :

Il y a une note perdue
qui enchanterait tout
où est-elle,
où est-elle ?
Oh ! mon cœur,
où est-elle cette note éternelle ?
où ce Sourire de lumière
qui ferait fondre tout
et on disparaîtrait là…

Voilà, on ne « disparaît » pas, on continue, mais on voudrait bien éparpiller ce Sourire un peu partout.

Avec ma fidèle tendresse.

Satprem

À l’occasion, dites à Bibi mon affection. Je l’aime beaucoup.


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Avril 96

Cher Monsieur André Brincourt,

Comme je vous suis gré d’avoir su dire que nous n’étions pas là pour donner des réponses, mais pour poser des questions. J’ai toujours trouvé, dans ma vie, que la question portait le Feu même de sa réponse et ouvrait le chemin de la réponse – mais il faut que la Question brûle dans la peau pour avoir sa réponse , dans le corps, qui est le lieu de notre Mystère. Et puis, vous avez su si bien dire, après Sri Aurobindo, que notre imperfection même est une Promesse, sinon nous serions déjà murés – seulement, qui a le courage d’attraper son Noir pour le changer, pour en faire un outil de fouilles au lieu de couler avec ? Sri Aurobindo et Sophocle, comme les Rishis, sont un Défi – voyons, où êtes-vous ?

Mais cet hypnotisme occidental, télévisé et radiodiffusé, est si terrible et un grouillement de « sectes », tout se mélange dans une même boue collective, une confusion si totale – peutêtre allons-nous débarquer dans la Question même, toute crue, du fait de notre total désarroi ?

Mais que de peines, que de cruautés, que d’inhumanités pour arriver là. Mais il faudra bien que l’on y arrive, et tout nous y précipite. Qui survivra à cette démolition des consciences ? Il faudra bien que ça CRIE, tout de même. Je vois un formidable Positif dans tout ce Noir.

Mais…

Merci d’avoir apporté ces « questions » à la conscience de quelques uns, avec lucidité. Et puis, le nom même de Sri Aurobindo est un « Mantra », ça fait comme une lumière malgré soi, un trou qui vibre dans les profondeurs sans que l’on s’en rende compte. Alors mon cœur vous dit merci.

J’ai été aussi très heureux de votre rappel à Frédéric de Towarnicki, à notre rencontre en Inde dont je garde un souvenir très chaleureux et sympathique. Dites-lui, je vous prie, ma profonde fraternité.


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Nous sommes bien ensemble dans cet effort pour faire passer un peu de lumière dans notre Nuit.

Satprem

P.S. : Par-delà les schémas intellectuels, j’aimerais dire ceci, en regardant ces peines, ces siècles :

Au fond de tout cela, il y a
une Musique de ravissement, mais
qui peut entendre cette Musique ?
Si l’on pouvait l’entendre,
tout serait sauvé.

Suis-je fou, suis-je sage,
je ne sais, mais toujours
il y a un Oiseau qui chante.





20 décembre 96

Chère Yolande,

Je pense souvent à vous, ou votre pensée me vient (je ne sais pas dans quel sens ça fonctionne !) et puis cette année s’achève, pustulante, comme si la terre des hommes était un énorme abcès. Mais symétriquement ou simultanément, je sens, je vis quelque chose qui est de plus en plus… je ne sais que dire, extra-ordinaire, nouveau comme il n’y a rien eu de nouveau depuis… peut-être, notre sortie des eaux. C’est maintenant que je comprends Mère, si terriblement, comme si je ne comprenais rien ou si peu, autrefois. Le travail gigantesque, divin, qu’Ils ont fait pour que nous puissions, un jour, passer le nez hors de nos eaux fétides. Tout ce que je puis dire, avec une évidence corporelle, c’est que va changer, toutest en train de changer – justement ça éclate pour ça. Les


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hommes sont fous, électronisés et « démentalisés » comme disait Mère, et leur conscience est plus polluée que leurs cités, alors quoi dire là-dedans ? Je travaille avec mon corps, je prie avec mon corps, je fais devenir ce qui semble l’Impossible, ou le prochain Possible – si leurs virus sont contagieux, la Contagion de Mère est encore plus puissante et radicale. C’est un grand Nettoyage pour le Nouveau. Il faut seulement avoir le courage de traverser les dernières convulsions et perversions des vieux Primates. Comment les hommes ne voient-ils pas ? ! Est-ce qu’il y a encore des consciences qui voient – ils voient, peut-être le Négatif, mais pas le for-mi-da-ble Positif. Comme j’aimerais le leur dire ! (Comme une démonstration de laboratoire !) Mais je dois me condamner au silence, tristement parce que j’ai une vieille fibre sympathique avec toute cette Misère humaine. Les faits parleront d’eux-mêmes. Qu’est-ce que l’on fourre dans la tête des étudiants qui, comme moi, déambulaient sur le Boul’Mich avec une fièvre et tant de questions dans le cœur – je rêvais de partir aussi loin que possible (!) et Mère m’a précipité dans les étoiles nouvelles et des longitudes inconnues. C’est fabuleux, et c’est vivant – notre humanité présente est fantomatique, mais très vilainement. Alors, que dirais-je à ces « étudiants-moi » du Boul’Mich ?? et pourtant je suis plein-plein à craquer (mais la tête solidement sur mes épaules… fragiles !)

Voilà, je voulais vous dire que l’on marche, et je ne sais quel genre d’année je dois vous souhaiter, mais ça va très vite. Et surtout je voulais vous embrasser très affectueusement, sans oublier nos amis et amies.

Satprem



P.S : Mes livres ne se vendent guère qu’à dose homéopathique (!) ce qui désole mon éditeur (sans le décourager – Robert Laffont est unique de compréhension et d’amitié).

Il y a tout de même des gens qui comprennent – je ne parle pas de vous ! Votre comparaison avec le temple d’Angkor et le


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barattage des océans, pour faire sortir le poison du monde, m’a beaucoup touché, c’est si actuel –, mais j’avais reçu une lettre (inattendue) de Jacqueline de Romilly, en février dernier 1(c’est dire !), à propos de la « Tragédie de la Terre », et il me vient maintenant de vous la faire lire… J’avais montré la copie de cette lettre à Robert Laffont et à Micheline en les priant de ne pas en « faire état », cela me paraissait peu gracieux ou indécent étant donné la gentillesse de cette dame. Donc, ce n’est pas du tout à faire circuler, cela me gênerait, mais vous avez un sens de ce qui peut aider notre travail…

Bien. A-Dieu-vat !

Je ne dirais jamais assez ma gratitude pour votre fidèle affection.

Tout d’un coup, je me dis : mais pourquoi ne rencontreriezvous pas Jacqueline de Romilly ! – sait-on jamais, il peut y avoir des affinités…




(Fin décembre 96)

(Vœux pour 1997)

Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes pas rencontrés physiquement… si le Divin veut bien se débrouiller !

Satprem



Chère Yolande,

Nous sommes souvent avec vous silencieusement. Quelques mots pour vous le dire en cette fin de l’année. Que la nouvelle année 1997 prenne son plein sens dans notre vie à nous tous.

Profonde affection de Sujata.

1 Jacqueline de Romilly (26.3.1913-18.12.2010), écrivain, professeur, membre de l’Academie Française, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, Grand-Croix de l’Ordre National du Mérite, Commandeur des Palmes Académiques, Commandeur des Arts et Lettres


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Janvier 97

Bien chère Yolande,

Le travail qui se fait dans le corps devient si dur – on pourrait dire épuisant – que je ne peux plus écrire, pardonnez-moi. Il faut que je puisse tenir le coup sans m’éparpiller dans des choses du « dehors », si dignes d’intérêt soient-elles.

En dépit de cet état physique précaire, mon cœur est toujours près du vôtre.

Satprem




Pour Yolande

7 mars 97

Je pense à Yolande avec tendresse.

Que Mère vous entoure.

Satprem



Yolande,

Vous êtes dans la tranquillité de notre cœur. Et il y a de la tendresse.

Sujata
8 mars 1997





Janvier 98

Chère, bien chère Yolande,

Je pense souvent à vous, je n’oublie jamais ceux qui m’ont aidé. C’est un regret de ne pas pouvoir vous voir, mais l’état du corps, la difficulté de cette transition à un autre état m’empêche tout à fait de me mouvoir d’une façon un peu normale – il me faut beaucoup de solitude concentrée.


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Mais tout de même je voulais que ce premier mot de l’année… inconnue et critique, aille vers vous, avec tout mon cœur, et je n’oublie pas non plus mes autres amis si proches et fidèles. Nous allons vers un autre monde, une autre terre, plus véridique, je le sais, je le vis – cette transition est éprouvante mais c’est une telle Grâce d’avoir un Sens.

Je vous embrasse.

Satprem




Mars 98

Bien chère Yolande,

Oui, « J’y suis, j’y reste », vos quelques mots ont une vieille résonance en moi, et c’est un regret de ne pouvoir vous le dire plus physiquement.

Je travaille, je m’obstine comme un vieux Breton, et je sais, à travers la sordide décomposition du temps ce qui frappe à la porte et ce qui va recomposer tout – il faut tra-ver-ser.

Sujata, mon sourire, vous dit… son sourire.

J’ai voulu écrire quelques mots à André parce que sa fidélité me touche, et son courage, à travers les enfers médicaux. Il y a Autre Chose qui nous sauve en dépit de tout – ce qu’on appelle âme, qui est amour.

Avec ma tendresse toujours.

Satprem




03.98

Chère Yolande,

Le temps file. Déjà 25 ans que Mère nous est devenue invisible… Voilà 20 ans que nous avons quitté Pondichéry où j’ai vécu 40 ans de ma jeunesse. Cela parait pourtant comme l’autre jour quand on vous a connu en 1969. Inoubliable. Aussi inoubliable votre aide si précieuse.


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Que devenez-vous ? Je n’aurais pas dû vous poser cette question, car votre réponse est déjà là : « J’y suis, j’y reste ». Nous aussi. Nous sommes donc ensemble.

Ensemble dans l’amour de Mère avec une profonde affection.

Sujata





15 juin

Chaque fois que je vois « Yolande » sur l’enveloppe, je suis très content !

Bonjour Yolande !

Vraiment, je suis trop écrasé pour écrire, le corps est mis à rude épreuve, et tout ce misérable vieux monde malade est en train de crouler – on prie. J’avais reçu aussi un très gentil mot de J. et j’étais dans l’impossibilité de répondre – je suis trop dans le creuset de l’avenir. Mais la fidélité des cœurs, ça compte.

Frédéric de Towarnicki reste présent et sympathiquement dans ma conscience, j’aime ce courage et cet élan pour créer encore en dépit de sa condition physique, je souhaite de tout mon cœur qu’il puisse réaliser quelque chose avec mon gentil « sosie » (il a l’air très gentil), moi, je n’ai jamais été « gentil », mais j’ai toujours profondément aimé, sans très bien savoir ce qui était vraiment aimable dans cette espèce ambiguë.

J’aime ce vers quoi l’on tend.

Je vous embrasse comme un frère et suis avec vous dans cet effort pour « arracher » votre Boeing !

Courage et tendresse – Sujata aussi garde une vraie tendresse pour vous. On n’oublie pas.

Satprem




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16 juillet 98

Chère Yolande,

Voici une copie pour vous. Je tente d’expliquer les choses. Gardez cela pour vous. Avec ma vieille tendresse. S.

Cher Frédéric, bien cher,

Oui, vous êtes resté très présent dans ma conscience, vivant, et je sens cette vie dans votre courage créateur encore et en dépit de tout, comme si vous étiez là. Peut-être sommes-nous dans ce même « là » qui compte dans la vie, et il n’y a pas trente-six choses ni tant d’êtres, un immense point d’être où tout tient et se tient. C’est très poignant à vivre, et difficile. En vérité je vis une étrange chose, inconnue dans une peau d’homme, et c’est cela qui m’oblige à vous décevoir alors que j’aurais tant aimé vous faire une joie. Je ne peux plus rencontrer « normalement » quiconque, je suis physiquement écrasé par une Puissance inconnue des hommes mais qui est en train de bâtir celui que nous serons. Je ne peux même plus parler intelligemment ni guère me mouvoir sous ce poids (ou dans ce poids), c’est comme de l’autre côté de nos tombes, et comment vivre hors de ce que nous sommes physiologiquement et de par nos millions d’années animales ?

Chaque jour, et vraiment chaque heure, je m’étonne comme dans un perpétuel miracle invivable mais qui se vit quand même, oui c’est une sorte d’impossibilité qui se veut possible – et ce n’est pas moi qui veux ! Ça m’est tombé dessus comme une cataracte, mais d’aucune eau : c’est un autre air qu’il faut respirer et respirer sans qu’on y puisse rien, c’est tout déclenché, et peut-on s’arrêter de respirer une minute sans tomber par terre !? Alors c’est perpétuellement une sorte de chaos entre la mort de la vieille vie et cette autre vie qui n’a pas de mots ni même de moyens de vivre – c’est le Moyen même qui est en train de se créer sur le vif ! C’est le prochain « homme », ou le prochain être sur la terre qui est en train de se fabriquer, et dans quoi cela peut-il se fabriquer sinon à


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travers toutes les contradictions et négations de notre vieille carcasse périmée !? Ça ne se passe pas « là-haut » dans les immensités de la conscience, ça se passe , dans cette peau, où iciil faut faire entrer malgré elle cette Immensité même. Pardonnez-moi, mais je ne peux dire que des choses peu cohérentes. C’est très fabuleux et en même temps terrible – une grâce de pouvoir tenter de vivre cela au milieu de notre vieux monde qui croule. Voilà, pour vous je tente de dire, et j’ai plus d’une fois tenté de dire cet Inconnu de demain – il faut bien que ça commence quelque part, et quelle part, quel point de matière est-il séparé du reste ? On vit ou on essaie de vivre tous les corps en un. C’est trop pour un petit bonhomme, mais il faut bien continuer – c’est tout déclenché comme un « cataclysme » terrestre, c’est inévitable et inexorable et miraculeux. On y va, tous. Que puis-je dire pour votre jeune et sympathique ami ? Aventurier… J’ai vécu la forêt vierge, mais l’Inde est ma plus grande aventure et j’y ai découvert non seulement ma propre forêt vierge mais celle du monde et des siècles qui ont engendré ce que nous sommes devenus, et dans cette sublime Négation du vrai grand large libre, j’ai trouvé la clé même de ce qui ouvre les portes sur l’avenir de la terre. C’est épouvantable à vivre, comme de défaire des siècles de camp de concentration, et puis… Le grand Air… inimaginable et très irrespirable dans une vieille peau de singe.

Il fautque votre nouvel aventurier trouve sa propre énigme et son propre Mystère, et sa propre clé puissante – cela qui PEUT. On ne peut pas « dire » cela : il faut creuser dans sa propre peau et sa propre peine. Mais il n’y a qu’un Sens : c’est la Joie qui nous appelle, c’est la vraie Vie qui nous appelle, et qui est là sinon nous ne la chercherions pas. L’Évolution, déjàça se fabrique sur le vif – on ne d’avance : ça se fait sait rienavec chaque pas et dans le noir. Mais il y a « quelqu’un » au fond qui sait et qui pousse.

Je vous embrasse de tout mon cœur et je suis bien triste de vous décevoir. Je vous souhaite tout le meilleur de ce que vous êtes.


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On ne se quitte pas.

Satprem

P.S. : Si votre jeune ami peut lire Sri Aurobindo ou l’Agenda de Mère, il entrera en contact physique avec la Source de demain.

Et vos « souvenirs de la Forêt noire » ??





11 oct. 98

Chère, chère Yolande,

Cette lettre de Jacques m’a tellement touché, et puis votre souci pour moi – mais je vais bien ! C’est tout le monde qui va mal, et peut-être que je sens dans mes côtes et mes épaules !

Ça résiste comme du fer, mais on pilonne et pilonne, comme disait Mère. C’est l’Amour de Mère qui me porte en dépit de tout, on voudrait tant que toutes ces peines qu’elle a subies (et Sri Aurobindo !) ne soient pas en vain, qu’au moins quelque humain soit assez désespéré pour vouloir que tout ça change et suivre Leurs pas. Et puis ma douce Sujata est là. On travaille ensemble.

Frédéric de Towarnicki est émouvant aussi, on est tellement ému de sentir ces hommes vrais qui appellent autre chose. Micheline m’a transmis vos paroles à M.E. (et pourquoi ne pas dire simplement et directement à Micheline, elle est si bonne cette Micheline et elle aide tant – chacun a sa façon d’être et joue son rôle avec cœur, c’est le principal), elle va donc, en principe, parler à Robert Laffont pour lui demander, s’il est possible (et valable) d’inclure ma lettre à Frédéric dans ces « 7 jours en Inde », avec quelques lignes préliminaires.

Vous êtes tous si bons et fraternels, ça fait tant de bien au cœur de savoir toutes ces tendresses silencieuses. J’aimerais vous embrasser aussi avec tout mon cœur de vieux Breton fidèle et obstiné.


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Satprem


Vous verrez ce que j’écris à Jacques.

Je pense souvent à notre ami J.R.D. L’Inde aurait bien besoin d’un homme comme lui.

Vous êtes avec nous tendrement.

Sujata





Oct. 98

Cher Jacques1

J’ai été tellement ému par votre lettre, et j’aimerais vous embrasser. Des années ont passé et vous êtes là si immédiatement là, comme un ami et un frère jamais quitté. Les vies sont étranges et ce qui compte réellement surgit soudain comme un sourire toujours là et un amour tout au fond qui savait ce que nous ne savons pas – et comme il faut du temps pour comprendre…

Je suis dans une vie où l’on embrasse tant de choses et d’êtres qui ne savent pas eux-mêmes. On voudrait tant que les hommes touchent cette Réalité merveilleuse qui dort en eux. J’essaie de faire entrer cette Réalité dans notre matière rebelle. Tout d’un coup, peut-être, ils toucheront ce centre de tout et tout sera renversé dans un sourire ébloui, comme si rien n’avait jamais été que Cela.

Mon cœur va bien depuis votre visite, il apprend l’autre Loi, c’est-à-dire qu’il apprend l’irréalité de toutes ces vieilles lois malades – c’est la vieille habitude de mourir qui se décroche en vous faisant sentir toutes ses vieilles griffes. La seule grosse difficulté avec laquelle je me bats, c’est ce squelette de vertébré, cette première matière qui a des millions d’années et sent son écrasement dans une Puissance immense et libre hors de sa prison habituelle*. Mais peut-être, un jour, tout cela fondra – c’est la terre entière qui est en question, pas seulement la loi

1 Jacques Aigueperse, médecin des hôpitaux. Il s’est déplacé en Inde, bénévolement, à la demande de Sujata pour trouver Satprem dans la forêt.


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d’un petit bonhomme. Nous allons sortir de tous ces vieux fantômes qui meurent de n’être pas ce qu’ils sont. Et la Terre nouvelle sera.

Je vous embrasse avec tout mon amour et Mère vous prend dans son cœur.

Satprem

*Si vous alliez sur Jupiter sans scaphandre, que sentirait votre corps ?





Le 12 octobre 98

Jacques, mon cher Docteur,

Comme les paroles de votre cœur ont touché mon cœur… Je reste toute émue. C’était si longtemps et puis c’est toujours là, tout présent. Oui, vous êtes tout présent. Comme notre chère amie-sœur Yolande.

En ce qui concerne l’état physique de Satprem c’est un peu comme quand le soleil se lève le matin, il est tout frais, puis plus le jour avance plus cela devient alourdissant. Comme quoi le matin Satprem fait ses exercices régulièrement. Mais venu midi il se sent écrasé par cette Puissance. Le soir venu il peut à peine parler, tant est cet écrasement. « Ecrabouillé » pour utiliser son mot à lui. C’est ça la difficulté pour les rencontres. Alors quoi dire ? Mais je garde votre offre dans mon esprit.

Dites-moi, Jacques, comment allez-vous ? Comment s’organise votre vie ? Êtes-vous toujours avec les « Médecins sans frontières » ?

Autrement… comment se déroule votre journée ?

Avec le Sourire de Mère,
de tout cœur.

Sujata


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30 décembre 98

Yolande, chère Yolande, si je pouvais j’aimerais aller vous embrasser pour effacer toutes les petites choses stupides et inutiles dont nous nous encombrons, alors que chaque chose est à sa place et bien faite.

Oui, depuis 25 ans, nous avons fait une sorte d’énormité de travail, impensable, sur tous les plans, et cela n’aurait pas été possible sans l’aide si gracieuse qui est venue près de nous pas à pas et juste au moment voulu. L’aide de Yolande est inestimable, et mon regret est de ne pas avoir la possibilité physique de vous embrasser et de vous le dire – ce vieux corps tire très fort sur son ancre. Vous comprenez ? Si vous avez lu ce que j’ai écrit à Towarnicki, c’est simple et clair.

J’envisage et j’ai commencé une dernière Besogne, dure besogne, c’est de publier enfin ces « Carnets d’une Apocalypse », justement ces 25 années sur la piste de Mère pour que leur terrible travail dans le corps, dans cette Matière rebelle, ne soit pas perdu et l’objet de quelque « nouvelle religion » et de quelque noble « idéal » qui reste dans l’air. Il fallait FAIRE, suivre ce terrible chemin, et il fallait un petit bonhomme aussi désespéré que moi, prêt à tout, qui AIMAIT Mère… Bon, on a essayé de faire VIVRE ça dans une peau humaine – alors là on comprend tout, on comprend le terrible Labeur qu’Ils ont fait seuls à travers leur corps et toute la Négation du monde. J’ai voulu suivre ces pas-là, incarner. Ces Carnets disent l’expérience pas à pas, la découverte pas à pas de tout ce qui recouvre notre manière d’être mentale et mensongère – un trou dans ce Mur.

Je ne sais pas quand ces « Carnets » seront possiblement publiés (c’est ruineux pour un éditeur !). Je ne sais pas non plus qui comprendra, c’est si loin de la conscience actuelle – mais les temps peuvent changer et la Conscience humaine peut basculer dans un inconnu qui change tout. Je crois d’ailleurs, que tout ce Mensonge terrestre est en train de basculer dans autre chose – un Autre Chose sidérant. Bref, je me suis dit


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que parmi des milliers de lettres que j’ai écrites pour « faire comprendre », mes lettres à Yolande avaient leur place et leur importance dans cette grande Bataille, cruelle bataille, qui s’est déroulée après le départ de Mère, et elles pourraient êtres incorporées dans ces « Carnets »… Qu’en dites-vous ?

Mettons-nous dans la grande Dimension. Mais c’est comme vous voudrez. Si oui, vous pourriez m’envoyer le « paquet » (!) ou des photocopies.

Comme il vous plaira, si tant est que ma pensée vous plaise !

Enfin voilà, et ces longues lettres sont une grosse difficulté pour moi.

Mais dans tous les cas, je songe à publier ces « Carnets » à partir de 1973, qui sont vraiment d’une « apocalypse ».

Le Vrai Côté, c’est la fidélité à cette Œuvre, à Mère, à Sri Aurobindo – et puis mon amour toujours pareil pour ceux qui ont aidé : la fraternité humaine, ça existe pour moi.

Avec vous
Vers une année Victorieuse :
Leur Victoire pour la Terre.

Satprem




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