La Connaisssance Interieure 92 pages
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Principaux points de digipuncture (murmas) pour soulager la douleur et combinaison de postures thérapeutiques (asanas) pour purifier les canaux nerveux (nadis)

La Connaisssance Interieure

Kalu Sarkar
Kalu Sarkar

Important acupressure points (murmas) for relief from pain and combination of therapeutic postures (asanas) for cleansing the channels (nadis) throughout the body. (with 60 photographs)

The Knowledge Within 86 pages 2012 Edition
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Kalu Sarkar
Kalu Sarkar

Principaux points de digipuncture (murmas) pour soulager la douleur et combinaison de postures thérapeutiques (asanas) pour purifier les canaux nerveux (nadis) dans tout le corps. (avec 60 photographies)

French translation of book by Kalu Sarkar La Connaisssance Interieure 92 pages
French Translation
Translator: Cristof Alward-Pitoëff  PDF   

La Connaissance Interieure

La Source — Le Souffle — Les Cinq Eléments

 La Matière ou le Corps

Extraits des œuvres de Sri Aurobindo

et de la Mère

par Kalu Sarkar


Première édition 24 Novembre 2012

Imprimé à Newcon Global Services, Pondichéry.

© Copyright : Kalu Sarkar 2012.

Traduction : Cristof Alward-Pitoëff

Les citations des oeuvres de Sri Aurobindo et de la Mère sont reproduites avec

l'aimable autorisation du Sri Aurobindo Ashram Trust, Pondichéry, Inde.


Santé et Bonheur

Un pas vers la lumière

Une approche préparatoire du yoga de Sri Aurobindo

La Gita est une œuvre qui a résisté à l'épreuve du temps de façon extraordinaire ; elle a en effet conservé toute sa jeunesse et son actualité car les expériences dont elle nous parle sont demeurées aussi vivantes aujourd'hui qu'à l'époque où elle fut écrite, dans le cadre de la grande épopée du Mahabharata. [...]

                    Son influence n'est pas seulement philosophique ou académique, mais concrète et vivante ; elle touche aussi bien la pensée que l'action, et les idées qui l'inspirent sont actuellement à l'œuvre et contribuent puissamment à la renaissance et au renouveau de notre nation et de sa culture.1


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C'est par une croissance intérieure constante que l'on peut trouver une

nouveauté constante et un intérêt inépuisable dans la vie.

Il n'y a pas d'autre moyen satisfaisant.

Sri Aurobindo

Pour exprimer notre gratitude à Sri Aurobindo, nous ne pouvons rien faire

de mieux que d'être la démonstration vivante de son enseignement.

La Mère


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MEMBER OF PARLIAMENT 

RAJYA SABHA 

(UPPER HOUSE OF PARLIAMENT) 

PRESIDENT

INDIAN COUNCIL FOR

CULTURAL RELATIONS

      (ICCR)

         

PRÉFACE

Il est extraordinaire de constater une fois de plus la profondeur des intuitions de Sri Aurobindo et de la Mère, non seulement dans le domaine spirituel, mais dans la manifestation extérieure, au cœur de notre monde qui, en dépit des progrès matériels spectaculaires accomplis depuis un siècle, demeure affligé par les conflits et les guerres, la pauvreté et la malnutrition, l'analphabétisme et la maladie. L'œuvre monumentale que Sri Aurobindo et la Mère ont léguée à l'humanité tout entière, a fait l'objet de nombreuses anthologies, notamment celles, remarquables, de A. S. Dalal. Nous sommes heureux de préfacer aujourd'hui celle de Kalu Sarkar, qui a le mérite de traiter de ces questions fondamentales d'un point de vue à la fois théorique et pratique.

      Dans ce recueil intitulé « La Connaissance intérieure », Kalu Sarkar souligne que, selon Sri Aurobindo et la Mère, seules la découverte et la mise en pratique de cette connaissance intérieure nous permettront de sortir de la crise que traverse actuellement l'humanité. Or c'est justement en cette heure critique de notre évolution que l'Inde peut et doit jouer un rôle prédominant pour forger l'avenir, comme le souhaitaient Sri Aurobindo et Swami Vivekananda. L'Inde, en effet, possède une culture et une spiritualité qui ont su résister aux plus terribles invasions et aux holocaustes, et en sortir étonnamment vivante. Mais il est clair également qu'elle ne pourra jouer ce rôle de pionnier et de guide que si elle parvient à renouer avec les grands idéaux spirituels qui ont nourri sa culture et guidé son esprit à travers les voies souvent tortueuses de sa longue histoire.

     

KARAN SINGH

15,h Aug. 2012

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Avant-Propos

Nous vivons à l'âge des paradoxes. Nous avons construit des villes magnifiques, et des armes effrayantes pour les détruire ; nous voyageons toujours plus rapidement, et n'avons pas une seconde pour nous détendre ; la science et la technologie ont mis à notre service d'innombrables outils, mais aucun d'entre eux ne nous a guéris de notre tension et de notre anxiété ; nos maisons sont belles, sans doute, mais nos foyers sont brisés ; nous vivons plus longtemps, mais la vieillesse est un fardeau souvent insupportable ; et, dernière exemple et non des moindres, nous avons échafaudé un fabuleux empire médical, mais des maladies nouvelles nous frappent et nous laissent désemparés.

      Y aurait-il, caché au fond de nous, quelque source de disharmonie qui aurait échappé à notre science et à notre conscience ? Il semblerait que nous ayons accordé une importance démesurée à notre vie extérieure, et négligé la conscience elle-même. Nous ne sommes pas suffisamment éveillés à notre vie intérieure qui seule, pourtant, en dernière analyse, détermine le degré de satisfaction que nous tirons de nos actions, et le bonheur que nous trouvons dans la vie. Comme l'a dit un grand sage, on peut dépenser des millions pour se construire une chambre à coucher luxueuse, mais sans la moindre garantie d'y pouvoir dormir une heure en paix.

      A ce jour, nous n'avons pas encore réussi à maîtriser parfaitement toute la complexité de notre corps physique. Certains voient en celui-ci une forme matérielle que notre conscience, notre esprit, essaie d'utiliser à ses fins et de gouverner ; d'autres supposent que la matière est elle-même une forme de conscience. On peut en débattre, mais on ne saurait nier le fait que la frontière subtile où tous deux se rencontrent - le corps matériel et l'esprit qui y demeure - représente l'élément primordial de leur coexistence. Les physiciens de l'Inde antique, qui étaient aussi des Rishis, des Voyants de la Vérité, avaient percé les

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secrets de notre être, de sa nature et de sa structure, en découvrant dans notre système nerveux le lien vital qui unit la matière et l'esprit.

      Shri Kalu Sarkar, qui a judicieusement réuni les textes de Sri Aurobindo et de la Mère présentés dans cette anthologie, et qui en explique la portée dans son introduction, a étudié divers systèmes de médecine douce et mis au point des thérapies efficaces qui ont bénéficié à de nombreuses personnes, en Inde comme à l'étranger. Il a hérité de l'idéalisme de son père, Shri Sudhir Sarcar, un homme exceptionnel qui eut le rare privilège de suivre Sri Aurobindo durant la période révolutionnaire de sa vie, quand il luttait pour l'indépendance de l'Inde, et plus tard, à Pondichéry, quand il décida de se consacrer entièrement au Yoga. Shri Kalu Sarkar a mis généreusement ses dons au service de tous ceux qui viennent le consulter au département de physiothérapie qu'il dirige à l'Ashram

de Sri Aurobindo.

      A n'en pas douter, ces textes éclaireront nombre de questions d'ordre psychophysique que nous nous posons tous avec de plus en plus d'acuité. Les principes fondamentaux de digipuncture expliqués dans ce recueil, et les illustrations qui les accompagnent, serviront de guide pratique à tous ceux qui souhaitent se mettre en quête de la connaissance intérieure, seul fondement sûr de la santé intégrale et du bonheur qui l'accompagne.

Manoj Das

      (Shri Manoj Das, Professeur de Littérature anglaise au Centre International d'Education Sri Aurobindo, Pondichéry, est un écrivain indien de grand renom. Lauréat du Padma Shri, l'une des plus hautes distinctions nationales, il a reçu divers prix et récompenses pour sa contribution à la littérature, notammant celui décerné par la célèbre Sahitya Akademi.)

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INTRODUCTION

Nous sommes en train de vivre une heure de notre histoire où il est indispensable de nous tourner vers le Maître suprême du Yoga, qui a gravi tous les échelons et franchi toutes les étapes de l'évolution par sa tapasya, sa pratique du yoga. Sa volonté impersonnelle, silencieuse et détachée peut enfin être entendue et suivie par l'humanité qui souffre et aspire, sans avoir aucune notion du but vers lequel elle se dirige. Rien d'autre ne pourra effectuer le changement nécessaire : aucune panacée politique, aucun demi-dieu, aucun savoir d'emprunt, aucun homme d'Etat, aucun ascète, aucun chef religieux. Nous sommes entre les mains d'un Pouvoir Suprême. Nous sommes ses instruments, rien de plus.

      En attendant, l'homme, cette créature à demi consciente, qui vit encore dans la crainte de Dieu, aiguillonné par l'Ignorance (Avidya) — le jeu de la multiplicité—, s'est enfermé dans toutes sortes d'appareils et de mécanismes, et se trouve aujourd'hui étouffé sous le poids de sa Science.

      Voilà plus de cent ans que Sri Aurobindo a prédit que l'homme serait un jour en péril d'être écrasé par ses propres machines et que son confort lui deviendrait un fardeau. La science, la philosophie et la pensée critique, avait-il vu, se sont établies et ont conquis la masse de l'humanité en satisfaisant son désir du luxe, du confort et de la facilité, et en donnant à ses actions toutes les justifications possibles dans ce vaste conflit d'intérêts, de passions, d'appétits et d'aspirations diverses dont les effets corrosifs et destructeurs sont visibles dans le monde entier.

      C'est ici qu'entre en jeu l'un des plus grands ennemis de l'homme : le « stress » comme on dit de nos jours. Dangereux car par cette brèche s'engouffrent des forces « hostiles » qui, pénétrant insidieusement dans sa vie et profitant de son inconscience, sont prêtes à ruiner sa santé physique et mentale, son bien-être et son harmonie intérieure s'il ne réagit pas immédiatement.

      Il semble accepté que le stress est un état psychologique qui provient de notre incapacité à supporter la pression que nous impose la société, et notre mode de vie. Mais en fait, le stress est un état psychophysique qui dépend largement de notre équilibre nerveux,

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et qui profite pour s'installer des «trous» dans notre armure — c'est-à-dire dans notre nature encore rudimentaire et anarchique.

Les symptômes du stress sont bien connus: anxiété mentale et émotive croissante, incapacité de contrôler ses pensées et, de ce fait, de se concentrer de façon soutenue.

      L'Occident en a fait l'expérience, et pourtant la science médicale a lamentablement échoué dans sa tentative d'y remédier. Comment se fait-il que la science trébuche dès quelle essaie de résoudre un problème qui échappe à son domaine proprement dit ? Tout simplement, peut-être, parce quelle n'a pas su comprendre les mécanismes secrets de la Nature au-delà du champ de la Matière. Car la solution des problèmes liés au stress se trouve en vérité dans les profondeurs de notre être, dans des régions subtiles, subliminales comme dit Sri Aurobindo. Il est donc normal que nous soyons en peine de diagnostiquer précisément ce mal, et à plus forte raison de le guérir, si nous n'avons aucune connaissance des pouvoirs subtils qui agissent dans notre être et sous-tendent toute vie.

      Et pourtant, là où la science a échoué, l'éternelle sagesse de l'Inde s'est montrée souveraine. C'est dans la Connaissance supérieure qui est en nous, que nous pouvons déchiffrer l'énigme de notre existence, et découvrir aussi la raison, la cause profonde de ces maux et souffrances sans nombre dont l'humanité est accablée.

Kalu Sarkar


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Le message de Sri Aurobindo est clair :

L'Inde nous offre ce que la science ne peut nous donner : le Brahman comme but éternel, le yoga comme moyen de perfection, le dharma comme loi rationnelle et pourtant nécessaire de notre conduite. Parce que l'Inde possède ce qui peut satisfaire l'humanité et ce sur quoi elle peut s'établir, le triomphe de l'esprit qui nous anime est assuré.2

Sans aucun doute, pour certaines raisons pratiques, L'Occident a raison ; nous devons nous tenir sur des bases solides pour agir avec la plus grande efficacité possible, et tirer le meilleur parti de notre connaissance.

      Mais pour que cette victoire ne soit pas lente à venir, semée d'embûches et imparfaite dans son accomplissement, il est nécessaire que ce que l'Inde peut offrir au monde soit énoncé dans des termes que L'Occident puisse comprendre, et se fonde sur un principe de connaissance qu'il a fait sien. L'Europe n'acceptera rien qui ne soit scientifique, c'est-à-dire, rien qui ne s'appuie sur une connaissance bien établie, cohérente et vérifiable.3

Il est une loi impérative de la vie, un grand principe de l'évolution humaine, un ensemble de connaissances et d'expériences spirituelles, que l'Inde a pour mission de préserver et d'offrir en modèle au monde. Cette loi est le sanatana dharma.

      L'Europe fait grand cas de la Machine. Elle cherche à régénérer l'humanité par de nouvelles structures sociales, de nouvelles formes de gouvernement. Elle espère susciter le millenium par un décret du Parlement.

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Certes, les moyens mécaniques jouent un rôle important, mais seulement dans la mesure où ils servent la force qui est derrière eux et l'esprit au-dedans de nous. L'Inde, au XIXe siècle, aspirait à une émancipation politique, à un renouveau social, à une vision et une renaissance religieuses, mais elle échoua, car ses mobiles et ses méthodes étaient empruntés à l'Occident; elle n'a pas tenu compte de l'esprit du peuple, de son histoire et de sa destinée; elle pensait qu'en adoptant l'éducation, les mécanismes, l'organisation et toute la panoplie de l'Europe, elle en reproduirait la prospérité, le dynamisme, le progrès. Nous autres, en ce XXe siècle, rejetons les buts, les idéaux et les méthodes du XIXe siècle anglicisé, parce que nous en avons tiré les leçons. Nous nous refusons à idolâtrer le présent; notre regard se tourne à la fois vers le passé et vers l'avenir, vers la grande histoire de notre peuple et vers celle, plus grande encore, que la destinée nous prépare.4

Nous disons à la nation : Dieu veut que l'Inde soit elle-même, et non pas une copie de l'Europe. Nous avons cherché à nous régénérer en suivant une loi d'être différente de la nôtre. Un retour aux sources de vie et de force au-dedans de nous est indispensable. Nous devons connaître notre passé, le redécouvrir pour les besoins de l'avenir. Notre premier devoir est de nous réaliser pleinement, puis de modeler tous les aspects de notre existence d'après la loi de la vie et de la nature éternelle de l'Inde. Notre journal, le Karmayogin, se propose donc de pénétrer le sens profond de notre religion et de notre société, de notre philosophie, notre littérature, nos arts, notre politique, notre jurisprudence, notre science et notre pensée, tout ce qui était nôtre et le demeure, afin que nous puissions nous dire et dire à la nation : « Ceci est notre dharma ». Nous réexaminerons la civilisation européenne

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entièrement du point de vue de la pensée et de la connaissance indiennes, et nous nous efforcerons de nous défaire de l'empreinte dominante de L'Occident ; ce que nous lui emprunterons, nous l'indianiserons. Et une fois le dharma retrouvé, nous ferons tout, non seulement pour le professer, mais pour le vivre dans nos activités individuelles, notre vie sociale, nos entreprises politiques.

      Nous disons à chacun, et spécialement aux jeunes qui, à présent, se mettent au service de l'Inde, du monde et de Dieu : « Vous ne pouvez nourrir cet idéal, encore moins le réaliser, si votre esprit reste asservi aux idées européennes et si vous considérez la vie d'un point de vue matérialiste. Matériellement vous n'êtes rien, spirituellement vous êtes tout. C'est seulement l'Indien en vous qui peut tout espérer, tout oser, tout sacrifier. Aussi devenez d'abord des Indiens. Recouvrez le patrimoine de vos ancêtres. Recouvrez la pensée, la discipline, le caractère, l'idéal de vie de Yârya. Recouvrez le Vedânta, la Gîtâ, le Yoga, non pas seulement sur le plan de l'intellect ou du sentiment, mais dans votre existence même. Il vous faut vivre ces choses ; elles vous élèveront, vous armeront d'une force souveraine, invincible, et ni la vie ni la mort n'auront de terreur pour vous. Les mots « difficile » et « impossible » disparaîtront de votre vocabulaire. Car c'est en l'esprit que la force est éternelle et, avant de pouvoir reconquérir votre royaume extérieur, il vous faut reconquérir votre royaume intérieur, le swarâj au-dedans de vous. C'est là que la Mère a Sa demeure et Elle attend votre consécration pour vous infuser de nouvelles énergies. Ayez foi en Elle, servez-La, immergez votre volonté en la sienne, votre égoïsme dans le moi plus vaste du pays et dans le service de l'humanité. Recouvrez la source de toute force en vous-mêmes, et tout vous sera donné.5

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L'homme lui-même n'est pas une vie et un mental nés de la Matière et soumis éternellement à la Nature physique, mais un esprit qui se sert de la vie et du corps. Et tel est le sens le plus profond de la culture de l'Inde : la foi éclairée en cette conception de l'existence, la tentative pour la réaliser dans la vie, la science et la pratique que nécessite une aussi noble entreprise, et l'aspiration de briser finalement les limites de ce mental assujetti à la vie et à la matière pour entrer dans une conscience spirituelle plus vaste. Et c'est aussi le fondement de cette spiritualité indienne dont on parle tant.6

C'est la bhakti seule qui nous a maintenus en vie, qui a préservé un impérissable noyau de force au cœur de notre faiblesse et de notre obscurité.7

Dans cette grave crise de notre destinée, que notre peuple ne perde pas  courage, qu'il ne laisse pas la stupéfaction ou la dépression s'emparer de son âme et l'affaiblir. Le combat que nous livrons ne peut se comparer aux guerres d'antan où l'armée prenait la fuite quand le chef ou le roi tombaient. Le Roi que nous suivons aujourd'hui sur le champ de bataille est notre Mère patrie, sacrée, impérissable ; celui qui guide notre marche n'est autre que le Tout-Puissant, c'est-à-dire ce qui, en nous et au dehors de nous, ne peut être pourfendu, noyé, brûlé, exilé, emprisonné. [...]

      Ne cédons pas au découragement, à la dépression, ne nous laissons pas non plus emporter et étourdir par la fureur, aveugler par la rage du combat. Nous sommes à l'aube d'un âge de terribles épreuves. Le passage ne sera pas facile ; pour remporter la victoire, il nous faudra payer le prix. L'Inde s'enfonce dans la vallée obscure de la mort, dans un terrible abîme de souffrances. Nous devons comprendre que nos souffrances présentes ne sont

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rien comparées à celles qui nous attendent. Prenons-en conscience, soyons déterminés, évitons toute hystérie. La violence et la colère se répandent parmi nous, on crie, on lance des appels enragés, on nous incite à embrasser la mort. Or nous disons : préparons-nous à mourir, mais travaillons pour la vie — non point la vie de nos corps périssables, mais celle de notre pays et de la cause que nous défendons. Quoi que nous fassions, faisons-le avec la connaissance et la vision de l'avenir. Que notre premier et unique objectif soit de servir notre cause, et non de laisser libre cours à notre colère. A présent, nous avons avant tout besoin de courage, un courage que rien ne peut fléchir ou altérer.8

La force spirituelle au-dedans de nous non seulement crée l'avenir mais crée aussi les matériaux nécessaires à cette création. Elle n'est pas limitée aux matériaux existants, ni en nature, ni en quantité. Elle peut transformer de mauvais matériaux en bons matériaux, des moyens insuffisants en moyens abondants. C'est la prise de conscience de cette grande vérité dans toute sa profondeur qui donna à Mazzini la force de créer l'Italie moderne.

      Nous gardons l'espoir [...] que non seulement la situation politique en Inde va changer, mais que ses maux les plus enracinés seront guéris ; et que si nous faisons appel à l'immense potentiel de force morale et spirituelle qu'elle possède, nous accomplirons pour elle ce que Mazzini n'a pu faire pour l'Italie : placer l'Inde à la tête et à l'avant-garde du nouveau monde dont la naissance douloureuse déchire en ce moment notre Terre.9

L'éternelle question se pose une fois de plus, et l'homme se détourne du visible et de l'extérieur pour se tourner vers ce qui se trouve au plus profond

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de son être, se détourne de la connaissance limitée qu'il a acquise pour porter son regard vers le vaste inconnu qu'il est derrière la surface et qu'il doit devenir, parce que telle est sa Réalité ; et quittant cette mascarade des phénomènes et du devenir, l'Etre réel finira par atteindre à sa propre délivrance. Une fois saisie et emportée irrésistiblement dans cette direction, l'âme humaine ne peut plus se contenter de regarder les choses mortelles et les apparences à travers ces portes du mental et des sens que l'Existant-en-soi a créées et tournées vers le dehors sur un monde de formes ; il est poussé à tourner ses regards vers un nouveau monde de réalités.

      Ici, dans ce monde qu'il connaît, l'homme possède quelque chose, si imparfait et fragile soit-il, à quoi il attache du prix. Car ce qu'il veut atteindre, et réalise parfois, c'est un élargissement de son être, une connaissance croissante, une joie et une satisfaction accrues, et ces choses sont pour lui si précieuses qu'il est prêt à supporter des souffrances continuelles sous le choc des forces contraires pour y goûter, si peu que ce fût. S'il est ainsi prêt à abandonner tout ce qu'il poursuit et embrasse ici-bas, c'est qu'il doit y avoir quelque chose de beaucoup plus puissant qui l'attire vers un Au-delà, une offre secrète de quelque chose de si grand que pour cette seule récompense il soit prêt à renoncer à tout. Ce qui lui est offert, ce n'est pas un plus vaste devenir, mais un être infini ; non des morceaux d'une connaissance relative prise pendant une heure pour la totalité de la connaissance, mais l'acquisition de la connaissance essentielle et le flot de ses lumineuses réalités ; non des satisfactions partielles, mais le délice. En un mot, l'Immortalité.10


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La nécessité urgente d'un vrai changement spirituel

La spiritualité ne se réduit pas à une haute intellectualité ni à un idéalisme, à un penchant éthique du mental ou à une pureté et une austérité morales, ni à une religiosité ou une ferveur émotive ardente et exaltée, ni même à un composé de toutes ces excellentes choses. Les croyances, les credo ou la foi du mental, l'aspiration du cœur, la réglementation de la conduite suivant une formule religieuse ou morale, ne sont pas l'expérience spirituelle ni la réalisation spirituelle. Ces choses ont une valeur considérable pour le mental et la vie ; elles ont de la valeur pour l'évolution spirituelle elle-même en tant que mouvements préparatoires qui disciplinent, purifient la nature et lui donnent une forme appropriée. Mais elles appartiennent encore à l'évolution mentale ; on n'y trouve pas le commencement d'une réalisation, d'une expérience et d'une transformation spirituelles. Dans son essence, la spiritualité est l'éveil à la réalité intérieure de notre être, à l'esprit, au moi, à l'âme qui est autre que notre mental, notre vie et notre corps ; c'est une aspiration intérieure pour connaître, sentir, être Cela, pour entrer en contact avec la Réalité plus vaste qui dépasse l'univers et le pénètre, et qui demeure également en notre être ; c'est une aspiration pour entrer en communion avec cette Réalité et pour s'unir à elle, et, comme résultat de l'aspiration, du contact et de l'union, c'est un renversement, une conversion, une transformation de tout l'être, une croissance ou un éveil dans un nouveau devenir ou un nouvel être, un nouveau moi, une nouvelle nature.11

Nous devons harmoniser Dieu et la Nature, sinon nous risquons d'être détruits. Les nations européennes, sans exception, ont connu le déclin après

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quelques siècles d'efflorescence, car elles sont restées attachées à l'ignorance et ont poursuivi la voie d'Avidya (la connaissance des formes dans la multiplicité) avec obstination. Nous qui détenons le secret mais n'en comprenons pas le sens, avons mis deux mille ans à dépérir, mais aujourd'hui, notre décadence est un fait accompli et nous nous sommes conduits nous-mêmes à deux pas de la mort et de la décomposition.12

Seule une conscience plus grande au-delà du mental, si elle existe et nous est accessible, peut nous permettre de connaître la Réalité ultime et d'y pénétrer. La spéculation intellectuelle, le raisonnement logique pour savoir si cette conscience plus grande existe ou non, ne nous mèneront pas très loin. Ce qu'il faut, c'est trouver le moyen d'en avoir l'expérience, de l'atteindre, d'y pénétrer, de la vivre. Une fois ce moyen découvert, la spéculation et le raisonnement intellectuels ne jouent plus qu'un rôle très secondaire, et perdent même toute raison d'être.13

L'Inde et l'Occident

La civilisation occidentale, rationaliste, industrielle et pseudodémocratique, est aujourd'hui en voie de dissolution et ce serait une folle absurdité si nous décidions, à l'heure actuelle, de construire aveuglément sur ces fondations qui s'écroulent. Quand, dans ce crépuscule de l'Occident, les esprits les plus avancés commencent à se tourner vers le génie de l'Asie dans l'espoir d'y découvrir une civilisation nouvelle et plus spirituelle, il serait étrange que nous n'envisagions rien de mieux que de rejeter notre propre


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identité et nos propres possibilités, pour mettre toute notre confiance dans le passé décomposé, moribond de l'Europe.14

L'Inde possède, ou plutôt possédait la connaissance de l'Esprit, mais elle a négligé la Matière, et elle en souffre. L'Occident a la connaissance de la Matière, mais il a rejeté l'esprit et il en souffre cruellement.15

L'Inde a depuis toujours eu un idéal spirituel ; cet idéal a marqué sa pensée et nourri ses plus hautes aspirations. Mais la marche du Temps et les besoins de l'humanité exigent une nouvelle orientation et une nouvelle forme de cet idéal. Les anciennes formes, les anciennes méthodes ne suffisent plus au dessein de l'Esprit-du-Temps. L'Inde ne pourra accomplir sa mission si elle continue de suivre des voies qui sont devenues trop étroites pour les pas immenses qu'elle va devoir prendre demain. Notre spiritualité ne veut pas d'une vie surannée, fatiguée du monde, alourdie par le sens de l'illusion et de la misérable inutilité de toute cette gigantesque création de Dieu. Nous n'avons pas pour idéal une spiritualité qui s'écarte de la vie, mais qui veut conquérir la vie par le pouvoir de l'esprit. Nous considérons que le monde est une manifestation progressive du Divin ; mais nous savons aussi que l'humanité va devoir faire un effort plus grand qu'elle n'en a jamais fait pour se transformer, afin que tombe le voile qui sépare l'homme du Divin. Alors, l'homme divin que nous sommes en puissance verra le jour et notre vie sera remodelée dans la vérité, la lumière et le pouvoir de l'esprit. Nous devons faire de toutes nos actions un sacrifice au maître des œuvres et une expression du moi plus grand de l'homme, et de toute la vie un Yoga.

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      L'Occident a fait de la croissance de l'être intellectuel, émotif, vital et matériel de l'homme son idéal, mais il a négligé tout l'immense potentiel de son existence spirituelle. Il ne voit rien de plus grand que ses idéaux de progrès, de liberté, d'égalité, de fraternité ; il a mis toute sa foi dans la raison et la science, recherche l'efficacité en toutes choses, aspire à un état politique, social et économique toujours meilleur, à l'unité et au bonheur terrestre de l'humanité. Ce sont là de nobles efforts, mais toutes ces expériences ont prouvé qu'elles ne peuvent réellement aboutir si elles s'appuient sur la seule force des idées et des sentiments : leur réelle vérité, leur mise en pratique doivent avoir l'esprit pour fondement.

      L'Occident a mis toute sa foi dans la science et les machines et il est en passe d'être écrasé sous ce fardeau. Il n'a pas compris qu'un changement spirituel est nécessaire pour qu'il puisse réaliser ses idéaux. L'Orient détient le secret du changement spirituel, mais il a pendant trop longtemps détourné les yeux de la terre. L'heure est venue de supprimer cette division et d'unir la vie et l'esprit.

      Ce secret, l'Inde le possédait, mais elle ne l'a pas suffisamment appliqué. On le trouve résumé dans cette injonction de la Gîtâ : « yogasthah kuru karmani ». Toute action doit être accomplie en Yoga, en union avec le Divin, fondée sur le moi le plus haut, en soumettant toutes les parties de notre être au pouvoir de l'esprit. Tel est le principe. Et nous croyons que cela est non seulement possible pour l'homme, mais que c'est la vraie solution à tous ses problèmes et toutes ses difficultés. Tel est donc le message que nous déclarerons sans nous lasser ; tel est l'idéal que nous mettons devant la jeunesse et devant l'Inde résurgente : une vie spirituelle qui embrassera toutes les activités humaines et finira par transfigurer le monde à l'aube de ce nouvel âge qui se lève. L'Inde, qui depuis des millénaires a porté en elle-

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même ce secret, est le pays qui peut mener le monde vers cette grande transformation qu'annonce notre époque, cette sandhya du vieil âge sur le déclin. Telle doit être sa mission et son service à l'humanité — elle qui sut découvrir pour l'individu la vie spirituelle intérieure, doit maintenant découvrir pour notre espèce son expression collective intégrale et fonder pour l'humanité un ordre nouveau, spirituel et collectif.

      Notre premier objectif sera de faire connaître cet idéal, d'insister sur la nécessité primordiale d'un changement spirituel, et de réunir tous ceux qui l'acceptent et sont prêts à faire des efforts sincères pour le réaliser ; notre second objectif sera de bâtir sur ce principe une vie non seulement individuelle mais collective. Le changement intérieur est indispensable, mais l'action extérieure ne l'est pas moins, et celle-ci devra être à la fois spirituelle, culturelle, éducative, sociale et économique. Elle aura une portée individuelle aussi bien que communautaire, régionale autant que nationale, et finalement, elle œuvrera non seulement pour la nation mais pour tous les peuples de la terre. Cette action aura pour objectif immédiat une nouvelle création, une éducation et une culture spirituelles, un plus vaste esprit social fondé non plus sur la division mais sur l'unité, sur la croissance et la liberté parfaites de l'individu, mais aussi sur son unité avec les autres et sa consécration au moi plus large du peuple et de l'humanité, et un premier essai pour résoudre les problèmes économiques en suivant non plus le modèle occidental mais les principes communautaires propres à l'Inde.

      C'est à la jeunesse de l'Inde que nous faisons appel, car ce sont les jeunes qui doivent bâtir ce monde nouveau — pas ceux qui acceptent l'individualisme compétitif, le capitalisme ou le communisme matérialiste de l'Occident comme l'idéal de l'Inde future, ni ceux qui sont esclaves des vieilles formules religieuses et ne croient pas que la vie puisse être acceptée et

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transformée par l'esprit, mais tous ceux qui ont l'esprit libre et le cœur ouvert et sont prêts à accepter une vérité plus complète et travailler pour un plus grand idéal. Ce seront des hommes qui se dévoueront non pas au passé ou au présent, mais à l'avenir. Il leur faudra consacrer leur vie au dépassement de leur moi inférieur, à la réalisation du Divin en eux et en tous les êtres humains, et œuvrer, sans se lasser et sans compromis, pour la nation et pour l'humanité. Cet idéal ne sera peut-être encore qu'une graine, et la vie qui l'incarne un petit noyau ; mais nous sommes convaincus que cette graine poussera et deviendra un arbre immense, et que ce noyau deviendra le cœur d'une formation toujours plus large. C'est avec une foi inébranlable dans l'esprit qui nous inspire que nous prenons notre place parmi les porte-flambeaux de la nouvelle humanité qui s'efforce de naître au milieu du chaos d'un monde en désintégration, et de l'Inde future, cette grande Inde renaissante qui va rajeunir le corps meurtri de notre Mère.16

De même que la Vie est limitée et entravée par les conditions que lui pose sa synthèse avec la Matière, de même le mental est-il entravé et limité par les conditions de sa synthèse avec la Vie dans la Matière. Ni la Matière ni la Vie n'ont trouvé ce qui convient à leur propre formule qui pourrait les aider à vaincre ses limitations ou à l'élargir suffisamment. Ils ont été obligés d'appeler en eux un nouveau principe : la Matière d'appeler en elle la Vie, la Vie d'appeler en elle le Mental ; le Mental lui non plus n'est pas capable de trouver ce qui convient à sa propre formule et pourrait vaincre ou élargir suffisamment les limites que lui impose son fonctionnement. Le Mental doit appeler un nouveau principe au-delà de lui-même, plus libre et plus puissant que lui.17

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Le mental divise, l'Esprit unifie

Il y a d'abord la division qu'a créée l'évolution elle-même lorsqu'elle a successivement formé la Matière, la Vie et le Mental, chacun agissant selon son propre principe. La Vie est en guerre avec le corps ; elle essaie de le forcer à satisfaire ses désirs, ses impulsions, ses plaisirs, et exige de sa capacité limitée ce qui ne serait possible qu'à un corps immortel et divin ; et le corps, asservi et tyrannisé, souffre et mène constamment une sourde révolte contre les exigences que la Vie lui impose. Le Mental est en guerre avec les deux : parfois, il s'allie à la Vie contre le Corps, parfois réprime l'élan vital et cherche à protéger le corps physique contre les désirs, les passions et les énergies oppressives de la vie.18

Mais où trouver le principe et le pouvoir de perfection dans ce qui est radicalement imparfait ? Enraciné dans la division et la limitation, le mental ne peut nous les fournir, pas plus que la vie et le corps, où ce mental qui divise et limite trouve son énergie et son cadre d'action.19

D un côté, une vie et un mental obscurcis, ignorants, souffrants, qui  tourbillonnent sans cesse et sans répit comme une misérable toupie fouettée par la Nature ; de l'autre, une âme touchée par un rayon de la Vérité cachée — illuminée, consciente, concentrée dans un effort incessant pour atteindre le Suprême, en son être et dans le monde : voilà ce qui distingue la vie ordinaire des hommes de la voie du Divin Yoga.20

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La Vraie Connaissance est atteinte quand on perçoit l'Unité essentielle : une seule matière, une seule vie, un seul mental, une seule âme jouant dans des formes multiples.21

Si nous retournons à la Conscience Une, qui voit toutes choses comme l'Un dans leur Idée-de-Ve'rité, embrassant la connaissance de l'Un et la connaissance de la multiplicité', alors « dans nos actes aussi nous devenons un avec tous les êtres et notre vie devient une représentation de l'Unité, de la Vérité et de la Joie divine, et elle ne suit plus le chemin tordu de l'égoïsme, plein de divisions, d'erreurs et de faux pas. »22

L'intellect et l'intuition

Le rôle de l'intellect n'est pas de sonder la réalité, mais de forger des outils [de connaissance] et de présider à l'action. [...] L'intellect ne peut saisir la vie et la réalité dans leur totalité. L'intellect (logique) tourne autour de l'objet ; l'intuition pénètre au cœur de l'objet ; le premier s'arrête avant d'atteindre à l'absolu ; l'autre y pénètre.23

La logique, après tout, n'est qu'une danse mesurée du mental.24

Le mental doit faire appel à un principe nouveau qui le dépasse, un principe plus libre et plus puissant.25

En lui-même, l'homme n'est guère plus qu'une ambitieuse nullité. Il est une étroitesse qui tend vers une inaccessible vastitude, une petitesse s'efforçant d'atteindre les grandeurs au-delà de lui, un nain amoureux des hauteurs. Son mental est un rayon obscurci dans les splendeurs du Mental universel ; sa vie

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une vague qui lutte et s'efforce, exulte et souffre, un moment de la Vie universelle fiévreusement bousculé par la passion et frappé par le chagrin, ou pris dans un morne et mesquin labeur ; son corps un grain de poussière périssable peinant dans l'univers matériel. Quelque part en lui est cachée une âme immortelle, et de temps à autre, elle laisse transparaître quelques étincelles de sa présence ; et au-dessus de lui se tient un esprit éternel, qui ombre de ses ailes et maintient de son pouvoir cette continuité de l'âme dans son humaine nature. Mais cet esprit plus vaste est obstrué dans sa descente par la dure chape que lui oppose la charpente de sa personnalité, et cette radieuse âme intérieure est enveloppée, étouffée, opprimée par d'épais revêtements extérieurs.26


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La Force De Vie

LE LIEN DYNAMIQUE ENTRE LE MENTAL ET LA MATIÈRE

Ce qu'il faut faire

Dieu parle au cœur quand le cerveau ne peut Le comprendre.27

Aussi longtemps que le mental extérieur n'est pas tranquille, l'intuition ne peut se développer. Si vous continuez à poser mille questions intellectuelles sur ce qui dépasse l'intellect, espérant que l'intuition se développera malgré cette activité mentale incessante, vous pouvez attendre jusqu'à la fin des temps.28

Très certainement, le rejet des doutes implique la maîtrise des pensées. Pour le yoga, et aussi en dehors du yoga, la maîtrise de nos pensées est aussi nécessaire que la maîtrise de nos passions et de nos désirs vitaux, ou celle des mouvements de notre corps. On ne peut même pas devenir un être mental pleinement développé si l'on ne domine pas ses pensées et si l'on n'est pas leur témoin, leur juge et leur maître, le Pourousha mental, manomaya Purusha, sakshi, anumanta, ishwara. Il ne sied pas davantage au mental d'être la balle de tennis de pensées déréglées et immaîtrisables, que d'être un vaisseau sans gouvernail dans l'orage des désirs et des passions, ou un esclave de l'inertie et des impulsions du corps. Je sais que c'est plus difficile, car étant avant tout une créature de la Prakriti mentale, l'homme s'identifie aux mouvements de son mental et ne peut pas subitement se dissocier et se tenir à l'abri des tourbillons et des remous de la tempête mentale. Il lui est

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relativement facile de maîtriser son corps (du moins une certaine partie de ses mouvements), il est moins facile, mais encore très possible, après une certaine lutte, d'acquérir une maîtrise mentale de ses impulsions et de ses désirs vitaux ; mais s'asseoir au-dessus du tourbillon de ses pensées, comme le yogi tantrique sur la rivière, est moins aisé. Néanmoins, cela est possible. Tous les hommes mentalement développés, ceux qui sont au-dessus de la moyenne, doivent d'une façon ou d'une autre, du moins à certains moments de l'existence et à certaines fins, séparer les deux parties de leur mental : la partie active qui est une fabrique de pensées, et la partie calme et maîtresse qui est à la fois Témoin et Volonté, qui observe, juge, rejette, élimine ou accepte les pensées, imposant les corrections et les changements ; c'est le Maître dans la maison mentale, capable d'empire sur soi, samrajya.29

Toutes les difficultés peuvent être surmontées, à condition d'être fidèle à notre résolution de suivre le Chemin. Personne n'est obligé de le suivre ; mais une fois la décision prise, il faut le suivre, sinon aucun progrès, aucune réussite ne sont possibles.30

La rencontre de l'Esprit et de la Matière

La Vie est une énergisation de l'être conscient dans la substance de la Matière, qui, d'une part, fournit constamment le matériau de la formation physique et, d'autre part, s'efforce de délivrer le mental et les sens du sommeil subconscient de la Matière. Elle est par conséquent le lien dynamique entre le Mental et la Matière. Créer la forme et faire évoluer la

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conscience hors de son emprisonnement dans la forme, telle est donc la signification de la Vie omniprésente dans l'univers.31

Etre conscient est le premier pas pour tout surmonter — mais pour y parvenir, la force est nécessaire, ainsi que le détachement et la volonté de surmonter.32

Prana

(prâ - force et ana - nourriture)

Le contrôle du Prana et le pouvoir du calme

Les plus grands efforts s'accomplissent lors de la rétention du souffle ; plus la respiration est rapide, plus l'énergie se dissipe. Celui qui, dans l'action, peut suspendre sa respiration naturellement, spontanément, devient maître du Prana, l'énergie qui agit et qui crée partout dans l'univers. Quand la pensée cesse, la respiration cesse elle aussi, tous les yogis en ont l'expérience. La rétention complète accomplie par le hathayogi, au prix d'efforts immenses, devient aisée, joyeuse ; mais quand la pensée reprend son activité, la respiration reprend elle aussi. Par contre, quand la pensée s'écoule sans que l'inspiration et l'expiration recommencent, alors la conquête du Prana est vraiment accomplie. Telle est la loi de la Nature. Quand nous faisons effort pour agir, les forces de la Nature font de nous ce qu'elles veulent. Quand nous devenons calmes, nous maîtrisons ces forces. Mais il y a deux genres d'immobilité. L'immobilité impuissante de l'inertie, qui annonce la dissolution, et le calme du yogi. Plus le calme est complet, plus le pouvoir du

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yogi est grand, et plus est grand son pouvoir d'action. Dans ce calme, vient la connaissance juste. La pensée des hommes est un mélange inextricable de vérité et de fausseté, satyam et anritam. La perception juste est troublée et obscurcie par la fausse ; et par cette fausseté le jugement correct est lui aussi perverti, l'imagination véritable déformée, la vraie mémoire obnubilée. L'activité mentale doit cesser, le chitta doit être purifié ; un silence s'empare alors de la prakriti [la nature inférieure] agitée, et dans ce calme, dans cette silencieuse immobilité, le mental est illuminé, l'erreur se dissout et aussi longtemps que le désir ne se réveille pas, la clarté s'établit dans les couches supérieures de la conscience, et dans les inférieures, la paix et la joie s'imposent irrésistiblement. La connaissance juste devient la source infaillible de nos actes : yoga karmasu kausalam.33

Le Pranayama nâdi shudhi

      Comment le Pranayama peut-U nous aider à développer nos capacités mentales ? Quel rôle joue-t-il dans la réalisation de la conscience supérieure ?

Ce sont les courants vitaux-praniques qui soutiennent l'activité mentale.

Quand ces courants subissent une transformation sous l'effet du Pranayama, un changement se produit dans le cerveau également. L'inertie cérébrale est due à quelque obstruction qui coupe la communication avec la pensée supérieure. Quand cette obstruction est supprimée, l'être mental supérieur peut facilement communiquer son activité au cerveau. Quand on atteint la conscience supérieure, le cerveau perd son inertie. Selon mon expérience, il

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s'emplit de lumière. Tous les exercices — les pratiques respiratoires notamment — sont seulement des moyens dont « quelque chose » par derrière se sert pour se manifester.

      Sur le plan physique aussi, nous ne faisons qu'employer certains procédés, un système de notations. Mais nous accordons trop d'importance à leur forme, car selon nous, le plan physique est le plus réel. Si seulement nous percevions que le monde physique tout entier est un ensemble de forces, et qu'il n'est que le champ d'action d'une certaine conscience et d'un certain pouvoir qui se servent de ces procédés, alors nous ne serions plus trompés par les apparences.34

Le mental n'agit pas directement sur la matière, il agit par l'intermédiaire de la force vitale, c'est son moyen de communication ; or cette force étant une énergie nerveuse et non point matérielle, ne peut agir sur la matière que par des impressions nerveuses formelles — des images-contacts en quelque sorte —, qui créent des valeurs correspondantes dans l'énergie-conscience que les Upanishad appellent « Prana ».35

      Prana, la force vitale, est le « lien dynamique entre le mental et la matière ».

     Comment prendre conscience de son existence ?

« Par la purification de nos moyens de sensation et de connaissance que le yoga rend possible », dit Sri Aurobindo.

      Pranayama, une inspiration et une expiration calmes. Le seul exercice à pratiquer : nadi shuddhi.


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Asseyez-vous ou allongez-vous dans une position confortable. Avec votre pouce droit, pressez doucement la narine droite. Inspirez calmement et profondément par la narine gauche, en vous concentrant sur le plexus solaire. Imaginez que le souffle monte du haut de l'abdomen. Ne forcez pas. Ne retenez pas votre souffle. Plus votre respiration sera subtile, plus ses effets seront puissants. Imaginez que le souffle se dirige vers les sens : les oreilles, les yeux, le palais, le nez et la peau. Par la subtilité de l'inspiration et de l'expiration, et le pouvoir de votre imagination, les sens commencent à recevoir la juste dose d'oxygène, de force vitale, et leur fonctionnement est intensifié grâce au lien dynamique créé par votre pensée positive. Puis, continuez: dirigez le souffle vers les pieds ; imaginez ensuite qu'il va vers le cerveau. Pendant tout ce temps, imaginez le calme, la paix. Maintenant, pressez légèrement la narine gauche avec l'index ou le majeur, et expirez lentement par la narine droite. En expirant, imaginez et sentez que la force vitale, le souffle, se dirige vers toutes les parties du corps. Pratiquez cet exercice douze fois alternativement, respirant a"abord par la narine gauche, puis par la droite. Cela vous prendra huit à dix minutes. Répétez cet exercice deux fois par jour.

Sri Aurobindo nous dit que cet exercice respiratoire, si on le pratique correctement, a le pouvoir de chasser toute maladie dissimulée dans notre corps. Il accroît la vitalité et la virilité, régularise la tension artérielle, tranquillise le système nerveux. L'agitation rajasique et l'inertie tamasique s'atténuent. La nature sattvique se développe et se manifeste de plus en plus, et l'harmonie se répand dans toutes les parties de notre corps. Par ce simple exercice de pranayama, on prend conscience de l'action de l'énergie-conscience, par lequel « la matière évolue, se crée, se maintient, se désintègre et se recrée sans cesse. Tel est le cycle étemel de la vie, la réalité derrière l'existence manifestée.»

*

L'énergie pranique soutient non seulement les opérations de la vie physique, mais aussi celles du mental dans le corps. Aussi, la maîtrise de cette énergie

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permet non seulement de contrôler le fonctionnement de nos organes et de la force vitale et de transcender leurs processus habituels, mais de contrôler le fonctionnement de notre mental et de transcender ses processus habituels.

      Par le contrôle du Prana, le yogi parvient à recharger ses « batteries » en dirigeant le souffle vers les différents centres nerveux, les chakras. Ceux-ci commencent à s'ouvrir, alors que d'ordinaire ils sont endormis et ne fonctionnent que très partiellement. Le yogi peut alors manifester des pouvoirs mentaux et sensoriels, des pouvoirs de conscience dont nous n'avons pas communément l'expérience. Les soi-disant pouvoirs occultes dans le yoga proviennent de l'ouverture de ces facultés, qui se fait spontanément à mesure que le yogi maîtrise de plus en plus les forces praniques et, purifiant les canaux par lesquels elles s'écoulent, ouvre une voie de communication croissante entre la conscience de son être subtil et subliminal, et la conscience de son être grossier, physique et superficiel.36

Porté à son plus haut degré, ce pouvoir devient clairvoyance, qui nous permet de lire dans les pensées des autres, de voir des actions se produire à distance — dans l'espace et dans le temps ; l'habitude de concentrer le Prana dans le corps permet ainsi de développer la télépathie et d'autres pouvoirs psychiques. Dès que l'obstruction causée par le physique grossier s'atténue et qu'une paix relative s'installe en nous, le Prana devient plus subtil et le mental de plus en plus lumineux, ses rayons traversant ce qui le voilait auparavant.37

Le mental, en effet, agit librement et naturellement dans la matière subtile, et plus celle-ci le devient, plus le mental peut agir en toute liberté.38


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Si nous suivons le Prana tout au long de ce processus de libération yoguique, nous découvrirons qu'il finit quand l'activité cesse ; car le Prana est une entité matérielle née de l'état de matière subtile, et dès qu'on dépasse cet état, il ne peut plus exister. Cette étroite connexion entre le Prana et l'activité existe à tous les niveaux. On peut donc affirmer que c'est Matarishwan qui rend possible toute action.

      Matarishwan est le terme philosophique désignant Vayu, le principe air. Il signifie « ce qui se meut dans la Mère ou matrice », et cela implique les trois caractéristiques de l'élément air. Il émerge directement de l'éther, la matrice commune qui est donc sa propre Mère et, finalement, la Mère de tous les éléments, toutes les forces et substances, tous les objets. Son caractère principal est donc le mouvement, qui lui-même opère dans l'éther ; quand il croît et se combine, il crée la substance d'où naîtront les soleils, les nébuleuses et les planètes ; il engendre le feu, l'eau et l'atmosphère, la terre, la pierre et les métaux ; les plantes, les poissons, les oiseaux et les animaux. Se mouvant dans l'éther, il agit au moyen de son énergie, Prana, et détermine ainsi la nature, les mouvements, les pouvoirs et les activités des formes innombrables qu'il engendre. Par les combinaisons et les opérations de cet élément air, le soleil naît, le feu jaillit, les nuages se forment, le globe en fusion se refroidit et se solidifie, et notre terre apparaît. Par cette énergie, le soleil rayonne et réchauffe, le feu brûle, la pluie tombe, la terre tourne. Toutes les choses animées aussi bien qu'inanimées doivent leur existence et leurs activités à Matarishwan et à son énergie, Prana.39


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Hymne à Agni

Immense il va et il vient, dans la rapidité de l'esprit, dans le silence ; nulle rumeur, nulle clameur ; immobiles, silencieux sont les coursiers, les Forces de la vie ; et pourtant le char avance vif comme l'éclair.

Je vous le dis, la Volonté divine loge en tout notre être pour le bien de notre âme et celui des dieux qui œuvrent en l'homme ; c'est une énergie complète, absolument héroïque, vaste dans le vaste de la Vérité, lumineuse dans sa

Lumière.40

Brahman

Le Suprême n'est pas quelque chose de distant, enfermé en soi ; ce n'est pas un pur indéfinissable, prisonnier de son propre absolu sans traits, incapable de rien définir, de rien créer, de se connaître sous tous ses aspects, éternellement enterré dans un sommeil ou un évanouissement, immergé en soi. Le suprême est l'Infini et l'Infini contient le Tout. Ceux qui atteignent la plus haute conscience, deviennent infini en leur être et embrassent le Tout.

      Pour que cela soit clair, l'Isha Upanishad a parlé du Brahman comme de la Vérité, de la Connaissance, de l'infinitude, et elle nous a dit que Le connaître dans la partie la plus secrète et profonde de notre être, comme dans le suprême éther, c'est, pour l'âme individuelle, satisfaire tous ses désirs en atteignant à l'existence de soi la plus haute.41


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Le Secret De La Creation Materielle

La Matière n'est pas tout, l'analyse n'est pas tout. Par l'analyse matérielle, vous pouvez prouver que l'homme est un agglomérat d'animalcules, et c'est ce que le matérialisme s'obstine doctement à vouloir prouver ; mais jamais l'homme ne consentira à se voir comme un simple amas de particules, car il sait qu'il est plus que cela. Par-delà l'analyse, il cherche la synthèse ; au cœur de la maison, il cherche l'Habitant ; derrière les parties, il cherche ce qui les tient ensemble. De même pour l'Air, qui n'est qu'une des manifestations de Matarishwan propre à cette terre, une des demeures où il habite.

      Matarishwan est dans tous les mondes et construit tous les mondes ; il possède d'innombrables demeures. Le principe de son être est le mouvement manifesté matériellement, et nous savons que c'est le mouvement qui rend la création possible. Matarishwan est donc le Principe de Vie, l'océan universel du Prana qui imprègne tout, et en l'homme sa manifestation la plus importante est la force qui préside à la distribution des gaz dans le corps, que nous appelons respiration, ou Souffle.42

Selon l'hypothèse matérialiste, la conscience doit être le résultat de l'énergie dans la Matière ; c'est la réaction de la Matière, ou un réflexe qui se produirait en elle-même, une réponse de la substance chimique inconsciente et organisée aux contacts extérieurs ; et cette substance inconsciente, par quelque sensibilité des cellules et des nerfs, devient alors inexplicablement consciente de ce qui a été enregistré. Si une telle explication est valable — à condition d'admettre l'impossible tour de magie que serait la réponse consciente d'un inconscient à l'inconscient — pour les actions sensorielles et


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réflexes, elle devient absurde si nous essayons d'expliquer de cette façon la pensée et la volonté, l'imagination du poète, l'observation attentive du scientifique, le raisonnement du philosophe. On peut, si l'on veut, l'appeler une opération cérébrale mécanique, mais un simple mécanisme de la matière grise du cerveau ne saurait expliquer ces choses ; une glande ne saurait écrire Hamlet, ni la matière cérébrale élaborer un système de métaphysique. Il n'y a aucune équivalence, aucune parenté, aucune correspondance apparente entre la cause ou l'instrument supposés, d'une part, et, d'autre part, l'effet obtenu et le processus observable. Il y a entre les deux un abîme qui ne peut être comblé par quelque affirmation tranchante, franchi d'une enjambée par conjecture ou d'un bond vigoureux par la raison ergoteuse. La conscience et la substance inconsciente peuvent être reliées l'une à l'autre, elles peuvent s'interpénétrer, agir l'une sur l'autre, mais elles sont et demeurent deux choses opposées, sans commune mesure, fondamentalement distinctes.43

      Quand la Science, au lieu de suivre par analyse le cours de la Nature en remontant vers sa source, résolvant l'élément solide en élément fluide, le fluide en l'élément feu, le feu en l'élément air, commencera à en descendre le cours, imitant ainsi les processus de Prakriti, et surtout quand elle étudiera et utilisera les étapes de transition critiques, alors le secret de la création matérielle sera résolu, et la science sera capable de créer de la vie matérielle au lieu, comme elle le fait aujourd'hui, de simplement la détruire.44

Une Ignorance multiforme qui s'efforce de devenir une Connaissance qui embrasse tout, telle est la définition de l'homme, l'être mental.45

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Vidya Et Avidya

La Connaissance de l'unité

et la connaissance de la multiplicité

Il y a deux façons de considérer l'univers. On peut supposer, avec la science moderne, et nous fondant sur la connaissance de la multiplicité (Avidya), que la matière est l'origine, la source de toutes choses. On étudiera tout comme un processus de l'évolution matérielle. Si cette hypothèse est avérée, comment expliquerons-nous l'apparition du mental, de la vie et de l'Esprit ? S'il n'y avait aucune force consciente derrière les opérations de la matière, celle-ci ne connaîtrait que sa propre existence statique.

      L'autre approche se fonde sur la connaissance inhérente de l'Unité (Vidya) qui voit tout comme un partie intégrale de l'Un et l'univers comme une manifestation de l'Esprit.

      Quand nous considérons l'univers comme une manifestation de l'Esprit, quand, nous appuyant sur la connaissance de l'Un, nous voyons tout comme une totalité et commençons à regarder au-delà, nous pouvons voir que la matière évolue, crée, maintient, désintègre et recrée de nouvelles formes de matière. C'est le cycle éternel de la vie, la réalité qui sous-tend l'existence manifestée.46

Le seul appel véritable qui nous est lancé, est l'appel de l'Infini et du Suprême ; l'affirmation de soi et la négation de soi que la Nature nous impose sont toutes deux des mouvements vers Cela, et c'est dans cette approche qu'ils assument leur vraie nature ; ils remplacent alors la voie


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erronnée, ignorante de l'ego, nous laissant découvrir ce qui reste quand cesse le conflit entre le « oui » et le « non » de la Nature. Si nous ne le découvrons pas, soit la poussée de la vie sera trop forte pour notre idéal étriqué de perfection — ses instruments seront brisés et il ne pourra ni s'accomplir ni se perpétuer ; au mieux, nous n'obtiendrons qu'un succès mitigé. Ou alors, au contraire, le rejet de la vie nous paraîtra être le seul remède, la seule issue pour échapper à l'étreinte invincible l'ignorance.47

Il est certain que si nous n'étudions que le monde matériel, excluant toute  autre preuve de l'existence d'autres plans comme un rêve ou une hallucination, et si nous excluons également toutes les opérations mentales qui dépassent les limites matérielles pour n'étudier que ses rapports ordinaires avec la Matière, nous serons obligés d'admettre la théorie selon laquelle la Matière est l'origine, la base et le contenu indispensables de toutes choses. Sinon, nous serons irrésistiblement conduits vers les conclusions de l'ancien Védanta.48

C'est là notre « péché originel » [la séparation de notre conscience d'avec la  Conscience divine], ou disons plutôt, pour employer un langage plus philosophique, ce qui nous a écartés de la Justice et de la Vérité de l'Esprit, de l'unité, de l'intégralité et de l'harmonie qui étaient la condition nécessaire à cette grande plongée dans l'Ignorance qu'est l'aventure de l'âme dans le monde, et dont est née notre humanité qui souffre et qui aspire.49


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L'origine du mensonge et du mal

Vous demandez comment atteindre à la libération. En expulsant tous les désirs afin qu'ils ne puissent plus s'emparer du mental ; c'est de cet état intérieur que vient la libération, la félicité de l'âme recueillie en elle-même ; le mental est calme et équanime, il se tient au-dessus des attractions et des répulsions, au-dessus des violents remous et du labeur incessant de la vie extérieure.

      Le Libérateur est en nous, mais il n'est ni notre mental, ni notre intelligence ni notre volonté personnelle. Ceux-ci ne sont que ses instruments. [...] C'est dans le Seigneur que nous devons prendre entièrement refuge.50

Le premier mouvement doit évidemment consister à se débarrasser du désir qui est la racine même du mal et de la souffrance ; et pour s'en débarrasser, nous devons en éliminer la cause : cette ruée des sens qui se précipitent vers leurs objets pour en jouir. Nous devons les rétracter, les retirer vers l'intérieur, loin de leurs objets, comme la tortue rentre la tête sous sa carapace. Ils se retirent dans le mental pacifié, le mental pacifié se retire dans l'intellect, l'intellect pacifié plonge dans l'âme et dans la connaissance de soi, observant l'action de la Nature, mais sans se soumettre à elle, sans rien désirer de ce que peut donner la vie objective.51

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La vraie difficulté

La vraie difficulté se trouve toujours en nous-même, pas dans notre entourage.52

Puisque la difficulté se trouve au cœur même de cette double existence,  limitée et séparatrice, que nous vivons, le changement doit consister en une intégration et une guérison de la conscience divisée de notre être ; or cette division étant complexe et multiple, aucun changement partiel d'un seul aspect de l'être ne saurait se substituer de façon satisfaisante à la transformation intégrale. La première division est celle que crée notre ego et surtout, avec le plus de force et d'acuité, notre ego vital qui nous sépare de tous les autres êtres, les considérant comme « non-moi », et nous lie à notre égocentrisme et à la loi d'une affirmation de soi égoïste. C'est dans les erreurs de cette affirmation de soi que la fausseté et le mal émergent tout d'abord : la conscience fausse engendre la volonté fausse dans les parties de l'être, dans le mental pensant, le cœur, le mental vital et l'être sensoriel, et jusque dans la conscience du corps ; la volonté fausse engendre l'action fausse de tous ces instruments, une erreur multiple, une foisonnante perversion de la pensée, de la volonté, des sens et des sentiments.53

Etre conscient est le premier pas nécessaire pour surmonter les obstacles — mais pour les surmonter complètement, la force est nécessaire, ainsi que le détachement et une forte volonté.54


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Notre plus haute sagesse, notre science la plus profonde et la plus précise,  notre application la plus efficace de la connaissance, ne peuvent au mieux qu'amincir le voile de l'ignorance, elles ne peuvent le percer, tant que nous n'atteignons pas à la connaissance fondamentale et à la conscience qui lui est inhérente. Le reste n'est utile qu'à des fins temporelles, mais s'avère inefficace en définitive, car ces choses ne nous apportent pas le plus haut bien ; elles ne peuvent apporter une solution permanente au problème de l'existence.55

L'ignorance dans laquelle nous vivons n'est pas un mensonge gratuit et absolu, mais au pire une représentation erronée d'une Vérité ; au mieux, une représentation et une traduction imparfaites dans des valeurs inférieures, et par conséquent trompeuses. C'est une connaissance de ce qui est superficiel. Aussi ne peut-elle saisir le secret essentiel qui est la clef de tout ce que ces vérités superficielles recherchent ; une connaissance du fini et de l'apparent, qui ne peut saisir tout ce qui dépasse la portée de notre vie inférieure, et à quoi elle doit aspirer si elle veut atteindre à ses plus hautes possibilités. La vraie connaissance est la connaissance du suprême, du plus profond, de l'infini.56

La vie est un choix constant entre la vérité et le mensonge, la lumière et   l'obscurité, le progrès et la régression ; l'ascension vers les cimes ou la chute dans l'abîme. C'est à chacun de faire librement son choix. (La Mère)

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Dans la vie de chacun vient un moment où il doit choisir entre le Chemin  et la confusion. On ne peut mettre un pied ici et un pied là. Si vous le faites, vous serez déchiré en morceaux. (La Mère)


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Creation

Tout commence par une vibration, un mouvement, le kshobha originel. S'il n'y a aucun mouvement de l'être conscient, celui-ci ne peut connaître que son existence statique pure. Sans vibration ou mouvement de l'être dans la conscience il ne peut y avoir aucun acte de connaissance et donc aucun sens d'aucune chose ; sans vibration ou mouvement de l'être dans la force, il ne peut y avoir aucun objet des sens.57

La création n'est pas une construction de quelque chose à partir de rien, ou d'une chose à partir d'une autre, mais une projection de soi du Brahman. La création n'est pas une construction mais un devenir dans les termes de 1 existence consciente.58

L'Esprit existe depuis le commencement et existait avant tout commencement ; il est infini, et il existe de toute éternité. Mais la Matière est elle aussi une entité éternelle.59

L'Esprit s'est voilé dans la matière inconsciente.60

La Vie est le voyage humain, l'œuvre des œuvres, le Sacrifice acceptable. Cela seul est l'affaire de l'homme en ce monde et justifie son existence ; sinon, il serait un insecte parmi d'autres insectes éphémères, sur la terre, dans la boue ou sur les eaux, une créature qui a réussi à se former parmi les immensités effarantes de l'univers physique.61


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Ce monde n'est pas la création d'une force aveugle de la Nature. Même dans l'inconscient la présence de la Vérité Suprême est à l'œuvre. Il y a derrière lui un Pouvoir qui voit et qui agit infailliblement, et les pas de l'ignorance sont guidés même lorsqu'ils semblent trébucher. [...] Dans cette masse immense et apparemment confuse de l'existence, il y a une loi, une vérité d'être, quelque chose qui guide l'existence du monde vers l'accomplissement de son but.62

La conscience est un élément fondamental, l'élément fondamental de l'existence — c'est l'énergie, l'impulsion, le mouvement de conscience qui crée l'univers et tout ce qu'il contient : non seulement le macrocosme, mais aussi le microcosme ne sont rien d'autre que de la conscience en train de s'organiser.63

Involution-Evolution

Avant qu'il puisse y avoir évolution, il faut qu'il y ait eu involution du Tout Divin qui doit émerger. Autrement, il n'y aurait pas d'évolution, mais une création successive d'éléments nouveaux, qui ne seraient pas contenus dans leurs antécédents — ils n'en seraient ni les conséquences inévitables, ni les étapes suivantes au sein d'une séquence, mais les résultats d'une volonté arbitraire, ou un miracle conçu par un Hasard inexplicable — une Force trébuchante qui par chance atteint son but, ou un Hasard purement extérieur.


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    Le long processus de la formation et de la création terrestres, le miracle ambigu de la vie, les efforts du mental pour surgir et croître au sein de ce qui nous apparaît comme une vaste Ignorance, pour y régner en qualité d'interprète, de créateur et de maître, les intimations de quelque chose de plus grand qui transcende les merveilles finies du mental pour toucher aux merveilles infinies de l'Esprit, ne sont pas les conséquences absurdes et fortuites d'un Hasard cosmique et d'une énorme masse de coïncidences qui se combinent ; elles ne sont pas le jeu heureux de quelque Force matérielle aveugle. Si ces choses existent, et peuvent exister, c'est parce que quelque chose d'éternel et de divin s'est dissimulé dans l'énergie et les formes de la Matière.64

Le pouvoir dynamique derrière toute l'évolution est donc la Conscience-Force de l'Esprit cosmique. A chaque étape, l'évolution se poursuit par un double processus de jaillissement de la Conscience-Force à partir de l'involution dans l'Inconscience et d'une descente de la Conscience-Force faisant pression sur les plans de conscience supérieurs qui cherchent à se manifester. C'est la pression de la Conscience-Force depuis le plan de la Vie au-dessus de l'univers matériel qui a favorisé l'émergence de la vie hors de la Matière où la vie est « involuée ». C'est la pression du plan du Mental qui a favorisé l'émergence du mental qui était déjà involué dans la Vie et la Matière. C'est la pression des mondes spirituels au-dessus du Mental qui prépare maintenant la manifestation de l'Esprit encore endormi dans le Mental, la Vie et la Matière. L'élan vers la croissance spirituelle qui est aujourd'hui à l'œuvre dans l'humanité est la poussée de la Conscience-Force vers le prochain échelon de l'évolution.

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      Avant l'apparition de l'être humain, l'évolution de la Matière à la Vie et de la Vie au Mental a été effectuée par la Conscience-Force sans une volonté consciente dans la plante et l'animal. L'être humain, doté d'un mental et d'une volonté consciente, peut maintenant aider et collaborer consciemment au processus évolutif. Le but de tous les systèmes de yoga ou de croissance spirituelle est de provoquer une évolution consciente vers un principe au-dessus du Mental.65

L'EVOLUTION SPIRITUELLE

Une évolution spirituelle, un déploiement de l'Etre intérieur de naissance en naissance sur la terre, dont l'homme devient l'instrument central et dont la vie humaine à son apogée est le tournant critique, est le lien nécessaire à l'harmonisation de la vie et de l'esprit, car elle nous permet de prendre en compte la nature intégrale de l'homme et de reconnaître le rôle légitime de sa triple attirance vers la terre, le ciel et la Réalité suprême.66

Une évolution spirituelle, une évolution de la conscience dans la Matière, assumant des formes en constant développement, jusqu'à ce que la forme puisse révéler l'Esprit qui l'habite, telle est la note dominante, le mobile central significatif de l'existence terrestre. Cette signification est cachée tout d'abord par l'involution de l'Esprit, la Divine Réalité, dans une lourde inconscience matérielle. Un voile d'inconscience, le voile de l'insensibilité de la Matière, recouvre la Conscience-Force universelle qui travaille en elle, de sorte que l'Energie, cette première forme que la Force créatrice revêt dans


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l'univers physique, paraît être elle-même inconsciente, tout en accomplissant l'œuvre d'une intelligence occulte.67

L'EVOLUTION PSYCHIQUE

La vie physique ne peut se maintenir sans le corps, et le corps ne peut subsister sans la force de vie ; mais la vie possède en elle-même une existence séparée et un corps séparé qui lui est propre, le corps vital, tout comme le mental a une existence séparée et peut exister sur son propre plan. Toute cette organisation est maintenue par le psychique qui supporte l'ensemble.68

L'evolution Spirituelle

Une évolution spirituelle, un déploiement de l'Etre intérieur de naissance en naissance sur la terre, dont l'homme devient l'instrument central et dont la vie humaine à son apogée est le tournant critique, est le lien nécessaire à l'harmonisation de la vie et de l'esprit, car elle nous permet de prendre en compte la nature intégrale de l'homme et de reconnaître le rôle légitime de sa triple attirance vers la terre, le ciel et la Réalité suprême.66

Une évolution spirituelle, une évolution de la conscience dans la Matière, assumant des formes en constant développement, jusqu'à ce que la forme puisse révéler l'Esprit qui l'habite, telle est la note dominante, le mobile central significatif de l'existence terrestre. Cette signification est cachée tout d'abord par l'involution de l'Esprit, la Divine Réalité, dans une lourde inconscience matérielle. Un voile d'inconscience, le voile de l'insensibilité de la Matière, recouvre la Conscience-Force universelle qui travaille en elle, de sorte que l'Energie, cette première forme que la Force créatrice revêt dans


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l'univers physique, paraît être elle-même inconsciente, tout en accomplissant l'œuvre d'une intelligence occulte.67

L'evolution Psychique

La vie physique ne peut se maintenir sans le corps, et le corps ne peut subsister sans la force de vie ; mais la vie possède en elle-même une existence séparée et un corps séparé qui lui est propre, le corps vital, tout comme le mental a une existence séparée et peut exister sur son propre plan. Toute cette organisation est maintenue par le psychique qui supporte l'ensemble.68

L'evolution Materielle — Les Cinqelements

Mais la Matière que nous voyons n'est que la couche et le revêtement les  plus superficiels ; derrière se trouvent les degrés plus subtils de la substance physique qui sont moins denses, moins alourdis par la nescience atomique, et il est plus facile pour la Vie et le Mental d'y pénétrer et d'y agir. Si des couches invisibles plus subtiles n'existaient pas pour soutenir le monde physique visible et grossier, ce monde ne pourrait perdurer ; car alors les opérations subtiles qui établissent des liens entre l'Esprit et la Matière ne pourraient être exécutées ; or ce sont elles qui rendent possibles les opérations visibles et rudimentaires. L'évolution serait impossible ; la vie et le mental et ce qui est au-delà du mental ne pourraient se manifester dans l'univers matériel.69


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Le premier pas est donc de passer par derrière les formes de la Matière, les formes de la vie, les formes du Mental et de retourner à ce qui est le plus essentiel, le plus réel, le plus proche de l'entité véritable.70

L'éther, le ciel ou cosmos, donne naissance à l'Air ; sans Air il n'y a point de Feu ;  sans l'Air et le Feu, l'Eau est infirme ; sans Air, le Feu, l'Eau et la Terre (la matière ou corps) n'auraient pu naître.

L'état premier et originel de la matière subtile est le pur « éthéré » ; ses principales caractéristiques sont une extrême ténuité et une extrême expansivité, et sa propriété sensible est le son. Le son, si l'on en croit les sages védiques, est la première propriété qu'ait développé la substance matérielle ; il précède la forme et il a le pouvoir aussi bien de la créer que de la détruire. Cherchant dans l'immensité de l'univers physique une substance dotée de ces propriétés, les Rishis la découvrirent dans Akash ou Vyoma (le ciel), qui ne correspondait pas à notre atmosphère physique mais à ce qui à la fois la transcende et l'emplit : une substance partout répandue, subtile, reliant toutes choses et en laquelle, pour ainsi dire, l'univers entier flotte. Aussi donnèrent-ils à cet état éthéré de la matière le nom de Akash.

      L'état suivant de la matière qui ait évolué à partir de l'Ether et qui se meut en lui, est l'état aérien pur ou gazeux. Ici, à la diffusion vient s'ajouter un nouveau pouvoir de mouvement sensible et varié qui devait s'accompagner — ce qui est inévitable quand un mouvement se complexifie — d'une différentiation et d'une complexité accrues de la substance. Tous les aspects et les développements de la matière gazeuse, avec leurs activités, leurs fonctions et leurs combinaisons particulières, ont pour substrat ce


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second état ou pouvoir de la matière ; c'est aussi la base du Prâna universel ou énergie vitale, qui part de l'action, de la rétention et de la réaction et culmine dans la conscience organisée. Dans la théorie védique du cosmos, nous l'avons vu, Prâna est un pouvoir d'une suprême importance. Au sein de ce second pouvoir de la matière, une nouvelle propriété de la substance matérielle se développe : le toucher ou contact, qui n'était pas encore pleinement développé dans le pur éther, en raison de l'extrême ténuité et de la simplicité essentielle de sa substance. Se mettant en quête d'une substance physique qui fût de nature gazeuse, sonore et tactile, mais sans forme et dont les traits principaux seraient un mouvement varié et une diffusion imparfaite, les Rishis la trouvèrent en Vayou, le Vent ou Air. Vayou est donc le terme consacré désignant ce deuxième état de la matière.

      Le troisième état, l'état igné pur, a évolué à partir de l'état gazeux pur et se meut en lui ; on l'appelle aussi Tejah, la lumière ou énergie calorifère. Dans l'état igné, la diffusion devient moins subtile encore, le mouvement sensible n'est plus la caractéristique prédominante, mais l'énergie, notamment l'énergie formatrice, atteint ici son plein développement : création et destruction, formation et re-formation sont enfin prêts à se manifester. Outre le son et le contact, la matière a désormais développé une troisième propriété, la forme, qui ne pouvait se développer pleinement dans l'Air pur parce que celui-ci n'est pas suffisamment dense, et que les manifestations gazeuses sont trop vagues, volatiles et insaisissables. Ce troisième pouvoir de la matière est à la base de tous les phénomènes de lumière et de chaleur ; grâce à lui, Prâna se développe au point que la naissance et la croissance deviennent désormais possibles, car la lumière et la chaleur sont les conditions nécessaires au développement de la vie animée et, quand elles sont absentes, se produit le phénomène de la mort, ou de


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l'existence inerte ou inanimée : quand l'énergie de la lumière ou de la chaleur quitte un homme, dit l'Oupanishad, alors le Prâna, l'énergie vitale, se retire dans le mental, dans son élément subtil ou psychique, et quitte le corps physique. La substance physique qui, aux yeux des Rishis, caractérisait l'état igné était le Feu, car il est sensible aux trois niveaux du son, du contact et de la forme et, moins diffus que l'air, se distingue par l'extrême énergie de sa lumière et de sa chaleur. Le Feu est donc le terme conventionnel et symbolique désignant le troisième pouvoir de la matière.

      Après l'état igné, vient l'état liquide ou fluide ; moins diffus, moins libre dans son mouvement, moins énergique, il se distingue surtout par une sorte de compromis entre la fixité et la volatilité. Dans cet état, la matière développe une quatrième propriété : le goût. L'état liquide forme le substrat de toutes les formes et activités fluides, et grâce à sa relative fixité, la vie, pour la première fois, peut se développer dans un milieu suffisamment stable. Toute vie est issue et recueillie des « eaux » et dépend, pour survivre, du principe fluide qui l'anime. L'eau — qui est le fluide par excellence, à demi volatile, à demi fixe, perceptible par le son, le contact, la forme et le goût — est l'appellation symbolique de ce quatrième état de la matière.

      L'état solide est le dernier à se développer dans cette progression du plus ténu au plus dense, car dans cet état la diffusion atteint à son expression la plus réduite et la fixité devient prédominante. C'est le substrat de toutes les formes et corps solides et la dernière condition indispensable au développement de la vie ; cet état lui fournit en effet une forme et un corps fixes dans lesquels elle peut se perpétuer et se manifester progressivement, et dont elle fait un organisme. Cette dernière propriété de la matière développée dans l'état solide, est l'odeur ; et comme la terre constitue la substance solide typique, dotée des cinq propriétés du son, du contact, de la


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forme, du goût et de l'odeur, on a choisi de donner le nom de Terre à ce cinquième pouvoir de la matière.

      C'est seulement dans le monde de la matière subtile que ces cinq états élémentaires se trouvent dans toute leur pureté, dotés de leurs qualités propres, distinctes et sans mélange. Les cinq états élémentaires de la matière grossière sont impurs ; ils ont été formés à partir de la matière subtile par la combinaison des cinq éléments subtils, selon certaines proportions déterminées, et chacun reçoit un nom particulier — éther, air, eau, feu ou terre — selon que l'élément subtil éthéré, gazeux, igné, fluide ou solide domine complètement les autres. Mais même l'état ultime et le plus subtil en lequel la matière grossière peut se réduire, n'est pas le terme final ; lorsqu'il est réduit en ses éléments constitutifs, ce terme « ultime » de la matière grossière se désintègre et la matière atteint alors un niveau où nombre des lois les plus impérieuses et inexorables de la physique deviennent inopérantes. C'est à ce stade, où l'analyse chimique et le raisonnement ne peuvent plus suivre la Nature jusque dans ses derniers retranchements, que le système de yoga développé par les hindous prend le relais : franchissant la limite des cinq Prâna ou souffles vitaux grossiers dans lesquels la Vie se manifeste dans la matière physique grossière, le yoga porte plus loin cette quête et cherche à pénétrer les secrets de l'existence psychique dans un monde plus subtil et plus libre.71


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Extrait de XIshavasyopanishad

(interprétée par Sri Aurobindo)

Le Gourou (au disciple) :

Lève tes yeux vers le Soleil ; Il est là, au cœur merveilleux de la vie, de la lumière, de la splendeur. Contemple les innombrables constellations scintillant dans la nuit tels des feux solennels de l'Eternel veillant dans le silence illimité qui n'est point vide, mais palpite, vibre de la présence d'une unique existence, calme et formidable ; vois Orion, muni de son épée, de sa ceinture, brillant comme au temps de nos Pères, il y a dix mille ans, à l'aube de l'âge aryen ; vois Sirius dans toute sa splendeur, la Lyre voguant à des milliards de lieues dans l'océan de l'espace. Souviens-toi que ces mondes innombrables, qui, pour la plupart, dépassent le nôtre en puissance, tourbillonnent à une vitesse indescriptible au gré de l'Ancien des Jours, pour aller où ? Lui seul le sait. Et sache qu'ils sont pourtant un million de fois plus anciens que vos Himalayas, plus solides que les assises de vos montagnes, et le demeureront jusqu'à ce qu'il choisisse de les arracher, comme feuilles mortes, de l'arbre éternel de l'Univers. Imagine l'éternité du Temps, réalise l'infinitude de l'Espace ; et souviens-toi que quand ces mondes n'étaient pas, Il était, le Même qu'aujourd'hui, et quand ils ne seront plus, qu'il sera toujours le Même ; perçois sa Présence par-delà la Lyre — car II est là ; et aux confins de l'espace, où l'on ne distingue plus les étoiles de la Croix du Sud, Il est encore là. Et puis, reviens vers la Terre et réalise qui Il est. Il est tout proche de toi. Vois ce vieillard rabougri qui passe près de toi, courbé sur son bâton. Réalises-tu que c'est Dieu qui passe ? Et là,


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regarde, un enfant court en riant dans la lumière du soleil. Peux-tu L'entendre rire ? En vérité, il est plus proche encore. Il est en toi, Il est toi. C'est toi-même qui brûles là-bas, à des millions de lieues dans les étendues infinies de l'Espace, toi qui marches à pas assurés sur les vagues fracassantes de la mer éthérée ; c'est toi qui as disposé chaque étoile à sa place et tressé le collier des soleils, pas avec tes mains, mais par ce Yoga, par cette Volonté silencieuse, immobile, impersonnelle qui a voulu qu'aujourd'hui tu t'écoutes en moi. Lève la tête, ô enfant du Yoga ancestral, et cesse de trembler, de douter ; ne crains rien, ne doute pas, ne t'afflige point ; car sous ce corps apparent est l'Un qui d'un souffle peut créer et détruire les mondes.72


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Début de transformation

Vous devez chasser la peur de la concentration. Le vide que vous sentez descendre sur vous est le silence de la grande paix dans laquelle vous devenez conscient de votre moi, non comme le petit ego enfermé dans le corps, mais comme le moi spirituel aussi vaste que l'univers. La conscience n'est pas dissoute, ce sont les limites de la conscience qui sont dissoutes. Dans ce silence, les pensées peuvent cesser pendant un certain temps, il peut ne rien y avoir d'autre qu'une grande liberté et une immensité sans limite, mais dans ce silence, dans cette immensité vide peuvent descendre la vaste paix d'en haut, la lumière, la béatitude, la connaissance, la Conscience supérieure dans laquelle vous sentez l'unité du Divin. C'est le début de la transformation et il n'y a rien à redouter.73

Si vous obtenez la paix, il devient facile de nettoyer le vital. Si vous nettoyez et nettoyez sans rien faire d'autre, vous avancerez très lentement, car le vital redevient sale et doit être nettoyé cent fois. La paix, c'est quelque chose qui est propre par nature, donc l'acquérir est une manière positive de parvenir à vos fins. Chercher seulement la saleté et nettoyer est la manière négative.74


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Une Nouvelle Education Pour Une Nouvelle Conscience

L'EDUCATION DES SENS

Six sens pourvoient à la connaissance : la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le  goût, et le mental ; or tous, excepté le dernier, sont tournés vers l'extérieur, y recueillant les matériaux de la pensée au moyen des nerfs physiques et des organes correspondants, l'œil, l'oreille, le nez, la peau et le palais. La perfection des sens, en tant qu'aliments de la pensée, doit être l'une des toutes premières préoccupations du professeur.

      Les deux qualités requises dans ce domaine sont la précision et la sensibilité. Aussi devons-nous d'abord comprendre ce qui s'y oppose, afin de pouvoir prendre les mesures les plus efficaces pour y remédier. Tous ceux qui souhaitent atteindre à la perfection doivent saisir la cause de l'imperfection.

      La précision et la réceptivité sensorielle dépendent de l'activité nerveuse ; celle-ci doit être libre, car les nerfs sont les canaux par lesquels les sens reçoivent leurs informations ; la seconde nécessité est que le mental qui les reçoit soit dans un état d'acceptation passive. Livrés à eux-mêmes, les organes sensoriels remplissent parfaitement leur fonction. L'œil, l'oreille, le palais, la peau, le nez donnent la forme, le son, le goût, le toucher, l'odeur justes. On peut le comprendre aisément si l'on étudie le fonctionnement de l'œil. Une image correcte est automatiquement reproduite sur la rétine, et s'il y a la moindre erreur de jugement, elle n'est pas imputable à l'organe mais à quelque chose d'autre.


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      Cette erreur peut provenir des courants nerveux. Les nerfs ne sont que des canaux, ils n'ont pas en eux-mêmes le pouvoir de modifier l'information que fournissent les organes. Mais un canal peut être obstrué, et cette obstruction altère la plénitude ou la précision de l'information, non pas lorsqu'elle est transmise à l'organe, car elle est alors nécessairement et automatiquement parfaite, mais quand elle atteint le mental. A moins que l'organe, l'instrument physique lui-même ne soit défectueux. Alors cela n'est plus du ressort de l'éducateur, mais du médecin.

      Si l'obstruction est telle que l'information n'arrive plus du tout au mental, les sens perdent leur sensibilité. Ces déficiences sensorielles, plus ou moins graves, sont guérissables à condition que l'organe physique ne soit pas atteint ou défectueux. On peut en effet éliminer les obstructions et restaurer la sensibilité en purifiant le système nerveux. Le remède est simple et devient de plus en plus populaire en Europe, pour diverses raisons, et à divers desseins. Il s'agit du contrôle de la respiration. Par ce procédé infaillible, les canaux retrouvent leur activité libre et parfaite, et s'il est appliqué comme il faut et à fond, les sens sont dynamisés. Dans la discipline du Yoga, ce procédé est appelé nadi shouddhi, ou purification des nerfs.

      L'obstruction du courant nerveux peut, sinon bloquer complètement le flot de l'information, si partielle soit-elle, du moins la déformer. L'exemple courant cité à ce propos est l'effet de la peur ou de l'inquiétude sur le fonctionnement des sens. Le cheval effarouché prend le sac sur le chemin pour un être vivant dangereux, l'homme apeuré prend une corde pour un serpent, un rideau agité par le vent pour un fantôme. Toutes les distorsions provenant du système nerveux s'expliquent par quelque trouble émotif affectant les canaux nerveux. Le seul remède est d'y amener la paix, le calme et l'équilibre. Cette habitude peut être favorisée par la pratique de la

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nadi shouddhi. Celle-ci apaise le système nerveux, induit un calme conscient dans tous les processus internes et prépare la purification du mental.

      Si les canaux nerveux sont apaisés et clarifiés, l'information ne peut être déformée que dans ou par le mental. Car le manas, ou sixième sens, est en soi un canal tout comme les nerfs, un canal de communication avec la bouddhi ou force cérébrale. Les perturbations proviennent aussi bien d'en haut que d'en bas. L'information extérieure est d'abord photographiée sur l'organe terminal, puis reproduite à l'autre extrémité du système nerveux dans le citta ou mémoire passive. Toutes les images sensorielles y sont déposées et le manas transmet son rapport à la bouddhi. Le manas est à la fois un organe sensoriel et un canal. En tant qu'organe il est automatiquement aussi parfait que les autres, en tant que canal il est sujet aux perturbations résultant des obstructions ou des déformations.

      En tant qu'organe sensoriel le mental reçoit des impressions de pensée directement de l'extérieur et de l'intérieur. Ces impressions sont en elles-mêmes absolument correctes, mais au cours du « rapport » à l'intellect, soit elles n'atteignent pas du tout ce dernier, soit elles sont tellement déformées que l'impression créée est fausse, ou partiellement fausse. La perturbation peut affecter l'impression qui accompagne l'information sensorielle, mais son effet est ici peu puissant. En revanche, quand il agit sur les impressions directes du mental, son effet est extrêmement puissant et constitue la principale source d'erreur. Le mental reçoit des impressions directes essentiellement de la pensée, mais aussi des formes et des sons, en vérité de toutes les choses pour lesquelles il préfère généralement dépendre des organes sensoriels. Le plein développement de cette sensibilité du mental est appelé, dans notre discipline yoguique, sukshmadrishti, ou réception subtile des images. La télépathie, la clairvoyance, la clairaudience,


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le pressentiment, la lecture des pensées et du caractère et bien d'autres découvertes modernes sont de très anciens pouvoirs du mental qui se sont atrophiés, et tous appartiennent au manas. Le développement du sixième sens n'a jamais fait partie de l'éducation habituelle. Dans le futur, il prendra assurément sa place dans la formation préliminaire de l'instrument humain. En attendant, il n'y a aucune raison de ne pas apprendre au mental à transmettre un rapport correct à l'intellect afin que notre pensée se fonde sur des impressions absolument correctes, sinon complètes.

      En admettant que le premier obstacle, l'émotivité nerveuse, ait été éliminé par la purification du système nerveux, il en reste un second, dû au fait que les émotions elles-mêmes faussent l'impression reçue. L'amour le fait, la haine également ; toute émotion et tout désir, suivant leur pouvoir ou leur intensité, peuvent déformer l'impression au cours de son cheminement. Seule une discipline des émotions, une purification des habitudes morales, supprime cette difficulté. Cela fait partie de l'éducation morale. [...]

      La difficulté suivante est l'interférence des anciennes associations formées ou emmagasinées dans le citta, le mémoire passive. Nous avons l'habitude de voir les choses d'une certaine façon, et l'inertie conservatrice dans notre nature nous amène à donner à chaque nouvelle expérience la forme et l'apparence de celles auxquelles nous sommes accoutumés. Seules les mentalités plus développées peuvent recevoir de premières impressions sans céder au préjugé inconscient contre l'originalité d'une nouvelle expérience. Par exemple, quand nous avons une impression juste d'un événement — et d'ordinaire nous agissons suivant ces impressions, vraies ou fausses —, si celle-ci contredit notre attente, alors les vieilles associations vont au devant de cette impression dans le citta et envoient un rapport modifié à l'intellect. Dans ce rapport, la nouvelle impression est soit


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recouverte ou dissimulée par l'ancienne, soit elle s'y mélange. [...] Il est impossible de se débarrasser de cet obstacle sans recourir à la citta shoudddhi ou purification des habitudes mentales et morales qui se forment dans le citta. C'est un des premiers processus du Yoga. Il était accompli dans nos anciens systèmes de diverses manières, mais serait jugé déplacé dans tout système d'éducation moderne.

      Il est donc clair que, à moins que nous ne retournions à notre ancien système indien, à certains de ses principes, nous devrons nous résoudre à voir perdurer cette source de perturbation. Un système d'éducation réellement national n'accepterait jamais d'être gouverné par des idées européennes dans ce domaine de la plus haute importance. Or il existe un procédé si simple et si puissant qu'on peut facilement l'intégrer à notre système.

      Ce procédé consiste à rendre passif le flot incessant des sensations de pensée qui surgissent spontanément de la mémoire passive et sont indépendantes de notre volonté et de notre contrôle. Cette passivité libère l'intellect du siège des vieilles associations et des fausses impressions. Cela lui donne le pouvoir de choisir ce qu'il veut dans le dépôt de la mémoire passive, amène automatiquement l'habitude de recevoir des impressions justes, et permet à l'intellect de dicter au citta quels samskaras ou associations se formeront ou seront rejetées. C'est là le véritable rôle de l'intellect — discriminer, choisir, sélectionner, ordonner. Mais tant que la purification des nerfs n'a pas été accomplie, au lieu de remplir ce rôle parfaitement, il demeure lui-même imparfait et corrompu et ajoute à la confusion dans le canal mental par ses jugements erronés, ses imaginations fausses, sa mémoire trompeuse, ses observations déformées, ses comparaisons, ses oppositions et ses analogies fausses, ses déductions, inductions et inférences


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mensongères. La purification du citta est essentielle pour la libération, la purification et le fonctionnement parfait de l'intellect.75

L'idée selon laquelle l'enfant doit être façonné selon les désirs des parents ou des enseignants, est une superstition barbare et ignorante. C'est l'enfant lui-même qui doit être amené à s'élargir en harmonie avec sa propre nature. Les parents commettent la plus grave erreur en décidant eux-mêmes des qualités, des capacités, des idées et des vertus que leur enfant développera plus tard, ou de le préparer à une carrière arrangée pour lui à l'avance. Obliger la nature à renoncer à son propre dharma, est lui faire un tort irréparable, mutiler sa croissance et défigurer sa perfection. C'est exercer sur l'âme humaine une tyrannie égoïste et infliger une blessure profonde à la nation qui perd ainsi le bénéfice de ce que chaque homme aurait pu lui offrir de meilleur, et se voit au contraire obligée d'accepter quelque chose d'imparfait et d'artificiel, d'inférieur, de superficiel et d'ordinaire. Chacun porte en soi quelque chose de divin, qui lui appartient en propre, une possibilité de perfection et de force — en quelque domaine que ce soit, si limité soit-il — que Dieu lui offre et qu'il est libre d'accepter ou de refuser. La tâche pour lui consiste à la découvrir, la développer et en faire usage. 76

Une éducation intégrale qui, avec quelques variations, pourrait être adoptée  par tous les pays du monde, se doit de redonner à l'esprit son autorité légitime sur la matière pleinement développée et utilisée.77


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 Il faudrait aider les enfants à devenir des êtres humains

  droits, sincères, honnêtes et intègres, prêts à développer

                                         une nature divine.

                                                                        Sri Aurobindo


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Devenir Plus Conscient

Dans la vie ordinaire, les mouvements vitaux : colère, désir, avidité, sexe, etc., sont admis comme des choses naturelles, permises, légitimes, qui font partie de la nature humaine. C'est seulement dans la mesure où la société les réprouve, fait pression pour qu'elles soient maintenues dans des limites fixes ou soumises à une retenue décente ou mesurée que les gens essaient de les maîtriser pour se conformer au niveau de moralité ou aux règles de conduite de leur société. Ici [à l'Ashram de Sri Aurobindo], au contraire — comme dans toute vie spirituelle — on exige la conquête et la maîtrise complète de ces mouvements. C'est pourquoi le combat est plus durement ressenti : non parce que ces mouvements se soulèvent plus vigoureusement dans les sâdhaks que dans les humains ordinaires, mais à cause de l'intensité de la lutte entre le mental spirituel, qui exige la maîtrise, et les mouvements vitaux qui se rebellent et veulent continuer à agir dans la vie nouvelle comme dans l'ancienne. Quant à l'idée que la sâdhanâ [la pratique du yoga] fait surgir des mouvements de ce genre, sa seule vérité est d'abord que l'homme ordinaire porte en lui bien des choses dont il n'est pas conscient, parce que le vital les dissimule au mental et les satisfait sans que le mental comprenne quelle force fait mouvoir l'action ; ainsi tout ce qui est accompli sous un prétexte d'altruisme, de philanthropie, de service, etc., est largement motivé par l'ego qui se dissimule derrière ces justifications ; dans le yoga, il faut faire sortir le motif secret de derrière le voile, le mettre en évidence et s'en débarrasser. Deuxièmement, dans la vie ordinaire, certaines choses sont refoulées et restent tapies dans la nature, refoulées mais non éliminées ; elles peuvent apparaître à tout moment ou s'exprimer sous diverses formes nerveuses, ou par d'autres désordres du mental, du vital ou du corps, sans que leur véritable


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cause apparaisse au grand jour. C'est la récente découverte que quelques psychologues européens ont exposée avec une grande force, et même une certaine exagération, dans une science nouvelle appelée psychanalyse. Dans la sâdhanâ aussi, il faut être devenu conscient de ces impulsions refoulées pour les éliminer ; on peut dire qu'elles se soulèvent, mais cela ne signifie pas qu'elles doivent se soulever dans les actes ; elles doivent seulement se lever devant la conscience pour que l'on puisse les éliminer de l'être.

      Certains sont capables de se maîtriser, d'autres se laissent emporter ; c'est une question de tempérament. Certains sont sattwiques et la maîtrise leur vient aisément, du moins jusqu'à un certain point ; d'autres, qui sont plus râdjasiques, éprouvent beaucoup de difficulté à se maîtriser et en sont souvent incapables. Certains ont un mental fort et une volonté mentale vigoureuse, d'autres ont un caractère vital et chez eux les passions vitales sont plus fortes et davantage à la surface. Certains ne jugent pas nécessaire de se maîtriser et se laissent aller. Dans la sâdhanâ, la maîtrise mentale ou morale doit être remplacée par la maîtrise spirituelle, car cette maîtrise mentale est seulement partielle : elle maîtrise mais ne libère pas ; seule la maîtrise psychique et spirituelle peut le faire. C'est, à cet égard, la principale différence entre la vie ordinaire et la vie spirituelle.78


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L'humanité traverse à l'heure actuelle une crise évolutive qui secrètement recèle le choix de sa destinée ; car le mental humain est parvenu à un stade où il a accompli un immense développement dans certaines directions, tandis qu'en d'autres il est arrêté et, désorienté, ne peut plus trouver son chemin. Toujours actifs, le mental et la volonté vitale de l'homme ont érigé une structure de la vie extérieure, ingouvernable par son énormité et sa complexité, qui est mise au service de ses impulsions et de ses exigences mentales, vitales et physiques ; il a édifié une machine politique, sociale, administrative, économique et culturelle compliquée, des moyens collectifs organisés pour sa satisfaction intellectuelle, sensorielle, esthétique et matérielle. L'homme a créé un système de civilisation qui est devenu trop énorme pour pouvoir être utilisé et manié par ses facultés limitées de compréhension mentale et par ses facultés spirituelles et morales encore plus limitées — c'est un serviteur trop dangereux de son ego fourvoyé et de ses appétits. Car aucune vision mentale plus haute, aucune âme de connaissance intuitive n'est encore venue, à la surface de sa conscience, utiliser cette abondance matérielle élémentaire de la vie pour en faire la condition d'une libre croissance vers quelque chose qui la dépasse. Par son pouvoir de libérer l'homme de l'obsession incessante de ses besoins économiques et physiques insatisfaits, cette nouvelle richesse des moyens d'existence pourrait être une occasion de poursuivre à loisir des buts plus larges qui dépassent l'existence matérielle, et de découvrir une vérité, une beauté et un bien plus élevés, un esprit plus grand et plus divin qui pourrait intervenir et se servir de la vie pour donner à l'être une plus haute perfection ; mais au lieu de cela, cette richesse sert à la multiplication des besoins et à l'expansion agressive de l'ego collectif. En même temps, la science a mis à la disposition de l'homme de nombreux pouvoirs de la Force universelle, et grâce à elle, la vie humaine est devenue une sur le plan matériel ; mais ce qui utilise cette Force universelle, c'est un petit ego humain

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rien d'universel dans ses mouvements ou dans la lumière de sa connaissance, aucun sens ou pouvoir intérieur qui créerait, dans ce rapprochement physique du monde humain, une véritable unité de vie, une unité mentale ou une unité spirituelle.79

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N'oubliez jamais, même pour un moment, que tout cela a

été créé par Lui hors de Lui-même. Non seulement II est

présent en toutes choses, mais II est toutes choses. Les

différences n'existent que dans l'expression et la

manifestation. Si vous oubliez cela, vous perdez tout.

                                                                 - Sri Aurobindo

Prière pour la Paix

Que ta paix, Seigneur, demeure en moi, telle une bénédiction

à travers les orages et les ravages du Temps

pour l'âme magnifique de l'homme sur la terre.

Ton calme, Seigneur, qui porte la caresse de ta joie.

                                                                   - Sri Aurobindo

 

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Mental et maladies

La maladie reviendra toujours dans le corps si l'âme est

défectueuse, car les péchés du mental sont la cause secrète

des péchés du corps. De même, la pauvreté et les

difficultés affligeront toujours l'homme en société tant

que le mental de l'espèce humaine sera soumis à l'égoïsme.

                                                                  - Sri Aurobindo

Sri Aurobindo dit :

      «Les maladies se prolongent inutilement et se terminent par la mort plus souvent qu'elles ne le devraient, car le mental du malade soutient la maladie du corps et s'appesantit sur elle. »

            Et j'ajoute :

« Toute maladie du corps est toujours l'expression extérieure et la traduction d'un désordre, d'une disharmonie de l'être intérieur ; à moins que ce désordre intérieur ne soit guéri, la guérison extérieure ne saurait être complète ni définitive. »

                                                                              - La Mère

 

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Exercices respiratoires

Principaux points de digipuncture

Postures thérapeutiques


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Nadhi-shuddhi — inspiration et expiration calmes

Plus l'inspiration et l'expiration sont subtiles, plus l'effet est puissant. Dans le calme qui s'installe, visualisez la paix. S'il est pratiqué correctement, cet exercice peut chasser du corps toutes les maladies qui s'y dissimulent.

      Les personnes qui trouvent difficile de garder la position assise, ou les convalescents, peuvent s'allonger sur le dos. Mettez les deux mains sur le front, paumes ouvertes vers le haut. Entrelacez les doigts mais laissez le pouce libre. Pressez la narine gauche avec le pouce gauche, inspirez par la narine droite, puis pressez la narine droite et expirez par la narine gauche. Répétez 12 fois de chaque côté, (voir photo 1 sur la page de droite.)

      Dans l'exercice suivant, la respiration mi-thoracique est suivie par une respiration abdominale rythmique. Il faut respirer calmement, sans jamais forcer, et en imaginant que l'énergie de vie se dirige vers tous les organes vitaux dans et autour de l'abdomen. Ainsi les gaz sont éliminés et les muscles tonifiés et renforcés.

      Vous pouvez boire un verre d'eau avant de commencer l'exercice. Cet exercice respiratoire peut être pratiqué dans les autres postures également.


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PRINCIPAUX POINTS DE DIGIPUNCTURE (murmas)

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POSTURES THÉRAPEUTIQUES

      Tenez la posture pendant 10 à 15 secondes au début ; répétez 3 fois de chaque côté ; augmentez progressivement la durée, jusqu'à 30 secondes, puis une minute. Expirez en vous étirant. Continuez à respirer normalement en tenant la posture. Reposez-vous 30 secondes entre chaque exercice.

     

Observez bien les postures et respectez la position du cou, des bras, etc., car tout est important.


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Allongez-vous sur le côté gauche. Pliez le genou droit. Posez la main gauche sur le genou droit (photo 1). Pliez le bras droit (photo 2). Inspirez et expirez, puis étirez le bras droit (photo 3). Paume ouverte vers le haut, inspirez et expirez (photo 4). Paume vers le bas, expirez et revenez à la première position. Répétez trois fois de chaque côté. Etendez-vous à plat sur le dos et reposez-vous une minute. Cet exercice aide à ralentir le pouls et renforce le cœur.

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Observez bien chaque étape afin de prendre la posture aussi parfaitement que possible. Accroupissez-vous et prenez la posture du chat. Si vous ne pouvez vous asseoir dans cette position, mettez un coussin entre vos hanches sous les genoux et les cuisses.

     


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      Effets thérapeutiques : cet exercice étire le haut du dos et assouplit les épaules. Appuyez avec la main gauche pour vous lever, et asseyez-vous lentement.

     


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Prenez la position du chat ; placez un genou sur l'autre. Redressez-vous et les bras étendus tenez-vous en équilibre sur les genoux (posture 3). Rasseyez-vous et répétez avec l'autre jambe. 3 fois de chaque côté. Expirez en étirant.

     


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Douleurs dans le bas du dos

Posture 1 : Asseyez-vous sur une chaise comme indiqué sur la photo ; placez la main droite sur le genou gauche, la main gauche en arrière ; inspirez et expirez en vous étirant du côté gauche. Restez dans cette position pendant 10 à 15 secondes ; répétez l'exercice 3 à 5 fois de chaque côté. Cet exercice est déconseillé si vous souffrez de douleurs aiguës dans la colonne vertébrale, de hernie discale ou d'une infection rénale ou urinaire.

Posture 2 : Posez les deux mains sur le sol, puis étirez bien la jambe, le pied et les orteils, depuis le bas du dos. Gardez la position pendant 10 à 15 secondes. Répétez l'exercice 3 fois de chaque côté.

Les postures 3 et 4 doivent suivre ces exercices afin de bien détendre le bas du dos.


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Glossaire

      Abhyasa : pratique assidue (généralement d'une discipline spirituelle).

      Arya (Aryen) : l'homme bon et noble ; celui qui combat et surmonte, en lui et autour de lui, tout ce qui s'oppose au progrès humain.

      Bhaktï : la dévotion; dans le yoga, la voie de l'amour et de la dévotion.

      Buddhi : l'intellect ; la raison ; le mental pensant analytique.

      Citta : la substance mentale ; la conscience de base.

      Kshoba : perturbation ; vibration.

      Manas : le mental proprement dit, distinct de l'intellect et du mental sensoriel.

      Nadi shuddhi : la purification des nerfs.

      Prakriti : la Nature ; la force exécutrice du Purusha.

      Purusha ; manotnayapurusha ; sakshï ; anumanta ; ishivara : la vraie Personne, l'Ame, l'Etre conscient ; l'être mental ; le témoin ; celui qui approuve; le Seigneur suprême.

      Sadhana : la discipline spirituelle ; la pratique du yoga.

      Samskaras : associations, impressions ; les réactions habituelles héritées du passé. Sanatana dharma : la religion éternelle.

      Swabhava niyatam karma : l'action accomplie suivant la loi de notre nature intérieure.

      Yoga karrmasu kausalam : « Le yoga est habileté dans les œuvres »(Bhagavad-Gita). Yogastha kuru karmanï : « Etablis en yoga, agis. » (Bhagavad Gita).

     1. Essai sur la Guîtâ, p. 619

      2. Essays Divine andHuman,

      3. Essays Divine and Human,

      4. The Karmayogin,

      5. The Karmyogin,

      6. Les Fondements de la Culture indienne,

      7. Isha Upanishad,

      8. Bande Mataram,

      9. The Karmayogin,

      10. Kena Upanishad,

      11. La Vie Divine, p. 908

      12. Isha Upanishad,

      13. Lettres sur la Yoga, vol. 1, p. 184

      14. Early Cultural Writings,

      15. La Mère, Education,

      16. Essays in Philosophy and Yoga,

      17. Kena Upanishad,

      18. La Vie Divine, p. 246

      19. La Vie Divine, p. 248

      20. Essays Divine and Human,

     21. Isha Upanishad,

      22. Isha Upanishad,

      23. Essays Divine and Human,

      24. Lettres sur le Yoga, vol. 1, p. 193

      25. Kena Upanishad,

      26. Essays Divine and Human,

      27. Essays Divine and Human,

      28. Lettres sur le Yoga, vol. 5, p. 206

      29. Les Bases du Yoga, p. 8-9

      30. AutobiographicalNotes,

      31. Essays in Philosophy and Yoga,

      32. Lettres sur le Yoga, vol. 6, p. 359

      33. Essays in Philosophy and Yoga,

      34. Evening Talks,

      35. Kena Upanishad,

      36. Kena Upanishad,

      37. Isha Upanishad,

      38. Isha Upanishad,

      39. Isha Upanishad,

   40. Hymn to Agni,

      41. Kena Upanishad,

      42. Isha Upanishad,

      43. Essays Divine and Human,

      44. Isha Upanishad,

      45. Essays in Philosophy and Yoga,

      46. Kena Upanishad,

      47. La Vie Divine, p. 668

      48. Kena Upanishad,

      49. La Vie Divine, p. 185

      50. Essai sur la Gîtâ, p. 111

      51. Essai sur la Gîtâ, p. 109

      52. Early Cultural Writings,

      53. La Vie Divine, p. 670

      54. Lettres sur le Yoga, vol. 6, p. 359

      55. Kena Upanishad,

      56. Kena Upanishad,

      57. Kena Upanishad,

      58. Isha Upanishad,

      59. Isha Upanishad,

    60. The Hour of God,

      61. La Vie Divine, p. 58-59

      62. Essays in Philosophy and Yoga,

      63. Lettres sur le Yoga, vol. 2, p. 5

      64. Essays Divine and Human,

      65. SABCL, vol. 27, trad. inédite

      66. La Vie Divine, p. 722

      67. La Vie Divine, p. 875

      68. Lettres sur le Yoga, vol. 2, p. 136

      69. Essays Divine and Human,

      70. Kena Upanishad,

      71. SABCL, vol. 27, p. 233-35, trad. inédite

      72. Isha Upanishad,

      73. Lettres sur le Yoga, vol. 4, p. 325-26

      74. Lettres sur le Yoga, vol. 3, p. 175-76

      75. Early Cultural Writings {A System of National Education),

      76. Early Cultural Writings (A System of National Education),

      77. La Mère,

      78. Lettres sur le Yoga, vol. 5, p. 245-46

      79. La Vie Divine, p. 1106-07







     

Kalu Sarkar dirige depuis plus de cinquante ans le département de physiothérapie, d'acupuncture et d'homéopathie de l'Ashram de Sri Aurobindo. Sa recherche, menée en Inde comme à l'étranger, et sa volonté de soulager la souffrance humaine, l'ont convaincu que la science médicale ne peut jouer qu'un rôle limité à moins qu'elle ne s'appuie sur une connaissance — chez le médecin aussi bien que chez le patient — des principes « psychiques » qui sous-tendent et dirigent notre vie. Les passages qu'il a choisis parmi les inépuisables trésors que représentent les œuvres de Sri Aurobindo et de la Mère, constituent à ses yeux une aide indispensable, car les conseils et la sagesse qu'ils contiennent peuvent aider le patient à retrouver sa foi et sa confiance en lui-même, fondement de toute guérison durable.










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