L’Agenda de Mère


De 1958 à 1973, Mère a tracé la voie vers l’espèce suivante et un nouveau mode de vie au sein de la matière, et a fait part de ses explorations à Satprem. Les transcriptions des enregistrements audio de leurs conversations en français sont connues sous le nom de L’Agenda de Mère.

L’Agenda de Mère




Mother's Agenda (Traductions en anglais)

L’Agenda de Mère (Enregistrements audio)





LE CONTEXTE

« Il n’y a aucune différence entre le chemin de la Mère et le mien ; nous avons et avons toujours eu le même chemin, celui qui mène à la transformation supramentale et à la réalisation divine. »

Sri Aurobindo

The Mother with letters on The Mother

The Supramental Manifestation upon Earth

L’Agenda de Mère» s’inscrit dans la continuité de l’ouvrage de Sri Aurobindo intitulé « Le yoga de la manifestation supramentale et de la transformation du corps »

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UN APERÇU




ARRIÈRE-PLAN

Note Topographique

Après le départ de Sri Aurobindo (1950) et jusqu’en 1957, nous n’avons guère que quelques notes et fragments ou de rares textes notés de mémoire. Ce sont les seuls jalons de l’époque, avec les Entretiens de Mère au Terrain de Jeu de l’Ashram. Quelques-uns de ces Entretiens ont été reproduits ici, dans la mesure où ils marquaient des étapes de l’Action supramentale.

    À partir de 1957, Mère nous appelait deux fois par semaine dans le bureau de Pavitra, le plus ancien disciple français, au premier étage de l’Ashram, sous quelque prétexte de travail, et Elle écoutait nos questions, nous parlait longuement du yoga, de l’occultisme, de ses expériences passées à Tlemcen ou en France, ou de ses expériences actuelles : peu à peu, Elle ouvrait l’esprit de l’Occidental matérialiste et rebelle que nous étions et nous faisait comprendre la loi des mondes, le jeu des forces, le mécanisme des vies antérieures – surtout ce dernier point qui occupait une place importante dans les difficultés avec lesquelles nous nous débattions alors et qui nous faisaient périodiquement prendre la fuite.

  Mère était assise dans ce fauteuil un peu médiéval au haut dossier sculpté, les pieds sur un petit tabouret, et nous étions là, par terre, sur ce tapis un peu décoloré, conquis et séduit et révolté et jamais satisfait – mais tout de même très intéressé. Des trésors ont été perdus, jamais notés, jusqu’au jour où, après des ruses de Sioux, nous avons réussi à faire admettre à Mère la présence d’un magnétophone. Mais même là, pendant longtemps, Elle faisait soigneusement effacer ou barrer dans nos notes tout ce qui la concernait un peu trop personnellement – quelquefois nous lui avons désobéi.

Et finalement nous l’avons convaincue de l’intérêt qu’il y avait à garder un historique de la route.

   Ce n’est donc qu’à partir de 1958 que nous commençons à avoir les premières conversations sur bande magnétique, qui constitueront l’Agenda de Mère à proprement parler. Mais là encore, beaucoup de ces conversations ont disparu ou n’ont été que fragmentairement notées. Ou bien nous estimions que nos propres paroles ne devaient pas figurer dans ces notes et nous omettions soigneusement toutes nos questions – ce qui était absurde. Personne ne savait alors, ni Mère ni nous-même, que c’était l’Agenda et que nous allions à la découverte du «Grand Passage». Peu à peu seulement, nous avons pris conscience du vrai caractère de ces rencontres. En outre, nous étions perpétuellement « en voyage », si bien qu’il y a de grands trous. En fait, pendant sept ans, Mère préparait patiemment l’instrument qui serait capable de traverser l’aventure sans casser en route.

À partir de 1960, l’Agenda prendra sa tournure définitive et se développera pendant treize ans, jusqu’en mai 1973, emplissant treize volumes (quelque six mille pages), avec un changement de cadre en mars 1962 au moment du grand Tournant du yoga de Mère lorsqu’Elle se retirera définitivement dans sa chambre d’en haut, comme Sri Aurobindo en 1926. Les entrevues auront lieu alors dans cette grande chambre au tapis de laine dorée, comme une cabine de navire au milieu des frondaisons du flamboyant jaune et des cris des corbeaux. Mère était assise dans ce fauteuil en bois de rose, le visage tourné vers la tombe de Sri Aurobindo, comme si Elle usait les distances qui séparaient ce monde du nôtre. Sa voix était devenue comme celle d’un enfant, on entendait son rire. Elle riait toujours, cette Mère. Et puis ses longs silences. Jusqu’au jour où les disciples nous ont fermé sa porte. C’était un 19 mai 1973. Nous ne voulions pas y croire. Elle était seule, comme nous étions seul tout à coup. Il allait falloir découvrir lentement, douloureusement, le pourquoi de cette coupure. Nous ne comprenions rien aux jalousies de la vieille espèce, nous ne comprenions pas encore qu’ils devenaient les «propriétaires» de Mère – de l’ashram, d’Auroville, de Sri Aurobindo, de tout – et que le nouveau monde allait être escamoté dans une nouvelle Église. Et soudain, ils nous faisaient découvrir pourquoi, un jour, Elle nous avait tiré de notre forêt et avait choisi pour confident un irrémédiable rebelle.

S.




NOTE SUR LES ENREGISTREMENTS MAGNÉTIQUES DE L'AGENDA

"C'est la transition évolutive qui nous intéresse et les résistances sur lesquelles Mère travaillait pour arracher la nouvelle espèce à l'ancienne…Nous n'avons donc pas toujours pu effacer les noms, ni voulu même le faire - et qu'importe: ceux-ci et ceux-là passeront. Il restera une grande Histoire."
-Satprem

Nous annonçons ici la mise en circulation des cassettes correspondant aux conversations de Mère telles qu'elles ont été notées dans cet Agenda. Pour faciliter le choix du lecteur, nous avons indiqué dans le "Sommaire", à la fin du livre , toutes les conversations ou fragments de conversation de l'année 1961 pour lesquels il existait encore un enregistrement sur bande magnétique (environ 20 cassettes). Nous avons fait précéder du sigle "E." toutes les conversations dont l'enregistrement existe encore. La liste des cassettes correspondantes peut être obtenue à l'Institut de Recherches Évolutives .

Il convient de noter dans quelles conditions ces conversations ont été enregistrées et pourquoi de nombreux enregistrements ou fragments d'enregistrements, n'existent plus, hélas.

Ce n'est qu'à partir du 22 janvier 1961 que nous avons une série d'enregistrements à peu près continue (bien que ponctuée de nombreux trous), car c'est à partir de cette époque que des amis généreux ont commencé à nous envoyer régulièrement des bandes magnétiques (qu'ils en soient remerciés ici pour toute la terre). Jusque là, nous étions obligés d'effacer à peu près chaque conversation (après les avoir dûment notées) afin de pouvoir continuer à enregistrer la suivante sur la même bande. Quelques exceptions peu nombreuses ont permis de sauver un certain nombre d'enregistrements (environ 8 cassettes) des années 1958-1959 et 1960 (la liste de ces enregistrements et les cassettes correspondant au tome 1 de l'Agenda peuvent également être obtenues à L'institut de Recherches Évolutives). Mais même lorsque les bandes magnétiques ont commencé à nous parvenir à peu près régulièrement, nous avons vite mesuré l'immensité de ce fleuve, et il nous a fallu limiter l'usage des bandes magnétiques, malgré tout trop peu nombreuses pour pouvoir tout conserver. C'est là que nous avons été mis devant un choix crucial, car nous savions à peine ce qu'était "l'Agenda" ni ce qui avait de l' "importance" ou non pour la suite d'une fabuleuse expérience dont nous ne comprenions guère le cheminement. On comprend après (et encore ?). Et jamais, pas un instant, jusqu'aux derniers jours de 1973, il ne nous a traversé l'esprit une seconde que ces rencontres pouvaient cesser un jour - et nous avons raison, d'ailleurs, car Mère est EN AVANT et non derrière nous. Elle nous parlera encore un jour, peut-être dans une langue moins encombrée.

Il fallait donc trancher dans cette incompréhensible forêt à une époque où nous n'étions qu'un "orpailleur" un peu éberlué, saisi par cette paillette plutôt que cette autre - et l'or, qu'en savions-nous ? Le lecteur, ou plutôt l'auditeur, pourra mesurer notre sottise ou nos limitations par les morceaux manquants 5. Et où couper, quoi couper ? Le plus souvent, notre machette est tombée sur les morceaux trop "personnels", car nous croyions encore à cette époque qu'il y avait une "personne" là-dedans, alors qu'il y avait un représentant humain avec ses misères particulières qui n'étaient que les misères de la terre. Pour cette raison même, nous ne saurions trop répéter combien les personnes ou les êtres dont Mère parle dans cet Agenda et qui ont échappé à notre machette, sont seulement des représentants de la "difficulté terrestre" et en aucun cas une personne particulière comme le voudraient ceux qui aiment et regardent seulement la petite histoire - c'est la grande qui nous occupe. C'est la résistance d'une vieille espèce à son lendemain glorieux. Pierre ou Paul n'ont pas plus de sens qu'un Jacques-ptérodactyle ou un Olibrius-salamandre. C'est la transition évolutive qui nous intéresse et les résistances sur lesquelles Mère travaillait pour arracher la nouvelle espèce à l'ancienne. Vouloir supprimer cette résistance pour présenter un petit ashram doré serait un mensonge historique aussi aberrant que de supprimer Judas ou les invasions mongoles - même Judas a son utilité, même les invasions mongoles: c'est ainsi que se forge le nouvel être, par la résistance même qu'il rencontre.

Nous n'avons donc pas toujours pu effacer les noms, ni voulu même le faire - et qu'importe: ceux-ci et ceux-là passeront. Il restera une grande Histoire.

SATPREM

12 juin 1978



5 Le cas inverse s'est présenté aussi, non plus de coupures, mais d'additions: il arrivait que Mère change un mot ou ajoute toute une phrase ou même un paragraphe entier en guise de commentaires lorsque nous lui demandions d'éclaircir certains points ou certains mots ambigus. Le plus souvent, nous avons mis en note ces passages rajoutés, mais pour la commodité de la lecture, ce n'était pas toujours possible ni souhaitable, surtout quand il s'agissait d'un seul mot ou d'une brève remarque. L'auditeur des enregistrements comprendra donc lui-même les variantes. [Cette note est de Satprem]

Source







INTRODUCTION

INTRODUCTION

« Quand nous dépasserons l’humanité,
alors nous serons l’Homme. »

Sri Aurobindo

   Cet Agenda… Un jour, une autre espèce parmi les hommes se penchera sur ce fabuleux document comme sur le drame tumultueux qui dut entourer la naissance d’un premier homme parmi les hordes hostiles d’un grand Carbonifère délirant. Un premier homme, c’est la contradiction dangereuse d’une certaine logique simienne, c’est une menace de l’ordre établi qui courait gentiment parmi de hautes fougères imprescriptibles – et tout d’abord, ça ne sait même pas que c’est un homme. Ça se demande bien ce que c’est. C’est étrange à soi-même, douloureux à soi-même. Ça ne sait même plus grimper aux arbres comme d’habitude. Et c’est tellement dérangeant pour tous ceux qui grimpent aux arbres de la vieille habitude millénaire. Peut-être bien est-ce une hérésie ? À moins que ce ne soit une maladie cérébrale ? Il a dû falloir bien du courage pour un premier homme dans une petite clairière. Même cette petite clairière n’était plus si sûre. Un premier homme, c’est une perpétuelle question. Et qu’est-ce que je suis donc au milieu de tout ça ? Et où est ma loi, quelle est la loi ? Et s’il n’y avait plus de lois… c’est effrayant. Les mathématiques en panne. L’astronomie aussi et la biologie qui se mettent à répondre à de mystérieuses influences. Un tout petit point tassé au milieu de la grande clairière du monde. Et qu’est-ce que c’est que tout ça, si j’étais «fou» ? Et puis des griffes autour, beaucoup de griffes contre cet insolite produit. Un premier homme, c’est très seul. C’est très insupportable pour la «raison» pré-humaine. Et les tribus autour grondaient comme les singes rouges dans le crépuscule de la Guyane.
Un jour, nous étions comme ce premier homme dans la grande nuit stridulente de l’Oyapock. Notre cœur battait comme à la retrouvaille d’un très vieux mystère – tout d’un coup, c’était très nouveau d’être un homme au milieu des cascades de diorite et des jolis élaps rouges et noirs qui glissent sous la feuille. C’était encore plus extraordinaire d’être un homme que ne le pensaient nos vieilles tribus établies dans leurs équations infaillibles et leurs biologies imprescriptibles. C’était une «quantité» tout à fait incertaine et qui échappait délicieusement à ce qu’on en pensait, peut-être bien même à ce qu’en pensaient de doctes hommes. Ça courait autrement, ça sentait autrement. Cela vivait dans une sorte de continuité sans rupture avec la sève des grands balatas, le cri des aras et l’eau qui pétille dans la petite vasque. Ça «comprenait» très différemment. Comprendre, c’était être dans tout, juste un éclair et puis on était dans la peau du petit iguane en débâcle. La peau du monde était très vaste. Être un homme, au bout d’un million d’années redécouvertes, c’était, mystérieusement, comme être autre chose encore qu’un homme, une étrange possibilité pas au point qui pouvait aussi toutes sortes d’autres choses. Ce n’était pas répertorié, c’était mouvant et sans frontières – c’était devenu un homme par habitude, mais en vérité, c’était prodigieusement vierge comme si toutes les vieilles lois, mon dieu, appartenaient à d’antiques barbares attardés. Alors d’autres lunes se mettaient à courir dans le ciel avec le cri des aras au couchant, un autre rythme naissait qui s’accordait étrangement au rythme de tout, qui faisait comme une seule coulée du monde et nous allions, léger, comme si le corps n’avait jamais eu d’autre poids que notre pensée humaine, et les étoiles étaient proches, même les grands avions vrombissants semblaient un vain artifice sous des galaxies rieuses. Un homme, c’était un formidable possible. C’était même le grand découvreur du Possible. Jamais cette précaire invention n’avait eu d’autre but parmi les millions d’espèces, que de découvrir ce qui dépasse sa propre espèce, peut-être le moyen de changer d’espèce – une espèce légère et sans lois. Au bout d’un million d’années redécouvertes dans la grande nuit rythmique, un homme c’était quelque chose encore à inventer. C’était l’invention de lui-même et tout n’était pas dit.
Alors, alors… un air singulier commençait à remplir les poumons, une légèreté inguérissable. Et si nous étions une fable ? Et quel est le moyen ?
Et si cette légèreté même était le moyen ?
Un grand débarras solennel de nos solennités barbares.
Ainsi pensions-nous au cœur de notre vieille forêt lorsque nous hésitions encore entre des paillettes d’or improbables et une civilisation dont il nous semblait bien qu’elle était périmée et toxique, bien que mathématique. Mais d’autres mathématiques couraient dans nos veines, une équation pas encore faite entre cet énorme monde et un petit point gorgé d’air léger et d’immenses pressentiments.
C’est là que nous avons rencontré Mère, à cette intersection de l’anthropoïde retrouvé et du «quelque chose» qui avait mis en route cette invention inachevée et l’avait, quelques instants, pris au piège d’une mécanique dorée. Et rien n’était fini, et rien n’était vraiment inventé qui mettrait la paix et l’espace dans cette poitrine d’aucune espèce.
Et si l’homme n’était pas encore inventé ? S’il n’était pas encore de son espèce ?
Une petite silhouette blanche, à vingt mille kilomètres de là, seule et frêle au milieu d’une horde spirituelle qui entendait bien que le yogi méditant et miraculeux était le sommet de l’espèce, cherchait le moyen, la réalité de cet homme qui se croit, un moment, le chef des cieux ou le chef de la mécanique, et qui, peut-être bien, est tout autre chose que ses gloires spirituelles ou matérielles. Un autre air léger palpitait dans cette poitrine-là, désencombré de ses cieux et de ses machines préhistoriques. Une autre Histoire commençait. La Matière et l’Esprit allaient-ils donc se retrouver dans une «troisième position» PHYSIOLOGIQUE, qui serait peut-être, enfin, la position de l’Homme découvert, le quelque chose qui avait si longtemps battu et souffert en quête de sa propre espèce ? Elle était le grand Possible au commencement de l’homme. Mère, c’est notre fable devenue vraie. «Tout est possible», c’était son premier mot.
Oui, Elle était au milieu d’une «horde» spirituelle car, toujours, le pionnier de la nouvelle espèce doit se battre contre le meilleur de la vieille espèce : le meilleur, c’est l’obstacle, le piège qui vous garde dans ses vieux marécages dorés. Le pire, on sait qu’il est pire. Et puis on s’aperçoit que ce meilleur-là, c’est seulement le joli museau du pire, la même vieille bête qui se défend, toutes griffes dehors, avec des saintetés ou des gadgets électroniques. Mère était là pour autre chose.
«Autre chose», c’est dangereux, c’est menaçant, c’est déroutant– c’est très insupportable pour tous ceux qui sont comme la vieille chose. L’histoire de l’«ashram» de Pondichéry, c’est l’histoire d’un vieux clan qui tient férocement à ses privilèges «spirituels », comme d’autres tenaient aux muscles qui les avaient fait rois parmi les grands singes. C’est armé de toutes les saintetés et de toutes les raisons qui avaient rendu si «infaillible» l’homme logique parmi ses frères moins cervelés. Le cerveau spirituel, c’est probablement le pire obstacle de la nouvelle espèce, comme l’étaient les muscles du vieil orang-outang pour cet inconnu fragile qui ne grimpait plus si bien aux arbres et s’asseyait, pensif, au milieu d’une petite clairière incertaine. Il n’y a rien de plus moraliste que la vieille espèce. Il n’y a rien de plus légal. Mère cherchait le chemin de l’espèce nouvelle contre toutes les vertus de la vieille espèce autant que contre tous ses vices ou ses lois. Car, à vrai dire, «autre chose», c’est autre chose. Nous avons débarqué là un jour de février 1954, sorti de notre forêt guyanaise et d’un certain nombre de périples sans issue, comme si nous avions frappé à toutes les portes du vieux monde avant d’arriver au point d’impossibilité absolue où il faut vraiment débarquer dans autre chose ou flanquer une balle dans la peau de ce vieux singe supérieur. La première chose qui nous ait frappé, c’est ce Saint-Sulpice exotique avec ses bâtons d’encens, ses images et ses prosternations en blanc : une Église. Le soir même, nous avons failli prendre le premier train, et dare-dare, cap sur l’Himalaya, ou le diable. Nous sommes resté dix-neuf ans près de Mère. Qu’est-ce qui pouvait donc nous retenir là ? Nous n’étions pas sorti de Guyane pour devenir un petit saint en blanc et entrer en religion. Je ne suis pas venue sur terre pour fonder un ashram, ce serait un très pauvre objectif, écrivait-elle dès 1934. Qu’est-ce que voulait donc dire tout cela, cet «ashram» qui s’inscrivait déjà comme le propriétaire de la grande affaire spirituelle, et cette petite silhouette fragile au milieu de ces adorateurs zélés ? En vérité, il n’y a pas de meilleur moyen d’étouffer quelqu’un que de l’adorer : on le recouvre sous le poids de l’adoration, qui par-dessus le marché vous donne une sorte de droit de propriété. Pourquoi voulez-vous adorer ? s’écriait-elle, vous n’avez qu’à devenir ! C’est la paresse de devenir qui fait qu’on adore. Elle aurait tant voulu les faire devenir cet « autre chose », mais c’était plus commode d’adorer et de rester tranquillement comme on est. Elle parlait aux murs. Elle était très seule dans cet «ashram». Les disciples viennent peu à peu remplir la maison, puis ils disent : c’est chez nous. C’est l’«Ashram». Nous sommes «les disciples». À Pondichéry comme à Rome ou à la Mecque. Je ne veux pas de religions, finies les religions ! s’écriait-elle. Elle se battait et se débattait là-dedans – allait-elle donc quitter cette Terre comme une sainte ou un yogi de plus, enterrée sous les auréoles, la «continuatrice» des grandes lignées spirituelles ? Elle avait 76 ans quand nous avons débarqué là-dedans, le couteau dans la ceinture et le premier blasphème aux lèvres.
Elle adorait le défi et ne détestait pas le blasphème.
Non, elle n’était pas «la Mère de l’Ashram de Pondichéry». Et qui donc était-elle ?… Nous l’avons découvert pas à pas, comme on découvre la forêt, ou plutôt comme on se bat avec elle, la machette à la main – et puis ça fond, on aime, tant c’est beau. Mère a grandi dans notre peau comme une aventure à vie et à mort. Sept ans, nous nous sommes battu avec Elle. C’était fascinant, c’était détestable ; c’était puissant et doux ; on avait envie de crier et de mordre, et de fuir et de revenir toujours : «Ah! tu ne m’auras pas ! Si tu crois que je suis venu ici pour adorer, tu te trompes !» Elle riait. Elle riait toujours. Nous avions tout notre saoul d’aventure, parce que dans la forêt, si on se trompe, on se perd délicieusement avec la même vieille peau sur le dos, tandis que là, il n’y a plus rien pour se perdre ! Il n’y a plus à se perdre : il faut CHANGER de peau. Ou mourir. Oui, changer d’espèce. Ou faire un petit adorateur de plus, écœurant – ce n’était pas dans notre programme. On est l’ennemi de sa propre conception du Divin, nous disait-elle avec son petit sourire espiègle. Tout du long – pendant sept ans en tout cas –, nous nous sommes battu contre l’idée que nous nous faisions de Dieu et de la «vie spirituelle» : c’était bien commode, nous avions un «représentant» sous la main. Elle nous laissait faire, Elle nous ouvrait même toutes sortes de petits paradis, et quelques enfers parce qu’ils vont de pair. Elle nous a même ouvert la porte d’une certaine «libération» qui finissait par être aussi soporifique qu’une éternité – mais il n’y avait pas à en sortir : c’était l’éternité. On était coincé de tous les côtés : il n’y avait plus que ces 4 m2 de peau, le dernier repaire, celui qu’on voulait fuir par le haut ou par le bas, par la Guyane ou l’Himalaya. Elle nous attendait là, au bout de nos pirouettes spirituelles ou moins spirituelles. La Matière, c’était son affaire. Il nous a fallu 7 ans pour comprendre qu’Elle commençait «là où finissent les autres yoga», comme Sri Aurobindo l’avait dit il y a vingt-cinq ans. Il fallait avoir parcouru tous les chemins de l’Esprit et tous ceux de la Matière, ou en tout cas un grand nombre en quantité géographique, avant de découvrir, ou même simplement de comprendre qu’«autre chose», c’était vraiment autre chose. Ce n’était pas un Esprit amélioré ni une Matière améliorée, mais… on pourrait dire «rien», tant c’était contraire à tout ce qu’on connaît. Pour la chenille, le papillon c’est rien. Ça ne se voit même pas et ça n’a rien de commun avec des paradis de chenille ni même une matière de chenille. Nous y étions : coincé dans l’aventure irrémédiable. On ne revenait pas de là : il fallait passer de l’autre côté. Et cette septième année-là, tandis que nous en étions encore à croire aux libérations et aux Oupanishads réunies, avec quelques visions glorieuses pour améliorer l’ordinaire (qui restait épouvantablement ordinaire), comme nous en étions encore à voir «la Mère de l’Ashram», un peu comme un super-directeur spirituel (doté tout de même d’un sourire désarmant et tellement irritant, comme si Elle se moquait de nous, et puis nous aimait en cachette), un jour, Elle nous a dit : J’ai le sentiment que TOUT ce que l’on a vécu, tout ce que l’on a su, tout ce que l’on a fait, tout ça, c’est une parfaite illusion… Quand j’ai eu l’expérience spirituelle que la vie matérielle est une illusion, moi, j’ai trouvé cela si merveilleusement beau et heureux que cela a été l’une des plus belles expériences de ma vie, mais là, c’est toute la construction spirituelle telle qu’on l’a vécue qui devient une illusion ! – pas la même illusion, mais une bien plus grave illusion. Et je ne suis pas un bébé : voilà quarante-sept ans que je suis ici ! Oui, Elle avait 83 ans. Ce jour-là, nous avons cessé d’être «l’ennemi de notre propre conception du Divin», parce que tout le Divin se cassait le nez par terre – et nous rencontrions Mère, enfin. Ce mystère qu’on appelle Mère, parce qu’Elle n’a pas cessé d’être un mystère jusqu’à 95 ans, et aujourd’hui encore, de l’autre côté de ce mur d’invisibilité, Elle nous défie et nous laisse patauger en plein mystère – avec un sourire. Elle sourit toujours. Mais le mystère n’est pas résolu.
Cet Agenda, c’est peut-être bien pour tenter de résoudre le mystère avec un certain nombre d’iconoclastes fraternels.
Alors où est «la Mère de l’Ashram», là-dedans ? Où est même «l’Ashram», sinon comme un musée spirituel des résistances à l’autre chose. Ils en étaient toujours – ils en sont encore – à faire leur catéchisme sous un petit drapeau : ce sont les propriétaires de la vérité nouvelle. Mais la vérité nouvelle leur rit au nez et les laisse sécher au bord de leur petite mare. Ils s’imaginent que Mère et Sri Aurobindo, 27 ans ou 4 ans après leur départ, continueraient de se répéter ! Mais ce ne seraient pas Mère et Sri Aurobindo, ce seraient des fossiles. La vérité court toujours. Elle est avec ceux qui osent, qui ont le courage, et d’abord le courage de briser les images, démystifier, et d’aller  VRAIMENT à la conquête du nouveau. Le «nouveau», c’est pénible, c’est décourageant, ça ne ressemble à rien de connu ! On ne peut pas faire le drapeau du pays qu’on n’a pas conquis – c’est cela, le merveilleux, c’est qu’il n’existe pas encore : il faut le FAIRE DEVENIR. L’aventure n’est pas faite : elle est à faire. La vérité n’est pas attrapée au piège et fossilisée, «spiritualisée » : elle est à découvrir. On est dans rien, qu’il faut faire être quelque chose. On est dans l’aventure de l’espèce nouvelle. Une espèce nouvelle, c’est évidemment contradictoire de la vieille espèce et des petits drapeaux du déjà connu. Ça n’a rien de commun avec les sommets spirituels du vieux monde, ni même avec ses abîmes – qui pourraient avoir de délicieuses tentations pour ceux qui en ont assez des sommets, mais c’est tout pareil, en noir et blanc, c’est fraternel en haut et bas. Il faut AUTRE CHOSE.
«Es-tu conscient de tes cellules ?», nous demandait-elle peu après la petite opération de démolition spirituelle, Non, eh bien, deviens conscient de tes cellules et tu verras qu’il y a des résultats TERRESTRES. Être conscient de ses cellules ?… C’était une opération bien plus radicale que la traversée du Maroni à la machette, parce que, après tout, les arbres et les lianes, ça se coupe, mais le grand-père et la grand-mère, et toute la collection atavique, sans parler des couches animales et végétales et minérales qui font un humus grouillant sur cette seule petite cellule pure sous son programme génétique millénaire, cela ne se dé-couvre pas aussi simplement. Les grands-pères et les grands-mères repoussent comme du chiendent, et toutes les vieilles habitudes d’avoir faim, d’avoir peur, de tomber malade, de craindre le pire, d’espérer le meilleur, qui est encore le meilleur de la vieille habitude mortelle. Tout cela ne se déracine pas ni ne s’attrape aussi facilement que les «libérations» célestes, qui laissaient le grouillement en paix et le corps à sa décomposition comme d’habitude. Elle était venue tailler là-dedans. Elle était l’Ancienne de l’évolution qui venait faire une nouvelle trouée dans la vieille habitude rabâchée d’être comme un homme. Elle n’aimait pas les rabâchages, Elle était l’aventurière par excellence – l’aventurière de la terre. Elle arrachait pour l’homme le grand Possible qui battait dans sa première clairière et qu’il avait cru, un moment, prendre au piège de quelques machines. Elle arrachait une nouvelle Matière, libre, sans habitude d’être forcément comme un homme qui se répète à perpétuité avec quelques améliorations en transplantations d’organes et en circulation fiduciaire. En fait, Elle était là pour découvrir ce qui arrive après le matérialisme et après le spiritualisme, ces deux frères jumeaux. Car c’est pour une même raison que le Matérialisme s’écroule en Occident comme le Spiritualisme est en train de s’écrouler en Orient : c’est le temps de l’espèce nouvelle. L’homme a besoin de se réveiller, non seulement de ses démons mais de ses dieux. Une nouvelle Matière, oui, comme un nouvel Esprit, oui, parce que nous ne connaissons encore ni l’un ni l’autre. C’est le temps où la Science comme la Spiritualité, au bout de leur course, doivent découvrir ce qu’est VRAIMENT la Matière, parce que c’est là vraiment qu’est l’Esprit que nous ne connaissons pas. C’est le temps où tous les «ismes» de la vieille espèce s’écroulent : «L’âge du Capitalisme et des affaires tire à sa fin. Mais l’âge du Communisme aussi va passer…» C’est le temps d’une toute petite cellule pure QUI AURA DES EFFETS TERRESTRES, infiniment plus radicaux que toutes nos panacées politiques et scientifiques ou spiritualistes.
Cette prodigieuse découverte, c’est toute l’histoire de l’Agenda. Quel est le passage ? Comment fraye-t-on le chemin de la nouvelle espèce ?… Et puis, tout d’un coup, là, de l’autre côté de cette vieille habitude millénaire – une habitude, rien d’autre qu’une habitude ! – d’être comme un homme doté de temps et d’espace et de maladies : toute une géométrie implacable et « scientifique » et médicale parfaitement ; de l’autre côté… rien de tout cela ! Une illusion, une fantastique illusion médicale et scientifique et génétique : la mort n’existe pas, le temps n’existe pas, la maladie n’existe pas, le «proche» et le «lointain» non plus – une autre manière d’être DANS UN CORPS. Pendant tant de millions d’années nous avions vécu dans une habitude et mis en équation notre propre pensée du monde et de la Matière. Plus de lois ! la Matière est LIBRE. Elle peut faire un petit lézard, un écureuil, un perroquet – elle a fait assez de perroquets. Maintenant c’est AUTRE CHOSE… si nous voulons.
Mère, c’est l’histoire de la Terre libre. Libre de ses perroquets spirituels et scientifiques. Libre aussi de ses petits ashrams – il n’y a rien de plus tenace que ces perroquets-là.
Jour après jour, pendant 17 ans, Elle nous appelait pour nous dire son impossible cheminement. Ah ! comme nous comprenons maintenant pourquoi Elle avait tant besoin d’un hors-la-loi et hérétique de notre trempe pour comprendre un peu son impossible chemin dans «rien». Et comme nous comprenons maintenant son infinie patience avec nous, malgré toutes nos révoltes, qui finalement n’était que la révolte de la vieille espèce contre elle-même. La dernière révolte. Ce n’est pas une révolte contre le gouvernement britannique qu’il faut faire, c’est une révolte contre la Nature matérielle tout entière ! s’écriait Sri Aurobindo cinquante ans plus tôt. Elle écoutait nos doléances, nous partions et nous revenions ; nous n’en voulions plus et en voulions encore. C’était infernal et merveilleux, impossible et le seul possible dans ce vieux monde suffocant. C’était le seul endroit où aller dans ce monde barbelé, mécanisé, où Hong-Kong ressemble tellement à Pantin en charretée aérienne. L’espèce nouvelle, c’était le dernier lieu libre dans la Prison générale. C’était l’espoir de la terre. Comme nous écoutions sa petite voix balbutiante qui semblait revenir de loin-loin, traverser des espaces et des sargasses mentales pour laisser tomber ses petites gouttes de mots, pures, cristallines, ses paroles qui font voir. On écoutait l’avenir, on touchait l’autre chose. C’était incompréhensible et comme plein d’une autre compréhension. Ça nous échappait de tous les côtés, et pourtant c’était d’une fulgurante évidence. Une «autre espèce», c’était vraiment radicalement autre, et pourtant ça vibrait dedans comme une reconnaissance absolue, comme si c’était ÇA qu’on cherchait depuis des âges et des âges, ÇA qu’on appelait sous toutes les illuminations, à Thèbes, comme à Eleusis, comme partout où nous avions peiné en peau d’homme. C’était pour ÇA qu’on était ici, pour ce suprême Possible dans une peau d’homme enfin. Et puis sa voix devenait de plus en plus frêle, son souffle haletait comme si Elle devait traverser des distances de plus en plus grandes pour nous rejoindre. Elle était si seule à marteler les murs de la vieille prison. Il y avait beaucoup de griffes autour. Oh ! nous aurions si vite décroché de tout ce fatras pour filer avec Elle dans l’avenir du monde. Elle était toute menue, penchée sur elle-même, comme écrasée sous le fardeau «spirituel» que toute la vieille espèce environnante lui jetait sur le dos. Ils n’y croyaient pas, non. Pour eux, Elle avait 95 ans + tant de jours. Peut-on devenir toute seule de la nouvelle espèce ? Ils grondaient même, ils en avaient assez de cet insupportable Rayon qui tirait au jour leurs sordides histoires. L’Ashram se refermait lentement sur Elle. Le vieux monde voulait faire une nouvelle petite Église dorée, bien tranquille. Non, personne ne voulait DEVENIR. Adorer, c’était plus commode. Et puis on vous enterre solennellement, c’est affaire faite : maintenant on ne bouge plus et mettez-moi quelques auréoles photographiques pour le pélerin de la belle affaire. Mais ils se trompent. L’affaire se fera sans eux, l’espèce nouvelle leur sautera au nez – elle est en train de sauter au nez du monde, en dépit de tous ses ismes en noir et blanc, elle éclate par tous les pores de la Terre meurtrie qui en a assez de faire semblant avec des petits ciels ou des petites mécaniques barbares. C’est le temps de la Terre RÉELLE. C’est le temps de l’homme RÉEL. Nous y allons tous – si nous connaissions un peu le chemin…
Cet Agenda, ce n’est même pas un chemin : c’est une petite vibration légère qui vous saisit à n’importe quel détour – et puis ça y est, on est DEDANS. Un autre monde dans le monde, disait-elle. Il faut attraper la petite vibration légère, il faut couler avec elle, dans rien, qui est comme le seul quelque chose au milieu de la grande débâcle. Au commencement des choses, quand rien n’était encore FIXÉ, quand il n’y avait pas encore cette habitude de pélican ou de kangourou, ou de singe supérieur, ou de biologiste du XXème siècle, il y avait une petite pulsation qui battait-battait, comme un vertige délicieux, comme une joie de la grande aventure du monde ; une petite étincelle jamais emprisonnée qui continue de battre et battre, d’espèce en espèce, comme si on n’y était jamais, comme si c’était là-bas, là-bas : comme si c’était à devenir éperdument, à jouer pour toujours comme le seul grand jeu du monde ; un je-ne-sais-quoi qui laissait ce bout d’homme pensif au milieu d’une clairière ; un petit «quelque chose» qui bat et bat, qui respire et respire sous toutes les peaux qu’on a mises dessus, qui est comme notre respiration profonde, notre air léger, notre air de rien – et ça continue, ça continue. Il faut attraper la petite respiration légère, la petite pulsation pour rien. Et puis, tout d’un coup, sur le seuil de notre clairière de béton, on a la tête qui tourne irrémédiablement, les yeux qui papillotent dans autre chose, et tout est différent, et tout est comme bourré de sens et de vie comme si on n’avait jamais vécu jusqu’à cette minute-là. Alors on a attrapé la queue du Grand Possible, on est sur le chemin sans chemin, dans le nouveau radicalement, et on court avec le petit lézard, le pélican, le grand homme, on court partout dans un monde qui a perdu sa vieille peau séparée et son petit bagage d’habitudes. On commence à voir autrement, à sentir autrement. On a ouvert une porte sur une clairière impensable. Juste une petite vibration légère et qui vous emporte. Alors on commence à comprendre comment ça PEUT CHANGER, par quel mécanisme : un mécanisme léger et si miraculeux qu’il n’a l’air de rien. On commence à sentir la merveille d’une petite cellule pure, et qu’il suffirait d’un peu de joie pour que le monde se renverse. On vivait dans un petit bocal pensant, on mourait dans une vieille habitude en bouteille. Et puis c’est tout autre. La Terre est libre ! Qui veut la liberté ?

Mais c’est dans une cellule que ça commence.
Une petite cellule pure.
Mère c’est la joie de la liberté.
Bon Agenda !

SATPREM

Nandanam
Deer House
19 août 1977




L'AGENDA DE MÈRE 1951-1960 : SYNOPSIS

Ce premier volume est principalement ce qu'on pourrait appeler la « préparation psychologique » de Satprem. Le confident de Mère devait être préparé, non seulement à comprendre le sens évolutif des découvertes de Mère, à suivre le fil ténu du grand avenir de l'homme qui se déroule à travers tant d'expériences apparemment déconcertantes — ce qui exigeait certes une détermination personnelle indéfectible pendant plus de 19 ans ! — mais aussi, d'une certaine façon, il devait partager le combat contre les nombreuses forces établies qui sont à l'origine du mode d'être humain actuel et supporter l'assaut de la Nouvelle Force.
Satprem — « Vrai Amour » — comme Mère l'appelait, était un disciple réticent. Formé dans le moule cartésien français, combattant de la liberté contre les nazis et épris de sa propre liberté, il était toujours prêt à partir, et revenait toujours, attiré par un amour plus grand que son amour de la liberté. Lentement, elle le conquit ; lentement, il en vint à comprendre le drame poignant de cette femme solitaire et indomptable, luttant au sein d'une humanité par trop humaine dans sa tentative d'ouvrir l'avenir doré de l'homme.
Semaine après semaine, en privé, elle lui confiait ses expériences intimes, la progression de son œuvre, les obstacles, les revers, ainsi que des anecdotes de sa vie, ses espoirs, ses conquêtes et ses rires : elle pouvait être elle-même avec lui.
Il l'aimait et elle lui faisait confiance. C'est aussi simple que cela.



L'AGENDA DE MÈRE 1961 : SYNOPSIS

La courbe de l'année 1961, année du premier voyage spatial américain, vient tout de suite frapper au cœur du « grand mystère » : « C'est double ! C'est le même monde et c'est… quoi ? » Dans l'un, tout est harmonieux, sans possibilité de maladie, ni de mort, ni d'accident, « une harmonie miraculeuse », et dans l'autre tout fonctionne de travers. Et pourtant c'est le même monde de Matière – séparé par quoi ? « De plus en plus j'ai l'impression que c'est une question de vibration dans la Matière. » Quel est ce « temps vertical qui ouvre soudain une autre manière de vivre et d'être dans la Matière, où les choses ne sont plus implacablement la cause ni la conséquence d'une autre : « une sorte d'absoluité dans chaque seconde ? » Un monde neuf, sans trace, sans âge, sans empreinte à chaque seconde. Et cette « immobilité massive » dans un mouvement foudroyant, ce « pointillement de vibrations » comme si Mère vivait son corps non plus au niveau macroscopique mais au niveau de la physique quantique. Et toute la vie « spirituelle » de soixante ans s'écroule comme « une bien plus grave illusion » devant… un nouveau divin ? ou un autre mode de vie dans la Matière, le prochain mode. « Je suis absolument en train de frayer un chemin dans la forêt vierge. »
Le Tome II relate l’ouverture de cette voie.



L'AGENDA DE MÈRE 1962 : SYNOPSIS

La courbe de l'année 1962… L'année de l'affrontement Kennedy-Khrouchtchev à Cuba et du premier conflit sino-indien : « Est-ce que, vraiment, c'est le premier signe de quelque chose de très… considérable ? Il semble que cela ait, au fond, dérangé quelque chose profondément. » C'est toute la terre qui est dérangée, c'est l'année où Mère, dans son corps, émerge dans une « troisième position » qui n'est plus la vie ni la mort que nous connaissons, un envers de la trame où les lois physiques ne jouent plus et qui ressemble étrangement au monde sub-quantique des « trous noirs » : le temps change, l'espace change, la mort change. Et si c'était le lieu de la Matière, dans le corps, où les lois du monde se renversent – qui n'étaient que les lois de notre tête – et où l'évolution débouche sur une liberté corporelle impensable, une troisième position qui sera la position de la prochaine espèce sur terre ? « Le corps commence à obéir à une autre loi. Le sens du temps disparaît dans une immobilité mouvante… Une masse de force infinie, comme une super-électricité pure… Un mouvement de vagues corporelles, ondulatoire, vaste comme la terre… Tous les organes changés, ça appartient à un autre rythme. Une puissance si formidable, si libre ! autre chose… autre chose ! Je ne sais pas si je vis ou si je suis morte… Les nuits changent de caractère, les jours changent de caractère… La vibration physique devient comme poreuse… Plus d'axe, parti, envolé ! ça peut aller en avant, ça peut aller en arrière, ça peut aller n'importe où… L'ubiquité, quelque chose comme cela. Et puis ce cri : La mort est une illusion, la maladie est une illusion ! La vie et la mort c'est la même chose ! c'est seulement la conscience qui se déplace. Mais c'est fantastique ! Et puis la découverte, simple, vécue : Plus on va vers la cellule, plus la cellule dit : mais moi, je suis immortelle ! Une troisième position cellulaire où on devient incapable de mourir parce que la mort n'a plus de réalité. » Est-ce que Mère, cette année-là, à 84 ans, a découvert une autre réalité de la Matière ? « Il y a là, derrière, comme un conte de fées… Quelque chose qui se prépare et qui sera beau-beau, au-delà de toute expression : une jolie histoire que Sri Aurobindo essayait de tirer sur la terre et elle est sûre de venir ! »



L'AGENDA DE MÈRE 1963 : SYNOPSIS

L'année de l'assassinat de Kennedy, les débuts de la scission sino-soviétique. Tandis que les géants destructeurs courent de plus en plus vite et que la Science remet en cause les lois de l'univers, Mère fraye lentement le passage de la prochaine espèce sur la terre : "Le chemin que je cherche est toujours descendant », dans la conscience des cellules. Sera-ce la mort globale, ou le commencement d'un nouveau monde, comme les oiseaux après les reptiles ? « Je suis au seuil d'une réalisation formidable qui dépend d'une chose toute petite. » Elle a 85 ans cette année-là. Une prochaine espèce plus « intelligente » dans le cadre de notre physique, ou d'une autre intelligence qui change les lois de la physique, comme la grenouille change les lois du têtard dans son bocal ? Dans cette descente vers la cellule, Mère bascule soudain dans un autre univers physique : « Tout devient comme si c'était vu pour la première fois, même le mouvement de la terre, des astres… Il n'y a pas de distance, de différence, pas quelque chose qui voit et qui est vu… On devient une montagne, une forêt, une maison… On voit en même temps à des milliers de kilomètres et tout près – une sorte d'ubiquité des cellules. » Et puis, oui, cet ébahissement : « Le corps est partout ! » Une prochaine espèce globale ? Et où sont les lois de la vieille physique quand le bocal est cassé, quand il n'y a plus de distances ni de là-bas ? « Tous les rythmes habituels sont changés… un mouvement universel d'une rapidité si formidable que c'est comme une immobilité… Un vrai physique qui est derrière. » Et où est la mort de ce qui échappe à l'usure du temps dans un bocal ? « Si ça devient une chose naturelle, la mort ne peut plus exister !… Ce serait une nouvelle phase de la vie terrestre. » Et il n'y a pas loin à aller : « On a le champ d'expérience à chaque seconde… on cherche à entrer en rapport avec quelque chose qui est LA. » Une nouvelle conscience cellulaire qui sera une nouvelle physique et peut-être la prochaine biologie sur la terre ?



L'AGENDA DE MÈRE 1964 : SYNOPSIS

« Le seul espoir pour l'avenir, c'est un changement dans la conscience de l'homme. Ce sont les hommes qui décideront s'ils y collaboreront ou si ce changement leur sera imposé par la puissance de circonstances écrasantes. » À mesure que la Force nouvelle s'infiltre dans le corps de Mère, c'est le problème de la Terre qui se pose. « Cette vibration de l'intensité d'un feu supérieur », comment la terre va t-elle l'absorber ? « Je vois très peu de corps autour de moi qui soient capables de supporter ça… Alors qu'est-ce qui va se passer ? » C'est l'année de la première bombe atomique chinoise, Mère a 86 ans. « Une infiltration minuscule, infinitésimale, pointillante – c'est le miracle de la Terre ! » Un miracle… catastrophique ? Le papillon n'est-il pas une sorte de catastrophe pour la chenille ? « La mort n'est pas une solution, par conséquent on est à la recherche d'une autre solution – et il doit y en avoir une autre. » Imperturbablement, Mère descend les degrés de la conscience cellulaire, et plus profond encore : « Une espèce de certitude au fond de la Matière que la solution est là… c'est à ce niveau atomique qu'il faut que ça change, il s'agit de cet état de vibration infinitésimale dans la Matière », là où le temps bascule dans autre chose : « Peut-être est-ce dans le passé que je me promène, peut-être dans l'avenir, peut-être dans le présent ? »… Et même la matière change de loi : « Dès qu'on descend dans le domaine des cellules, cette espèce de lourdeur de la Matière disparaît. Ça recommence à être fluide, vibrant. Ce qui tendrait à prouver que la lourdeur, l'épaisseur, l'inertie, c'est quelque chose qui a été ajouté – c'est la fausse Matière, celle que nous pensons ou sentons, mais pas la matière telle qu'elle est. » Alors une vraie Matière qui serait la Matière de la prochaine espèce ? « Je suis à la frontière d'une nouvelle perception de la vie, comme si certaines parties de la conscience muaient de l'état-chenille à l'état papillon… » Et la Terre gronde et proteste… contre quoi ? « Toute la jeunesse semble être prise d'un vertige curieux… » Passerons-nous, ou non, à une prochaine espèce ?



L'AGENDA DE MÈRE 1965 : SYNOPSIS

« Tout un monde commence à s'ouvrir. » C'est l'année où Mère arrive au « mental des cellules », pur, sous le vieux revêtement génétique qui semble vouloir faire de nous à jamais des hommes doués de mort : « Là, il y a une puissance accumulée… comme si l'on avait attrapé la queue de la solution. » Un autre pouvoir de conscience dans la matière qui défera le vieux programme : « Une espèce de mémoire qui se construit d'en bas » – une nouvelle mémoire cellulaire qui n'est plus celle du vieillissement, de la maladie, la mort, la gravitation et de tout notre monde « réel » ? Et simultanément, à ce niveau cellulaire délivré des vieilles lois, Mère découvre « Deux mondes l'un dans l'autre : un monde de Vérité et un monde de Mensonge, et ce monde de Vérité est physique, ce n'est pas dans les hauteurs : c'est MATÉRIEL. Et c'est cela qui doit venir devant et prendre la place de l'autre : le vrai physique. » C'est ce que Mère appelait le « transfert de pouvoir ». Se pourrait-il vraiment qu'une merveille de liberté physique se cache dans nos cellules alors que nous sommes là-dehors à chercher des panacées illusoires : « Si même un tout petit agrégat de cellules pouvait réussir à avoir l'expérience totale jusqu'au bout de la transformation, ce serait plus efficace que les grands bouleversements. Mais c'est plus difficile… Il faut vaincre la mort ! qu'il n'y ait plus de mort, c'est très clair. » Est-ce que la terre entière n'est pas en train de vivre ce « transfert de pouvoir », comme un jour elle est passée du règne animal au règne mental ? « Tout échappe, plus de point d'appui, c'est le passage au nouveau mouvement… Et toujours, pour le vieux, c'est la rupture d'équilibre dangereuse. »



L'AGENDA DE MÈRE 1966 : SYNOPSIS

« L'humanité n'est pas le dernier échelon de la création terrestre. L'évolution continue et l'homme sera dépassé. C'est à chacun de savoir s'il veut participer à l'aventure de l'espèce nouvelle. » L'année 1966, celle de la révolution culturelle en Chine. Une révolution plus profonde s'accomplissait dans un corps qui cherchait pour tous ces petits corps terrestres la seule révolution qui changerait tout : « On cherche le processus afin d'avoir le pouvoir de défaire la mort… » « C'est le mental des cellules qui trouvera la clef. » C'est le périlleux passage d'un corps humain mû par les lois du Mental à un prochain corps mû par une loi sans nom, au cœur de la cellule : « Une vibration coagulée, plus dense que l'air, extrêmement homogène, d'une luminosité dorée, avec une puissance de propulsion formidable… Tout-tout devient étrange… Il (le corps) ne dépend plus des lois physiques… » N'est-ce pas ce qu'a dû sentir un premier vertébré sorti du milieu marin pour un autre milieu sans nom que nous respirons aujourd'hui ? « Chaque partie du corps, au moment où elle change, a l'impression que c'est fini… Tous les supports ont disparu… Je n'ai pas de chemin ! » Et où est le chemin de la prochaine espèce ? « Il faut bien qu'il y en ait qui le fassent. » Et parfois, cet autre « milieu » surgit : « Une merveille instantanée… Un état où le temps n'a plus la même réalité, c'est très particulier… un innombrable présent. Une autre manière de vivre. » Quatre-vingts ans plus tôt, une petite fille avait fait sa première révolution de la Matière : « Quand on m'a dit que tout était des atomes, c'était une espèce de révolution dans ma tête : mais alors rien n'est vrai ! » Une deuxième révolution de la Matière s'opère au niveau de la conscience cellulaire : la vieille Matière et ses lois apparentes se changent en un monde nouveau et en une nouvelle manière d'être dans un corps.



L'AGENDA DE MÈRE 1967 : SYNOPSIS

Cette année-là, toutes les données du yoga des cellules sont devenues claires : « Une conviction croissante qu'une perfection réalisée dans la Matière est une perfection beaucoup plus parfaite que n'importe où. La conscience exprimée dans les cellules transformées est une merveille : ça légitime tous ces âges de misère. Tous ces dieux, oh ! comme ils font des embarras. » C'est l'année de la découverte de la vraie Matière… sans embarras : « Dans cette limpidité [cellulaire], il n'y a plus de problèmes : la solution précède le problème. C'est-à-dire que les choses s'organisent automatiquement. » C'est un autre mode de vie sur la terre – « Une manière d'être tellement naturelle ! » – dans un corps délivré de sa prison mentale et des lois de la fausse matière : « Cette extraordinaire impression de l'irréalité de la souffrance, l'irréalité des maladies… Ça ne guérit pas la maladie : ça l'annule – ça l'irréalise… Alors on voit : à mesure que le procédé devient de plus en plus parfait, c'est nécessairement, inévitablement, la victoire sur la mort. » Et pendant ce temps-là, le « Surveyor » va creuser le sol lunaire avec un bras mécanique, tandis que nos propres secrets restent enfouis dans une cellule : « On va se promener où on veut, on sait ce qui se passe partout… et on ne sait pas ce qui se passe au-dedans de soi-même. » La guerre du Biafra fait rage, les troupes israéliennes marchent sur Suez, l'aviation américaine bombarde Haïphong, c'est la première explosion thermonucléaire chinoise… et ça continue. « Un conflit formidable au-dessus de la terre. » Avec l'enjeu d'une terre nouvelle ou du retour au vieux désastre : « Une manifestation locale et momentanée n'est pas impossible, mais il faut une transformation collective suffisante pour créer une nouvelle espèce sur la terre… Le fait est sûr. » Comprendrons-nous où est l'issue véritable, et la merveille cachée dans un corps ?



L'AGENDA DE MÈRE 1968 : SYNOPSIS

Un feu a couru à travers le monde cette année-là, de Varsovie à Columbia, à Nanterre et à Alexandrie : « Il y a de longs moments où l'on prépare les choses, et puis il y a un moment où quelque chose arrive et c'est ce quelque chose qui va donner un nouveau développement au monde. Comme le moment où l'homme est apparu sur la terre : maintenant c'est un autre être. » C'est le deuxième tournant du yoga de Mère, elle a 90 ans, on vient de fonder Auroville : Un centre d'évolution accélérée. On assassine Luther King, le sénateur Kennedy, la Russie envahit la Tchécoslovaquie – que se passe-t-il ? « J'ai très fort l'impression qu'on veut nous apprendre quelque chose comme le secret du fonctionnement [humain, terrestre]. Il est démontré tout le temps que le procédé que nous avons appris est faux, n'est pas conforme à la réalité, et on veut nous faire trouver, mais en vivant, le vrai procédé. » Comme si la terre était enfermée dans un bocal, prisonnière d'une « fausse Matière » : « C'est comme une trame sur toute la terre, et on apprend au corps à sortir de là… Petit à petit la conscience des cellules sort de cette emprise. » Et de l'autre côté, soudain : « Je n'ai jamais rien vu ni senti de si beau dans toute ma vie !… Les heures les plus merveilleuses qu'on puisse avoir sur terre – pourquoi vont-ils chercher là-haut ce qui est ici ! » Le bref miracle de 1968 semble englouti tandis que les parois de notre bocal éclatent lentement mais inexorablement dans chaque pays, chaque continent, chaque branche de la connaissance humaine. « Il semblerait qu'il faille encore un temps formidable pour que tout soit prêt à changer. Et pourtant c'est presque une promesse qu'il va y avoir un changement brusque. » Se pourrait-il qu'un matin, un dernier tour de vis des circonstances nous précipite dans une nouvelle conscience?



L'AGENDA DE MÈRE 1969 : SYNOPSIS

Cette fois, Mère a trouvé le « passage », ce qu'elle appelle « la nouvelle conscience », celle qui peut nous ouvrir un nouveau monde, autant qu'un premier miroir des eaux brisé par un amphibien, nous a ouvert un nouvel air : « Je ne sais pas ce qui se passe, c'est un état de vibration intense, comme des ondes d'une rapidité foudroyante, tellement rapides qu'elles semblent immobiles. Et alors je vais en Amérique, je vais en Europe… Jamais ce corps n'a été si heureux : ces cellules, d'autres cellules, c'était la vie partout, la conscience partout, tous les autres corps étaient lui !… » Et toutes nos misères physiologiques s'évanouissent en même temps : « C'est comme une dilatation des cellules, les limites s'atténuent, s'effacent, et puis les douleurs s'en vont physiquement. Et ce n'est pas un « autre monde », c'est la terre, notre terre, mais vécue autrement : Comme si on était entré dans un mensonge irréel, et tout disparaît quand on sort de ça, ça n'existe pas ! Et tous les moyens artificiels d'en sortir, y compris le Nirvâna, ça ne vaut rien. LE SALUT EST PHYSIQUE ! C'est là, c'est là. Et tout le reste, y compris la mort, devient vraiment un mensonge – il n'y a pas de disparition ! il n'y a pas « la vie et la mort »… » Et tandis qu'elle traverse les parois de notre bocal, c'est tout le monde qui se révolte, y compris l'entourage de Mère, comme sous la pression d'un air nouveau : Un nombre considérable de désirs qu'il meure [le corps de Mère] partout, il y en a partout !… Toute la gamme, depuis les inquiétudes autour, les hâtes que ça finisse, jusqu'aux désirs impatients : enfin libres !… Je voudrais qu'on ne me mette pas dans une boîte, les cellules sont conscientes… Qu'est-ce qui va se passer, je ne sais pas, c'est contraire à toutes les habitudes. » Une nouvelle espèce, c'est très contraire à la vieille habitude du monde – est-ce que le monde l'acceptera, ou finira-t-il par la tuer ?



L'AGENDA DE MÈRE 1970 : SYNOPSIS

Commencent les années terribles… On a l'impression que Mère avait trouvé le secret du changement, conquis tout ce qu'elle pouvait sur son corps, et qu'elle était là, maintenant, au milieu de la meute, à subir toutes les résistances de la vieille espèce. « Le changement EST FAIT. Tout s'acharne comme des bêtes féroces, mais c'est fini. » Un nouveau mode d'être de la conscience des cellules était apparu sur la terre, comme un jour dans la Matière inerte, un nouveau mode d'être qui s'appelait la Vie – mais cette fois, c'était la « sur-vie » : « L'impression qu'il y a une manière d'être des cellules qui serait le commencement d'un nouveau corps, mais ça, quand ça arrive, le corps lui-même a l'impression de mourir. » Quelle serait l'impression d'un premier corpuscule qui découvrirait la vie ? « Le corps a l'impression d'être au point de… l'inconnu. Une sensation très-très bizarre. Une sorte de vibration nouvelle. C'est tellement nouveau que… on ne peut pas dire angoisse, mais c'est… l'inconnu. Un mystère de l'inconnu. » Et là, ce que nous appelons la « mort » est comme l'autre côté du bocal pour l'ancien poisson, et pourtant ce n'est pas un « autre monde » : « C'est étonnamment l'un dans l'autre ! Il y a là… quelque chose… Est-ce que c'est possible, Eh bien, la sur-vie, c'est la vie et la mort ensemble. » Puis ce cri de la percée : « Ce qui nous paraît les « lois de la Nature », c'était une absurdité !… » Un autre monde TERRESTRE où les vieilles lois mortelles du bocal s'effondreraient dans… autre chose ? « Je viens d'avoir une vision fantastique du berceau d'un avenir… qui n'est pas très lointain. C'est comme une masse formidable qui est suspendue sur la terre. » Mais la vieille meute la laissera-t-elle aller jusqu'au bout ?



L'AGENDA DE MÈRE 1971 : SYNOPSIS

Le dernier tournant du yoga de Mère, d'où elle émerge avec un cri : « J'ai marché longtemps-longtemps. Ce n'était qu'un cri tout le temps, comme si l'on m'arrachait tout. C'était tout le problème du monde. » Cet Agenda, de plus en plus parsemé de petits cris déchirants ; il ne suffisait pas qu'elle ait trouvé le secret pour elle, il fallait que les autres aussi comprennent, ses propres disciples, ces États enfermés dans leur pouvoir égoïste : « Ils n'ont pas la foi !, « elle est vieille, elle est vieille » : une atmosphère de résistance au changement ; « c'est impossible, c'est impossible », de tous les côtés… Il ne faudrait pas perdre une minute, je suis pressée… Il faut, oh ! il faut que le règne du divin vienne… Si tout le bloc russe tournait du bon côté, ce serait un appui formidable ! La victoire est certaine, mais je ne sais pas par quel chemin on passera pour y aller… Il faudrait être accroché, tellement accroché à la Vérité… Ils ne m'écoutent plus. » Elle a 93 ans, elle tâtonne dans l'inconnu : « Je vois plus clair les yeux fermés que les yeux ouverts, et c'est la vision physique, purement physique, mais un physique qui paraît plus complet. C'est la conscience des cellules qui doit changer, tout le reste suivra tout naturellement ! J'ai l'impression que je suis en route pour découvrir l'illusion qu'il faut détruire pour que la vie physique puisse être ininterrompue : que la mort vient d'une déformation de la conscience. » L'écoutera-t-on, la laissera-t-on faire ? « Ce n'est qu'une mort violente qui pourrait arrêter la transformation, autrement le corps sait que le travail continuera, continuera… » Et ce cri encore : « Il y aura un miracle ! Mais lequel, je ne sais pas. »



L'AGENDA DE MÈRE 1972-1973 : SYNOPSIS

"« Avant de mourir, le mensonge se déchaîne. Pourtant les gens ne comprennent que la leçon de la catastrophe. Est-ce qu'il faudra qu'elle vienne pour qu'ils ouvrent leurs yeux ? » C'est l'année du Watergate, le voyage de Nixon à Pékin, l'assassinat des athlètes israéliens à Munich, le premier embargo pétrolier. C'est le dernier chemin de Mère. Un chemin parcouru de petits cris déchirants et de visions fulgurantes. La fin d'un monde, le début d'un autre… si nous le voulons ou même si nous ne le voulons pas. « Parfois, c'est tellement nouveau et inattendu que c'est presque douloureux. » Et nous lui demandions : « Mais est-ce un état en dehors de la Matière ? » – Je ne sors pas de la vie matérielle, mais… elle apparaît autrement. Mais c'est drôle. Et c'est PHYSIQUE, c'est cela qui est extraordinaire ! Comme si le physique se dédoublait… Un nouvel état dans la Matière. Et alors régi par quelque chose qui n'est pas le soleil, je ne sais pas quoi… Je touche à un autre monde. Une autre manière d'être… dangereuse mais merveilleuse. » Et comme nous écoutions son petit souffle haletant, de plus en plus haletant, qui semblait venir d'un autre côté du monde : « Il n'y a pas de différence entre la vie et la mort. Ce n'est ni la vie ni la mort, c'est… quelque chose. Tu comprends, ce n'est pas la mort qui disparaît : LES DEUX sont en train de changer… en quelque chose que l'on ne connaît pas encore, qui paraît à la fois extrêmement dangereux et tout à fait merveilleux. » Et si la « mort » était seulement l'autre côté MATÉRIEL de notre bocal humain : un rivage ensoleillé pour une prochaine espèce ? Un nouvel état de deux côtés du monde où la vie ET la mort se changent en… autre chose ? « Je marche sur une toute petite ligne très étroite. » Et ce cri, cette supplique : « Laissez-moi faire le travail ! » Le 17 novembre 1973, elle s'éteignait – pourquoi ?







L'APPROCHE

LA MÈRE SUR LA FAÇON DE LIRE SES EXPÉRIENCES

« C'est cela que vous devez trouver — l'état que l'expérience a révélé : non pas en suivant le sens du mot, de l'expression, ni même par l'impression, mais une communication directe de cette expérience par une sorte de révélation, de ce qui semble s'exprimer, se traduire… N'essayez pas de travailler les choses avec le mental. Cela surpasse tout. »

Oui, Mère, mais c'est très difficile à comprendre. (La Mère sourit)

Oui, quand vous aurez gravi cette étape, vous comprendrez mieux. Et pourtant, toutes les indications sont données, les étapes ainsi que l'essence de ce que je vis. Mais ce n'est pas exprimé dans le langage que nous parlons ou écrivons. C'est absolument différent et moulé dans une sorte d'expression qui suggère plutôt qu'elle n'explique ; et c'est chargé d'une puissance qui exprime et d'une lumière qui illumine par elle-même sans recourir aux mots ni à leur signification. Il n'y a pas de phrases telles que nous en avons ordinairement, avec les verbes et le complément qui s'accordent entre eux, avec le tour des locutions et des expressions semblables à ce que l'on trouve dans les livres qui donnent un sens précis. Mais ici c'est absolument différent. C'est le son et la vibration qui évoquent un sentiment, une émotion qui donnent l'indication de ce que nous ressentons, mais qui ne correspondent pas au sens ordinaire — c'est sous-entendu.

Voyez-vous, j'ai exposé ces expériences qui en réalité ne peuvent être formulées par les phrases et expressions ordinaires, parce que c'est si subtil, si sublime, et suggère des valeurs spirituelles qui ne peuvent être traduites par ces phrases et ces expressions. La félicité, la joie, l'aura et l'esprit derrière ces expressions ne peuvent être traduits que par la projection d'un état de conscience en phrases courtes et en expressions appropriées qui ne se trouvent pas dans notre pauvre vocabulaire. C'est pourquoi, pour un intellectuel ou un érudit, ce ne sera que du babil d'enfant. Ils ne comprendraient rien de ce qui est écrit. Le sens n'est pas exactement ce que les mots désignent, c'est-à-dire le sens et l'explication que donnent les dictionnaires. Mais derrière les mots et les expressions, ou juste sous les lignes, se trouvent un sentiment, un effet de ce que je veux dire mais qui est implicite, et qui projette en fait le vrai sens aux lecteurs qui sont ouverts et réceptifs.

Voyez-vous, comme dans tout ce qu'a écrit Sri Aurobindo, ce n'est certainement pas pour les intellectuels de déchiffrer, d'analyser et d'arriver à une conclusion par leur logique. Cela surpasse toute leur compréhension. Ce n'est pas par l'intellect que l'on peut comprendre Sri Aurobindo, ni par le mental avec ses diverses facultés — c'est impossible. C'est seulement à l'aide de l'intuition et d'une illumination intérieure qui ouvre les portes fermées du mental à ce qui est au-dessus, qui perçoit et assimile le vrai sens… c'est dans le vol de liberté, depuis la vastitude des régions au-delà des imaginations où la Parole est née, que sa plume décrit et fait descendre la Connaissance Suprême. C'est pourquoi chaque mot, chaque son, chaque expression, chaque vibration qu'ils émettent est chargé d'une force ineffable et d'une lumière illuminante qui ne peut s'exprimer que par autant de plans de conscience que l'homme a à sa disposition. Celui qui cherche la Vérité de l'existence trouve le plus haut qu'il puisse atteindre dans sa vraie révélation. Il en est ainsi, chaque mot qu'Il a écrit est chargé d'une conscience et d'une lumière ineffable qui se projette selon ce qui est propre au plan et au niveau du développement de la conscience du lecteur. Et à chaque niveau le sens est différent, et pourtant c'est le même mot qui exprime une gamme de significations différentes. On doit s'efforcer de trouver l'esprit derrière les mots dont la valeur s'exprime par les milliers d'associations de beauté et de splendeur. C'est, avant tout, le rythme, la cadence, l'harmonie, la couleur, la beauté embellissant par le son, la lucidité d'expression, la subtilité des pensées et l'ardeur spirituelle qu'Il a si facilement décrites dans un langage si simple et si profond, comme s'Il avait ouvert les portes célestes d'où se déverse en cascade la Grâce Divine, la Grâce qui est accessible à tous ceux qui prendront la peine de lire ses livres.

Et ce que j'ai fait, c'est de projeter les expériences que j'ai vécues, les mots que j'entends dans les profondeurs de mon être, l'état d'âme qui évoque l'Inexprimable en formes visibles, la perception de l'Imperceptible — non par l'association de mots ou d'idées, mais par la vibration — … un certain état produit une certaine expérience, un certain mode produit une certaine perception. Tout cela ne se produit pas l'un après l'autre, mais c'est simultané, synthétique et universellement un, quelque chose qui ne peut être exprimé. C'est cela… cela agit… et cela se manifeste. Il n'y a pas de mental, pas de formation, et cela surpasse toute connaissance, conçue ou exprimée.

C'est un nouveau langage ou mode d'expression où les mots ou les expressions n'expriment que la substance ; mais j'ai été contrainte d'avoir recours aux mots et aux phrases, juste pour sembler dire ce que je voulais exprimer, juste pour guider, afin que ce qui n'est pas écrit s'exprime depuis derrière les mots comme une intuition. Et lorsque les expressions s'arrêtent brusquement… avec trois points, ce que je veux dire devrait se révéler dans ce qui n'est pas exprimé par les mots…. Dans le silence qui suit se trouve le grand mystère à découvrir.

C'est cela que vous devez trouver — l'état que l'expérience a révélé : non pas en suivant le sens du mot, de l'expression, ni même par l'impression, mais une communication directe de cette expérience par une sorte de révélation, de ce qui semble s'exprimer, se traduire ; ce n'est pas prononcé, cela suggère, et nous comprenons sans que cela soit dit ou énoncé, quelque chose qui appelle comme une vibration murmurant dans l'âme, la révélation de cette expérience et de ce qui suit, ce qui n'est pas écrit. Et par conséquent ce qui devrait suivre devient plus important et implique toute une série de révélations qui se développent de plus en plus. C'est comme si l'on se tenait devant le silence qui est comme un mur, et toc ! on passe au travers et l'on se retrouve devant l'immensité d'où les splendeurs de la Connaissance se déversent vers vous. C'est comme découvrir le trésor caché d'où jaillit la joie de la conscience. En fait, ce qui n'a pas été dit indique ce qui doit être trouvé. C'est cela….

C'est cela que vous devez trouver pour mieux comprendre ce que j'ai laissé non-dit. Regardez ici…. L'expérience elle-même révèle sa forme et projette la Vérité toute-puissante qu'elle contient sans l'intermédiaire du mot ou de l'expression. Trouvez ce qui est derrière et vous avez tout ce que vous voulez. N'essayez pas de travailler les choses avec le mental. Cela surpasse tout.




Mona Sarkar > Blessings of the Grace



“Et la grande Porte peut s’ouvrir à n’importe quelle page, n’importe quelle ligne de cet Agenda: il n’y a pas besoin de comprendre, ce n’est peut-être même pas nécessaire, mais empoigner cette petite vibration droite qui traverse toutes les apparences et ouvre le nouveau monde comme une cascade de rire soudain au milieu des banalités désespérantes et des plus obscures contradictions.”
- Satprem

Nous ne savons pas lire ce qui est là, tout là.

Mère, c’est vraiment Celle qui dé-couvre.

Elle a empoigné chaque minute de sa vie, chaque circonstance pour dé-couvrir. Jusqu’au bout. Jamais elle n’a mis un sens définitif sur les choses, parce que le sens, c’était de marcher. Rien n’était jamais acquis, fixé: c’était toujours le prochain pas. Elle marchait étrangement sur rien pour faire jaillir le quelque chose à chaque pas. Et c’était vivant, c’était tout neuf, c’était comme de la dynamite perpétuelle dans la vieille croûte qu’on promène.

Et maintenant, qu’allait-elle faire sauter?

Non, elle ne laissera pas d’Évangile, pas de système, rien sur quoi l’on puisse vraiment marcher, mais je ne sais quel trou définitif dans la carapace des habitudes terrestres de voir et de vivre, et un Sésame qui attend seulement qu’on s’en aperçoive.

Toute l’évolution, c’est pour arriver au dernier Sésame de la Matière.




Satprem > Mère ou le Mutation de la Mort




LIVRES CONNEXES










FAITS CONTRE IDÉES REÇUES

Comment « Notes On The Way » est devenu « Agenda de Mère » ?

Annonce publiée par Satprem dans le « Bulletin », Numéro de février 1974.

Notes de l’Éditeur à propos des Notes sur le Chemin

Les Notes sur le Chemin se sont achevées avec le départ de Mère. Non pas que le Chemin tracé par Mère ni ses notes fussent achevés, mais c’était tout ce qu’Elle voulait dire pour le moment. Et en effet, il ne s’agit pas vraiment d’en dire « plus », mais, pour chacun, de descendre dans son propre cœur et de comprendre – peut-être de comprendre qu’il y a quelque chose à comprendre.

Il nous a paru que faire un choix parmi les paroles de Mère serait déjà « orienter » et d’une certaine manière fausser les faits et l’expérience en leur donnant un relief et un sens qu’ils n’ont pas lorsqu’ils sont pris dans l’ensemble. Mère nous a toujours mis en garde contre ce genre d’« extraits » qui n’entraient que le sens étroit de notre propre conception.

Ainsi il nous a semblé que la seule possibilité authentique était de publier l’ensemble de ce que Mère appelait son Agenda – « L’Agenda de l’Action Supramentale » – depuis le début.

Il est certain qu’un texte intégral n’est pas encore possible, car un bon nombre de ces Agendas se réfèrent à des événements ou à des circonstances trop proches pour que l’on puisse en parler dans les années qui viennent. Cependant, dans toute la mesure du possible, et au besoin sans craindre certains aspects personnels, nous publierons tout ce qui peut éclairer ou concerner directement le Travail de Mère.

Le cadre du Bulletin ne nous a pas paru souhaitable pour la publication de cet Agenda, car nous sentons que Mère n’aurait pas voulu se servir d’un organe « officiel » pour exposer des expériences si intimes. En outre, l’énorme masse de ces documents – dont les « Notes sur le Chemin » représentaient seulement quelques fragments – n’auraient jamais pu entrer dans une publication trimestrielle. La seule solution qui nous ait semblé pratique était de publier cet Agenda sous forme de fascicules, de même que l’on avait publié Savitri en fascicules à mesure que Sri Aurobindo livrait ses textes – et, en effet, l’Agenda de l’Action Supramentale est en quelque sorte l’épopée de Mère.

Il faudra certainement du temps avant que nous puissions mettre de l’ordre dans l’extraordinaire torrent de cette épopée et de peser en toute conscience ce qui peut ou ne peut pas être dit immédiatement – bien qu’un jour tout sera dit, et peut-être n’y aura-t-il pas besoin de dire : nous verrons –, mais le premier fascicule pourrait paraître pour le premier anniversaire du départ de Mère, en novembre prochain, et être suivi des autres à mesure qu’ils seront prêts, sans date fixe, probablement chaque mois.

Ainsi les « Notes sur le Chemin » débouchent-elles sur « l’Agenda de l’Action Supramentale sur la Terre. »

Source: Lettres et Messages de Satprem au Nouveau Monde



Événements ayant mené à la publication de l'agenda de la mère

Satprem ne reçut aucune réponse de la part de l’Ashram Press concernant la proposition mentionnée ci-dessus. À partir de ses échanges avec les autorités supérieures de l’Ashram, il déduisit leurs appréhensions face à une version « non censurée » de l’Agenda. Satprem se sentit alors convaincu de poursuivre la publication de l’Agenda sous forme de livres. Le 11 février 1967, la Mère lui avait dit à propos de l’Agenda : « Ce sera un monument ! Il vaut mieux le laisser comme un monument, ne pas le publier en morceaux. »”. 

Début 1976

Satprem fit une nouvelle tentative pour publier l’Agenda à l’Ashram : cette fois auprès de l’All India Press à Pondichéry, qui rejeta la proposition. Il devint alors clair pour Satprem que les autorités de l’Ashram n’autoriseraient pas la publication complète et intégrale de l’Agenda de la Mère.

Mars 1976

Satprem fit une dernière tentative pour publier l’Agenda auprès d’Auro-Press et se heurta à la même « réticence ».

26 mars 1976

Satprem répondit au directeur d’Auropress :

« Vous savez, ou devriez savoir — vous auriez dû comprendre — que ces 13 volumes qui m’ont été confiés par la Mère représentent une révolution pour l’Ashram lui-même, qui doit soit RENAÎTRE, soit retomber dans le passé. »

13 septembre 1977

Le Managing Trustee écrivit à M. Robert Laffont, éditeur de Satprem à Paris, en l’« invitant » à ne pas publier les conversations de Satprem et en lui envoyant « le premier volume de l’Agenda de la Mère déjà imprimé par nous » : un fascicule de 71 pages, imprimé par l’Ashram Press le 30 août 1977.

16 septembre 1977

Le Managing Trustee publia une circulaire, diffusée auprès des librairies, éditeurs et journaux en Inde, concernant l’Agenda :
« Les écrits, livres ou conversations de la Mère ne peuvent être considérés comme originaux ou authentiques que s’ils sont publiés par le Sri Aurobindo Ashram Trust, Pondichéry. »

29 septembre 1977

Robert Laffont répondit aux Trustees que :
« Selon le droit français, Satprem est légalement l’auteur de ces conversations et, par conséquent, pleinement habilité à assumer la responsabilité de leur publication. »

1977

En 1977, Satprem fonda à Paris l’Institut de Recherches Évolutives (IRE). L’Agenda fut d’abord publié en français par l’IRE, les premiers volumes paraissant vers 1978. En 1982, les 13 volumes étaient publiés en français. Les traductions anglaises suivirent par la suite.



FAQ - Idées reçues et clarifications

NON.

- L'Agenda de Mère → transcriptions des enregistrements audio des conversations de la Mère, réunies en 13 volumes comptant plus de 6000 pages.
- Notes on the Way → présentations éditées pour le Bulletin du Centre International d'Éducation Sri Aurobindo — seulement 332 pages.

De 1961 à 1973, la Mère eut de fréquentes conversations avec l'un de ses disciples — Satprem — au sujet des expériences qu'elle vivait alors. Elle appela ces entretiens, tenus en français, l’Agenda.

SDes transcriptions sélectionnées des conversations enregistrées furent vues, approuvées et parfois révisées par la Mère avant d'être publiées dans le Bulletin ; elles y parurent régulièrement de février 1965 à avril 1973, sous les titres « Notes on the Way » et « À Propos ».

Les Notes on the Way étaient sélectives et pédagogiques, destinées à rendre le matériau accessible. Il ne s'agissait PAS d'une transcription littérale ; elles comportent donc des divergences textuelles par rapport aux conversations correspondantes dans l'Agenda de Mère.




Les compilations éditées ne sont pas de simples abréviations — elles reflètent des choix interprétatifs qui excluent souvent précisément ce qui révèle la profondeur, la difficulté et la totalité du travail de la Mère.


Ces dernières années, la demande d'un « Agenda essentiel » débarrassé des éléments « accessoires, personnels ou départementaux » s'est accrue. Si l'abréviation d'œuvres volumineuses peut être légitime, plusieurs problèmes majeurs se posent :

  1. Dans la pratique, les coupes visent la Mère, non Satprem.
    L'objectif affiché est de supprimer les commentaires de Satprem, mais ceux-ci représentent une part négligeable du texte. En réalité, ce sont souvent les propres paroles de la Mère — surtout celles qui sont dérangeantes ou troublantes — qui sont omises. La tendance sous-jacente semble être : garder ce qui fascine, écarter ce qui perturbe.
  2. Un schéma d'omission sélective.
    Les affirmations selon lesquelles des « bavardages sans intérêt » seraient supprimés ne se vérifient pas de manière cohérente. Dans la pratique, les omissions tendent à inclure : , et
    • les remarques de la Mère sur les circonstances entourant son départ
    • ses critiques de l'ignorance humaine, de la résistance et du manque de réceptivité
      Ce schéma est clairement illustré dans des ouvrages comme The Mother’s Yoga de Loretta Shartsis.
  3. Une interprétation présupposée imposée au lecteur.
    Ces compilations reposent sur l'idée que les luttes de la Mère contre la résistance terrestre et la conscience humaine sont sans rapport avec le Yoga de la transformation. Ce n'est pas un choix éditorial neutre — c'est une position interprétative imposée à l'avance, qui filtre la compréhension du lecteur quant à l'œuvre et sa portée.
  4. Ce qui est contextuel n'est pas pour autant dispensable.
    Les observations de la Mère — si spécifiques ou situationnelles soient-elles — font partie intégrante du témoignage du travail supramental. Elles éclairent la résistance rencontrée dans la manifestation d'une nouvelle conscience.
    « …il semble que toute la construction du monde est un frein encore, qu’il y a quelque chose… Et c’est à ce quelque chose que cette Conscience travaille. » [30 Avril 1969]
    « Mais on ne peut pas s’en aller tout seul. » [31 Mai 1969]
  5. La mise en garde de la Mère elle-même contre ce type d'édition.
    La Mère mit explicitement en garde contre une censure sélective:
    « Ils coupent, ils enlèvent tout ce qui les gêne et ils laissent seulement ce qui leur convient… »[14 octobre 1964]
    « Ce sera un monument ! Il vaut mieux le laisser comme un monument, ne pas le publier en morceaux… » [11 février 1967]



Non — la Mère n'en a pas interdit la publication. Ce qu'elle exprima, c'est une approche conditionnelle : l'Agenda devait être préservé et publié, mais au bon moment, dans son intégralité et comme un monument d'un seul tenant — non pas en fragments ou prématurément.

Elle en envisageait activement la publication :

Naturellement, il ne faut pas que ces choses soient publiées. On pourra les classer dans cet «Agenda de la manifestation supra-mentale», pour plus tard.

Agenda de Mère > 16 Septembre 1958

« Ce sera le cadeau que je leur ferai en m'en allant — si je m'en vais. Je n'ai pas l'intention de m'en aller. »

Agenda de Mère > 13 mars 1962

« Ce sera un monument ! Il vaut mieux le laisser comme un monument, ne pas le publier en morceaux : massif, un gros volume comme ça, et puis… (riant) écraser les gens dessous ! Alors ils ne demanderont plus rien. … Quand j'aurai attrapé le bout, on le publiera. »

Agenda de Mère > 11 février 1967

Ses réserves portaient sur le moment et le contexte, non sur une interdiction.

Certaines remarques étaient notées « impubliables pour l'instant » ou strictement réservées à l'Agenda — en particulier des observations personnelles sur des individus de son entourage. Il s'agissait d'une distinction entre ce qui entre dans l'Agenda et ce qui est diffusé dans le Bulletin, non d'une interdiction de l'Agenda lui-même.

« Pour le moment, ce n'est pas publiable. »

Agenda de Mère > 13 mars 1962

« Naturellement, ça ne doit pas être publié, mais il faut le garder. »

Agenda de Mère > 27 août 1969

« Ce que je t'ai dit la dernière fois n'est pas à publier — c'est bon pour l'Agenda. Je veux dire ce que j'ai dit au sujet des gens autour de moi. Tout ce qui est personnel est pour l'Agenda. »

Agenda de Mère > 29 juillet 1972

La formule « c'est bon pour l'Agenda » est particulièrement révélatrice — même ce qu'elle considérait comme généralement impubliable, elle en sanctionnait explicitement l'inclusion dans l'Agenda. L'Agenda était l'espace légitime et protégé pour ses remarques les plus intimes.




Non.

L'Agenda de Mère est une transcription des conversations enregistrées que la Mère eut avec Satprem.

Les parties dans lesquelles Satprem a ajouté du contenu sont :
  1. Agenda de Mère (1951-1960) qui contient certaines lettres de Satprem.
  2. Agenda de Mère (1972-1973) qui contient des commentaires et des ajouts de Satprem.

Si l'on compare les ajouts de Satprem aux propres paroles de la Mère, il est évident que la présence de Satprem est MINIMALE dans les 13 volumes. L'Agenda de Mère se compose donc principalement des paroles enregistrées de la Mère elle-même.




Éditer ≠ déformer

Après le départ de la Mère, Satprem transcrivit et édita les enregistrements pour en faire des volumes publiables.

Cela implique nécessairement :

  • La sélection du matériau
  • L'organisation en volumes
  • Des décisions éditoriales mineures

Comparés aux enregistrements audio disponibles, rien ne permet de conclure que Satprem en a altéré le sens ou fabriqué du contenu.

FPour les conversations dont aucun enregistrement n'existe, toute évaluation doit être faite à la lumière du contexte général et des thèmes récurrents de l'Agenda de Mère. Dans de nombreux cas, des idées similaires ou des lignes de pensée comparables se retrouvent dans d'autres conversations enregistrées, ce qui confère une cohérence interne à l'ensemble.

Il est également important de noter que la publication de conversations non enregistrées avec la Mère et Sri Aurobindo est une pratique ancienne et acceptée. Par exemple, aucun enregistrement audio n'a été requis pour authentifier les causeries du soir de Sri Aurobindo consignées par Nirodbaran ou A. B. Purani, ni les conversations documentées par Mona Sarkar, Anilbaran Roy ou Huta.




1. L'Agenda de Mère ne repose pas sur la mémoire ni sur une reconstruction. Il s'appuie sur :

  • Les enregistrements sur bande magnétique de la voix propre de la Mère
  • Des transcriptions mot à mot en français
  • La possibilité d'une comparaison directe

Quiconque connaît le français peut écouter et vérifier ligne par ligne.

  1. Les « coupures abruptes » ne constituent pas une preuve de manipulation.

L'affirmation relative aux coupures et aux discontinuités a des explications simples et techniques :

  • Les enregistrements sur bande comportent naturellement des interruptions lors des changements de bobine.
  • Les silences prolongés sont souvent supprimés pour des raisons pratiques d'écoute.

Aucune source crédible n'apporte:

  • Un passage précis où l'audio diverge de la transcription
  • Une analyse technique démontrant des manipulations
  • Le témoignage de quelqu'un ayant comparé les bandes et constaté une falsification

OAu contraire, en réponse à cette suspicion soulevée dans un forum en ligne, un participant nommé Robert offre un témoignage de première main, déclarant avoir écouté les bandes en profondeur et les avoir comparées au texte français, les trouvant cohérents. [Link]

Cette affirmation demeure donc spéculative et sans fondement, à moins d'être prouvée autrement.




Enregistrements audio disponibles pour environ ~75% des longues conversations (plus de 2 pages). Veuillez vous référer au graphique ci-dessous pour une répartition année par année.

NOTE SUR LA RATIONALISATION DES DONNÉES

  1. Les données concernant l’Agenda de la Mère (1951–1960) ont été exclues, les enregistrements sur bande n’étant disponibles de manière fiable qu’à partir de 1961.
  2. Les conversations brèves (celles de quelques paragraphes ou de moins de 2 pages, ou consistant principalement en méditation silencieuse) ont été exclues, car les enregistrements n’étaient généralement pas conservés pour celles-ci.

Toutes les bandes audio n’ont PAS été conservées en raison de contraintes pratiques à l’époque.

Comme indiqué dans les notes de l’éditeur sur l’enregistrement, l’accès limité au matériel d’enregistrement et la pénurie de bandes ont conduit à l’effacement de certains enregistrements après transcription. De plus, les bandes audio de nombreuses conversations brèves et de sessions composées en grande partie de lectures par Satprem de ses manuscrits (par exemple, La genése du surhomme, 1970–71) n’ont pas été conservées.

Veuillez vous référer à la question suivante pour plus de détails.




Oui.

La plupart des conversations suscitant de vives réactions ou générant de la controverse sont préservées dans la voix enregistrée de la Mère elle-même. Leur attribuer des déformations dues à Satprem est donc factuellement infondé. Un certain nombre de ces cas — surtout ceux ayant des implications significatives — peuvent être directement vérifiés grâce aux enregistrements audio datés.




THÈME : Le Départ de la Mère

Citation de la mèreLien vers l'audio
"Ne vous pressez pas d'annoncer ma mort"14 janvier 1967
"Tu sauras et tu pourras leur dire"15 juin 1968
"Je voudrais qu'on ne me mette pas dans une boîte"24 mai 1969
"Ça peut être passager"3 avril 1972
"Pranab croira que je suis morte"5 avril 1972
"Jamais les gens n'auront la patience"7 avril 1973
"Mon corps fut saisi de l'horreur d'être mis dans un tombeau encore conscient"10 janvier 1973

THÈME : Le Défi de la Résistance Humaine

Citation de la mèreLien vers l'audio
"Un entité collective, eh bien, ce n’est pas brillant."4 novembre 1958
"Une somnolence terrible! Absolument aucun intérêt."8 novembre 1958
"Tout le monde pense constamment à la mort"13 février 1962
"L'entourage n'aide pas. L'entourage immédiat n'a aucune foi"30 octobre 1964
"Un masque de bonne volonté"16 octobre 1965
"Atmosphère absolument pourrie"17 septembre 1966
"Un nombre considérable de désirs qu'il meure"10 mai 1969
"Sri Aurobindo a souffert, physiquement"9 septembre 1970
"Ça leur est égal"3 mars 1971

THÈME : Le manque de compréhension autour de La Mère

Citation de la mèreLien vers l'audio
"Ils n'attrapent qu'une écorce"28 août 1963
"Qui peut comprendre? Je n'en sais rien."28 mars 1964
"Même Nolini quelquefois hésite,il ne saisit pas"15 octobre 1961
"Nolini, Amrita, Pavitra, André… n'ont rien compris"26 février 1964
"Qui peut comprendre? Je n'en sais rien."21 janvier 1967
"Trop d'incompréhension autour de moi"15 juin 1968

THÈME : Le rôle crucial de Satprem

Citation de la mèreLien vers l'audio
"Si je ne te les disais pas,ça disparaîtrait"27 juin 1962
"Je peux exprimer les choses parce que dans ton atmosphère il y a ce qu'il faut""19 juillet 1972
"Tu es le seul à qui je peux parler. Les autres ne comprennent pas"24 mai 1969

THÈME : Conversations privées

Citation de la mèreLien vers l'audio
"We can file them in this Agenda of the Supramental Manifestation for later on."September 16, 1958
"Tu le gardes pour toi— pas même pour l'Agenda, ce n'est pas nécessaire."29 avril 1961
"Tout ce qui concerne la politique et les pays ne peut pas être publié. C'est à garder."3 mars 1971
"Tout ce qui est personnel, c'est pour l'Agenda."29 juillet 1972

THÈME : Commentaires sur les Auroviliens

Citation de la mèreLien vers l'audio
[La sociologie d'Auroville] "qu'il n'y ait plus d'ego! "11 octobre 1967
[Mère trouve une brochure d'Auroville intitulée "La cité de l'amour"]] "une construction mentale"17 février 1968
"Querelle à Auroville à propos du terme 'Conscience Divine'"13 mars 1968
[À propos des «danses improvisées par la jeunesse d'Auroville»]: "JVous n'avez qu'à voir que ça ne dégénère pas..."30 avril 1969
"PAS DE RELIGION"31 décembre 1969
"C'est idées mental... tous amènent le même MÉLANGE qu'il y a dans tout ce qui se fait dans le monde."17 janvier 1970
"C'est devenu tout à fait dégoûtant."8 janvier 1972



Débats de la communauté en ligne

Quelques liens vers des débats de la communauté en ligne sur l’Agenda de la Mère sont fournis ci-dessous. Ils sont suivis d’un résumé généré par IA de ces discussions couvrant divers points de vue, affirmations, contestations et controverses.


RÉSUMÉ DES DÉBATS (VIA CHATGPT)

  1. Mélange d’interprétation et de faits
    L’opinion est présentée comme une conclusion.
  2. Manque de preuves primaires
    Aucune documentation pour étayer des affirmations fortes.
  3. Tendance ad hominem
    Accent mis sur la personnalité de Satprem plutôt que sur des actions vérifiables
  4. Problèmes de fiabilité
    Légitime mais non étayé

VERDICT

  • Authenticité de l’Agenda de la Mère → Non réfutée
  • Authenticité des accusations contre Satprem → Non établie
  • Niveau de preuve → Faible
  • Niveau de spéculation → Élevé

CONCLUSION

Ces analyses montrent que la controverse autour de l’Agenda de la Mère ne repose pas sur des preuves démontrées de falsification, mais sur des différences d’interprétation, de croyance et de confiance.